Gants Küchelgarten

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Page de titre de la première édition de Gants Küchelgarten.
Page de titre de la première édition de Gants Küchelgarten.

Gants Küchelgarten ou Hans Küchelgarten (en russe Ганц Кюхельгартен, ancienne orthographe : Ганцъ Кюхельгартенъ) est un poème narratif de Nicolas Gogol publié en 1829[1].

Le prénom du héros éponyme a été translittéré de différentes manières : Gants, Ganz, Gantz, Hans ou Heinz. Selon Simon Karlinsky, « on ne sait pas clairement si Gogol voulait que ce nom soit une transcription de Hans — qui aurait été « Gans » — ou de Heinz[2] ». Son nom de famille est formé sur celui du poète Wilhelm Küchelbecker[2],[3].

Résumé

Le poème commence dans la ville allemande de Lünensdorf, près de Wismar. Louise, fille du fermier Wilhelm Bauch et de sa femme Berthe, est aimée de Gants Küchelgarten. Ce dernier est toutefois mélancolique. Il décide de voyager pour découvrir le monde et acquérir la gloire, et part sans en avertir Louise. Au début du chemin, Gants passe devant la maison de Louise et la voit endormie à la fenêtre ; il l'embrasse puis part en courant[4].

S'inquiétant de l'absence de son bien-aimée, Louise finit par se rendre chez Gants et trouve sa chambre vite. Elle y remarque un mot, donc le poème ne révèle pas la teneur, tombe à genoux et s'évanouit[5].

La nuit, assise à la fenêtre, elle a des visions fantastiques (le poème indique, au tableau XI, juste avant le vers 36 : « Visions nocturnes »[6]) : des ombres insolites, deux chevaliers avec des épées et en armure, puis le palais d'une fée merveilleuse, endormie derrière des barreaux bientôt libérée par un esprit étrange avec des ailes qui couvrent le nord et le sud. De jeunes vierges féériques émergent de la mer, chantant une chanson sur la trahison perfide. Au milieu des cris des chouettes au-dessus des cercueils vides dans le vieux cimetière, un mort en linceul blanc se lève, essuie ses os, il est à cheval, le feu dans les yeux, il grandit et occupe bientôt tout le ciel. Une foule effrayante de morts s'étire depuis le cimetière, et soudain, la terre se fend et les ombres disparaissent dans l'abîme. Louise prend peur et ferme la fenêtre. Elle se couche dans son lit et tente en vain de s'endormir[7].

Arrivé à Athènes, Gants est déçu : il contemple les ruines des édifices autrefois majestueux d'une civilisation disparue, dont certains détails architecturaux rappellent encore l'existence, mais qui ne peuvent plus faire revivre les rêves d'antan. Partout règnent « la destruction et la honte » et seuls des lézards glissent parmi l'herbe et les pierres, tandis qu'un musulman coiffé d'un turban pille les vestiges de la grandeur passée de la Grèce antique[8].

« Deux années ont passé[9]. » Louise n'a pas oublié Gants, et lui demeure fidèle, bien qu’elle ignore s'il est encore en vie, s'attirant les railleries de sa mère et l'admiration de sa sœur Fanny : « Moi aussi, je l'aurais aimé ainsi[10]. »

Gants rentre au pays, déçu de ses voyages, et se demande s'il n'aurait pas mieux valu rester chez lui pour se consacrer à un tranquille bonheur familial. Il retrouve sa bien-aimée Louise. Les amoureux se marient[11].

Dans l'épilogue, le narrateur fait l'éloge de l'Allemagne, pays aux pensées et aux idéaux nobles qui remplissent l'âme, et protégé par le « grand Goethe »[12].

Publication, réception et retrait

D'après Ronald Meyer, Gogol rédige Ganz Küchelgarten en 1827, alors qu'il est encore étudiant à Nijyn, et l'apporte avec lui en arrivant à Saint-Pétersbourg[13].

