Gaston Pateau
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| Naissance |
Ruages, Nièvre |
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| Décès |
(à 36 ans) Mauthausen, Autriche |
| Nationalité |
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| Profession |
Gaston Pateau, né le à Ruages et mort le (à 36 ans) à Mauthausen, est un commissaire de police, résistant français, dirigeant du réseau « Liberté-Égalité-Fraternité » (LEF). Il est déporté en 1943 au camp de concentration de Mauthausen.
Résistance

Gaston Louis Pateau est né le à Ruages, une petite commune de la Nièvre, dans une famille d'agriculteurs (Louis Pateau et Aurélie Villard)[1]. Il entre dans l'administration policière en 1935 comme inspecteur spécial et est affecté à la Gare de Lyon à Paris. Grâce à ses compétences et en l’absence de candidat militaire pour un poste réservé, il est promu commissaire stagiaire à Senlis dès 1936, puis titularisé commissaire en 1937[1]. Plus jeune commissaire de police de France à son époque, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Gaston Pateau est commissaire spécial des Renseignements généraux à la Gare de Lyon, à Paris (relevant de la Sûreté nationale). Il réside durant cette période au 8 rue Pommier à Villeneuve-Saint-Georges[2], dans le Val-de-Marne. Il est marié à Suzanne Ameille et père de deux enfants, Gérard et Nicole.
Dès 1940, refusant la défaite, le commissaire Pateau s’implique activement dans la Résistance intérieure française. Il rejoint d’abord un groupe local à Levallois-Perret et de Villeneuve-Saint-Georges « Liberté », constitué à l’origine de résistants issus de loges maçonniques de la région parisienne. Ce groupe clandestin s’élargit et prend le nom de LEF (Liberté-Égalité-Fraternité) au cours de l’hiver 1941. Gaston Pateau siège au comité directeur du réseau LEF, dont il devient même le chef principal[3], et qui sera appelé parfois « groupe Pateau »[4]. Le réseau recrute de nombreux policiers résistants et se structure comme un véritable service de renseignement, en lien avec d’autres filières d’action et d’évasion. Au sein de LEF, Pateau joue un rôle crucial de renseignement et de liaison. Il coopère étroitement avec l’Armée des Volontaires, un mouvement de sabotage des forces d’occupation, et encourage le ralliement de collègues policiers à la cause de la Résistance[5]. Il prend également la tête du service de renseignement du réseau ferroviaire (SNCF) pour la région sud-est[1]. Son exploit le plus remarquable est d’avoir infiltré les Brigades spéciales des Renseignements généraux de la Préfecture de police (les unités chargées de traquer les résistants). Profitant de sa position, il réussit à subtiliser des rapports et procès-verbaux confidentiels, ce qui lui permet d’alerter la Résistance à l’avance de nombreuses arrestations prévues. Il transmet ainsi directement des informations vitales à la France libre à Londres. Pateau est même à l’origine de la divulgation publique, via Radio Londres en 1942, de l’identité de plusieurs policiers des Brigades spéciales collaborateurs, et de la diffusion d’un tract dénonçant ces agents comme « une brigade de tortionnaires et d’assassins ». Ce coup d’éclat sème la panique et la méfiance dans les rangs de la police vichyste[1].
Gaston Pateau multiplie les contacts clandestins. Il ouvre volontiers son bureau du commissariat de la Gare de Lyon à des rendez-vous discrets avec d’autres résistants[6], profitant de la couverture que lui offre sa fonction officielle. Il sert aussi d’agent de liaison entre différents mouvements résistants parisiens[7], faisant circuler renseignements et directives entre eux. À titre d’exemple, les informations qu’il collecte sont régulièrement remises à son médecin de famille, le docteur René Quenouille (ancien maire-adjoint de Villeneuve-Saint-Georges), qui a pour mission (confiée par Jean Moulin) d’assurer la jonction avec le réseau du Front National (organisation résistante liée au Parti communiste)[1]. Pateau élargit d’ailleurs son action en adhérant à d’autres réseaux : il est mentionné comme membre du réseau Turma-Vengeance[8], actif dans la Région parisienne.
Arrestation
En , la Résistance parisienne subit un coup dur. Plusieurs de ses chefs, dont Pateau, sont démasqués et arrêtés à la suite d’une trahison interne. En effet, un résistant du nom de Robert Masspacher, est arrêté le et interrogé par la police de Vichy. Sous la torture, il révèle aux Brigades spéciales les noms de nombreux acteurs de la Résistance parisienne (parmi lesquels le commissaire Pateau, ainsi que ses collègues résistants commissaires Aldou et Albouy, et même Henri Manhès, le délégué de Jean Moulin pour la zone Nord). Cette dénonciation cause l’effondrement temporaire de LEF. Cependant, les survivants du groupe se reconstitueront par la suite, fusionnant avec d’autres réseaux maçonniques (L’Atelier de la Bastille, La Ligue, etc.) pour former le réseau Patriam Recuperare[9], reconnu plus tard par le Conseil national de la Résistance[10].
