Garrett Hardin

écologiste américain (1915-2003) From Wikipedia, the free encyclopedia

Garrett James Hardin () était un écologue et microbiologiste états-unien. Il est connu pour son article « La tragédie des biens communs » (« The Tragedy of the Commons ») et ses travaux concernant la surpopulation[1].

Dans « La tragédie des biens communs », publié en 1968 dans la revue Science, Hardin a développé une théorie, d'obédience politique libérale, visant à établir un marché des ressources naturelles afin d'empêcher leur épuisement. Pendant deux décennies, son argumentaire a fortement influencé la pensée environnementale et économique néolibérale aux Etats-Unis puis en Europe. Il a toutefois été remis en cause par les recherches de nombreux universitaires, notamment celles d'Elinor Ostrom pour lesquelles elle a obtenu le prix Nobel d'économie en 2009[2],[3].

Les positions controversées d'Hardin à propos de l'immigration, la race et l'eugénisme ont conduit plusieurs sources à le qualifier de nationaliste blanc (« white nationalist »). Le Southern Poverty Law Center a décrit ses publications comme « ouvertement racistes et quasi-fascistes quant à leur ethnonationalisme »[4],[5],[6].

Éléments de biographie

Hardin a suivi une licence de zoologie à l’Université de Chicago de 1932 à 1936 avant de soutenir une thèse en microbiologie consacrée à la symbiose entre micro-organismes à l’université Stanford en 1941[7],[8]. Il n'a pas participé à la Seconde Guerre mondiale car les séquelles d'une poliomyélite l'ont rendu inapte au service. Il a donc passé la période de la guerre au sein du laboratoire de biologie végétale du Carnegie Institution à travailler sur les algues de culture[9]. A partir de 1946, il a enseigné l’écologie humaine à l’université de Californie[7]. Promu professeur titulaire en 1963, il a conservé ce poste jusqu’à sa retraite en 1978. Il aurait été l’un des membres fondateurs de la Society for General Systems Research.

Garrett Hardin s'est marié avec Jane Swanwon of Hanford en 1941[10]. Ensemble, ils ont eu quatre enfants[10].

Le , Garrett Hardin et sa femme ont mis fin à leurs jours dans leur maison de Santa Barbara en Californie, peu après leur 62ème anniversaire de mariage et alors âgés de 88 et 81 ans[11]. Tous les deux atteints de maladies graves, ils militaient en faveur du droit de chacun à décider du moment de sa mort au sein de l'association End-of-Life Choices, anciennement connue sous le nom de Hemlock Society[12].

Principaux sujets de recherche et prises de positions

La surpopulation était l'un des thèmes majeurs de sa recherche ce qui l'a conduit à tenir des propos controversés sur les droits reproductifs et l'immigration[13],[14],[4]. Il a également écrit au sujet de la conservation de la nature ou encore du créationnisme[13],[15]. Par ailleurs, Hardin a milité en faveur de l'eugénisme au sein de la American Eugenics Society (le nom de l'organisation a changé en 1973 pour devenir la Society for the Study of Social Biology) dont il a été membre du comité directeur de 1971 à 1974[9].

La tragédie des biens communs et le néomalthusianisme

L'article « La tragédie des biens communs » publié par Hardin en 1968 a connu une grande influence dans les années 1970 et 1980[1]. Sa théorie a notamment été mobilisée par la pensée économique néolibérale et le courant de la « New Resource Economics » pour promouvoir la propriété exclusive[9].

Dans son article, il défend l'idée selon laquelle le libre accès de tous aux ressources naturelles engendre leur surexploitation puis leur épuisement[16]. Afin d'étayer son propos, il s'appuie sur un texte du mathématicien anglais William Forster Lloyd publié en 1833 à propos de l'usage des prés communaux[17]. Selon Hardin, un mode d'organisation dans lequel chaque villageois a accès au pré communal pour y faire paître ses animaux mène inéxorablement à la destruction de ce bien commun (« la liberté d'accès un bien commun mène à la ruine de tous »)[16].Il affirme que les éleveurs augmentent obligatoirement la taille de leurs troupeaux sans intégrer le coût de la ressource prélevée sur la collectivité dans leur calcul économique. Le surpâturage ramène à zéro la fertilité du pré communal et provoque la destruction du bien commun[18]. Face à ce constat, Hardin explique que la privatisation des biens communs doit être préférée à la nationalisation[16].