Après sa première œuvre imprimée au début de 1829, le poème Italie, Gogol publie à ses frais[1],[14] un poème narratif sous le pseudonyme de V. Alov. Sous-titré « Idylle en tableaux », Ganz Küchelgarten compte 1321 vers répartis dans divise en quatorze « tableaux » de longueur inégale – quarante vers pour le plus court (tableau XI), 164 vers pour le plus long (tableau I) – et un épilogue. Le texte publié se présente comme fragmentaire ; outre les lignes de points de suspension indiquant un manque, les chants V, XII, XIV et XV n’existent pas dans l’édition de 1829[15]. Un bref avertissement au lecteur précise :

Cet ouvrage n'aurait jamais vu le jour si des circonstances, importantes pour l'auteur seul, ne l'y avaient pas incité. Il s'agit d'une œuvre de sa jeunesse, écrite à l'âge de dix-huit ans. Sans nous prononcer sur ses qualités ou ses défauts, et en laissant ce soin à un public éclairé, nous nous contenterons de dire que, malheureusement, bon nombre des tableaux de cette idylle n'ont pas survécu ; ils reliaient probablement des passages aujourd'hui épars et complétaient l'image du personnage principal. Nous sommes en tout cas fiers d'avoir contribué, dans la mesure du possible, à faire connaître au public la création de ce jeune talent[15].

Selon la page de titre de l’édition originale, le poème aurait été écrit en 1827. D’après Vsevolod Setchkarev, « La date de composition de cette œuvre doit se situer entre l'automne 1827 et l'automne 1828 »[14]. D’après Gustave Aucouturier et José Johannet, seules deux critiques du poème, « très sévères », ont été publiées[1]. Fin juin, dans le Télégraphe de Moscou, le journaliste Nikolaï Polevoï est aussi bref que caustique :

L'éditeur de ce petit livre affirme que le poème de M. Alov n'était pas destiné à être publié, et que des raisons importantes uniquement pour l'auteur l'ont poussé à changer d'avis. Nous pensons qu'il avait des raisons encore plus importantes de ne pas publier son Idylle. La dignité des cinq vers suivants montrera une de ces raisons :

Les choses difficiles ne sont pas nouvelles pour moi ;
Mais j'ai renoncé au diable,
Et le reste de ma vie,
Sera ma petite rétribution
Pour le mauvais récit de ma vie passée.

La rétribution de tels poèmes devrait être leur conservation dans le secret[16].

Le , une autre critique sévère, non signée, est publiée dans L'Abeille du nord :

Cette idylle se compose de dix-huit tableaux. On remarque chez l'auteur une imagination et une capacité à écrire (avec le temps) de bons poèmes, car les éditeurs disent que « cette œuvre est le fruit de sa jeunesse de dix-huit ans » ; mais parlons franc : en vain ces messieurs les éditeurs se « vantent d'avoir contribué, dans la mesure du possible, à faire connaître au monde la création d'un jeune talent ». Il y a tellement d'incohérences dans Gants Küchelgarten, les tableaux sont souvent si monstrueux et l'audace de l'auteur dans les ornements poétiques, dans les mots et même dans la versification est si inconsidérée que le monde n'aurait rien perdu si cette première tentative du jeune talent était restée dans les tiroirs. N'aurait-il pas mieux valu attendre de l'auteur quelque chose de plus mûr, de plus réfléchi et de plus travaillé ?[17]

Peu après la parution de cette critique, Gogol, avec l’aide de son valet Yakim, rassemble tous les exemplaires encore en vente à Saint-Pétersbourg et les détruit[1].

Redécouverte du texte

Selon Panteléïmon Alexandrovitch Koulich, nul ne savait que Gogol avait été l’auteur de Gants Küchelgarten, excepté son valet illettré Yakim et Nikolaï Prokopovitch, qui avait été le condisciple du futur écrivain à Nijyn ; c'est ce dernier, selon un article intitulé « Quelques traits pour la biographie de N. V. Gogol » et publié en 1852 dans Notes patriotiques, qui aurait révélé à Koulich la paternité de Gogol :

Nous devons ces découvertes, ainsi que la plupart des informations que nous avons recueillies sur la première période de la vie de Gogol, à N. Ya. Prokopovitch, son camarade de classe et l'un de ses amis les plus proches[18].

La paternité de Gants Küchelgarten est confirmée en 1909, quand paraît dans la revue Archives russes une lettre de Gogol au censeur Serbinovitch :

L’éditeur de Gants Küchelgarten vous prie instamment, s'il est apporté aujourd'hui de l'imprimerie, de lui rendre un immense service, si cela ne vous incommode pas, d'accélérer la délivrance du billet pour la mise en vente[19].

Références

Bibliographie

Liens externes

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