Dès les années 1970, la théorie d'Hardin est critiquée sur le plan théorique et empirique[19],[20],[21]. Il lui est notamment reproché de ne pas avoir opéré de distinction entre les concepts de « ressource en libre accès » et de « propriété commune » (ou « bien commun ») pour laquelle il existe des règles collectives afin de contrôler l'exploitation. Les historiens de l'environnement Joachim Radkau, Alfred Thomas Grove et Oliver Rackham ont ainsi qualifié Hardin « d'Américain qui n'a aucune idée du fonctionnement réel des biens communs »[22]. De plus, la théorie d'Hardin a été contredite par les travaux d'Elinor Ostrom sur le succès des structures coopératives pour lesquels elle a partagé le prix Nobel d'économie 2009 avec Oliver E. Williamson[21],[23],[3]. En 2017, Hardin est revenu sur sa thèse précisant que celle-ci aurait dû s'intituler « la tragédie des communs non gérés »[24].

Plus tard, l'article d'Hardin a été déprecié pour ses propos néomalthusianiens puisqu'il explique que la tragédie des communs intervient également dans les problématiques démographiques. Selon lui, le soutien de l'Etat providence aux « enfants de parents imprévoyants » entraîne inévitablement la surpopulation et donc la tragédie de tous dans un monde aux ressources finies[16]. Il affirme « qu'associer le concept de liberté de reproduction à la conviction que toute personne née a un droit égal aux biens communs revient à enfermer le monde dans une voie tragique » ou encore que « la liberté de reproduction entraînera la ruine de tous »[16]. Il conclut son article en expliquant « qu'aucune solution technique ne peut nous sauver de la misère de la surpopulation » et qu'il faut donc « renoncer à la liberté de procréer »[16]. Ces positions néomalthusiennes sont à rapprocher de ses engagements anti-immigration et eugénistes : Hardin dénonce essentiellement la croissance démographique en cours dans les pays dits du Sud[25].

Il importe de noter que la publication de son article intervient dans un contexte de diffusion massive de la pensée némalthusienne aux Etats-Unis dans pendant la guerre froide[9]. Son travail s'inscrit dans la filiation du livre Road to Survival de William Vogt publié en 1948, du célèbre ouvrage La Bombe P de Paul R. Ehlrich édité au printemps 1968[26] ou encore de l'article de Kingsley Davis paru dans le magazine Science quelques mois auparavant afin de défendre des mesures coercitives de stabilisation de la population[27].

Controverses

Hardin a suscité la controverse pour son soutien aux causes anti-immigration. Le Southern Poverty Law Center affirme qu'Hardin a siégé au conseil d'administration de deux organisations nationalistes blanches : la Federation for American Immigration Reform et le Social Contract Press. Il serait également le co-fondateur des organisations anti-immigration Californians for Population Stabilization et The Environmental Fund, qui auraient « servi à faire pression sur le Congrès en faveur de politiques nativistes et isolationnistes »[4]. Dans son article Living on a Lifeboat, publié en1974, il décrit les nations occidentales comme des canots surpeuplés ne pouvant plus accueillir de migrants sans risquer de sombrer[28].

Dès 1950, il se dit favorable à la stérilisation des faibles d'esprit (« feeble-minded ») et se questionne sur les moyens d'inciter les individus les plus éduqués a être féconds[29]. En 1994, il a été l'un des 52 signataires du texte « Mainstream Science on Intelligence », publié dans le Wall Street Journal. Cet article défendait les affirmations controversées énoncées par Charles Murray et Richard J. Herrnstein dans leur ouvrage The Bell Curve: Intelligence and Class Structure in American Life attribuant à la génétique des différences de quotient intellectuel entre les soi-disant « groupes raciaux » humains[30].

Postérité intellectuelle

Après sa mort, la revue scientifique Science dans laquelle il avait publié « La tragédie des biens communs », l'a décrit comme ayant été « immensément influent dans de nombreuses causes, notamment l'environnementalisme, le contrôle de la démographie, le droit à l'avortement et la restriction de l'immigration »[31].

Herman Daly, économiste à l'Université du Maryland, a dit de lui qu'il a ouvert la voie à une nouvelle génération d'économistes écologiques (« ecological economists ») et à l'importance de « donner au bien-être des générations futures un poids pour des prises de décisions morales »[31],[32].

Après sa mort, une société s'est créée pour entretenir le patrimoine de ses idées (27 livres et 350 articles) : la Garrett Hardin Society.

Bibliographie

Notes et références

Voir aussi

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