À l’aube du , des agents de la Brigade spéciale surgissent au domicile de Gaston Pateau à Villeneuve-Saint-Georges. Le commissaire, âgé de 35 ans, est arrêté devant sa famille et est immédiatement inculpé pour ses activités clandestines pro-gaullistes[11]. Gaston Pateau est incarcéré le à la prison de Fresnes, alors utilisée par les nazis et la police française pour interner et torturer les résistants[12].
Déportation et mort
Le , Gaston Pateau est envoyé au camp de torture de la gestapo de Neue Bremm. Quelques jours plus tard, le , il est déporté au camp de concentration de Mauthausen (matricule 37798), en Autriche, sous le coup du décret Nuit et Brouillard[13], qui prévoit l’élimination discrète des résistants sans laisser de traces.
À Mauthausen, Gaston Pateau endure des conditions effroyables. Epuisé par la malnutrition, le travail forcé et l’absence totale de soins, il contracte une dysenterie qui l’affaiblit rapidement. Quelque temps après son arrivée à Mauthausen, Pateau meurt le [14], à 36 ans, avant d’être jeté dans le four crématoire du camp[15].
Reconnaissance et posterité
Après la Libération, la France a honoré la mémoire de Gaston Pateau, ainsi que son engagement. Il a été homologué à titre posthume comme membre des Forces françaises combattantes, et a reçu le statut officiel de déporté-interné de la Résistance[16]. En 1947, il s’est vu décerner la Médaille de la Résistance à titre posthume[1], en hommage à ses actions clandestines d’éclat. Son acte de décès a également été rectifié par l’État français en 1996 pour porter la mention « Mort en déportation »[17].
Plusieurs lieux de mémoire perpétuent le souvenir de Gaston Pateau. Son nom est gravé sur la plaque commémorative de l’église de Villeneuve-Saint-Georges, ainsi que sur le monument aux morts de cette ville et sur la stèle du cimetière communal. Dans son département natal de la Nièvre, il figure également sur le monument aux morts et la plaque d’église de Chitry-les-Mines[18].
Références
- 1 2 3 4 5 6 « Gaston PATEAU », sur Police - Action Solidaire (consulté le )
- ↑ « Fiche Gaston Pateau », sur memorialgenweb.org.
- ↑ « Liste alphabétique de quelques agents et contacts de Patriam Recuperare », sur patriam-recuperare.fr (consulté le )
- ↑ Yves Hivert-Messeca, L'Europe sous l'acacia. Histoire des franc-maçonneries européennes, tome 3, le XXe siècle, Paris, Dervy, (ISBN 978-1024201352), p. 319
- ↑ « Brassard du mouvement Armée des Volontaires », sur museedelaresistanceenligne.org.
- ↑ Luc Rudolph, Au cœur de la Préfecture de Police : de la Résistance à la Libération - 1re partie : Les proto-résistants du Coq Gaulois, Paris, Editions LBM, (ISBN 978-2-9153-4774-6, lire en ligne), p. 51
- ↑ Luc Rudolph, Au cœur de la Préfecture de Police : de la Résistance à la Libération - 1re partie : Les proto-résistants du Coq Gaulois, Paris, Editions LBM, (ISBN 978-2-9153-4774-6, lire en ligne), p. 80
- ↑ Barry Mamadou Bassirou [Inventaire rédigé par], « Fonds Turma-Vengeance » [PDF], (U. Paris X-Nanterre), Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (consulté le ), p. 203.
- ↑ Yves Hivert-Messeca, L'Europe sous l'acacia. Histoire des franc-maçonneries européennes, tome 3, Paris, Dervy, (ISBN 978-1024201352), p. 327
- ↑ André Combes, La Franc-maçonnerie sous l'occupation : Persécution et Résistance (1939-1945), Paris, Éditions du Rocher, coll. « Franc-maçonnerie », (réimpr. 2005) (1re éd. 2001), couv. ill., 421, 24 cm (ISBN 978-2-268-07462-7 et 2-268-04112-3, OCLC 422242486, SUDOC 060767421, présentation en ligne, lire en ligne), p. 195 (consulté le 30 juillet 2018)
- ↑ Yves Hivert-Messeca 2015, p. 317.
- ↑ « Prison de Fresnes durant la Seconde Guerre mondiale (WWII », sur ajpn.org, (consulté le ).
- ↑ « PATEAU Gaston », sur monument-mauthausen.org (consulté le ).
- ↑ Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, Liquider les traîtres : La face cachée du PCF 1941-1943, Robert laffont, , 424 p. (ISBN 978-2-221-14489-3, lire en ligne), p. 375.
- ↑ (en) Johnny in Chains, « Johnny Hopper, and his war against the Germans », sur robertwernick.com, (consulté le ).
- ↑ « http://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/sites/default/files/SHDGR_16P_P.pdf » [archive du ], sur www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr (consulté le )
- ↑ « Journal officiel - Arrêté du 4 janvier 1996 portant apposition de la mention "Mort en déportation" sur les actes de décès ».
- ↑ « Gaston PATEAU », sur Police - Action Solidaire (consulté le )
Bibliographie
- Yves Hivert-Messeca, L'Europe sous l'acacia : Histoire de la franc-maçonnerie européennes du XVIIIe siècle à nos jours, vol. 3, Dervy, coll. « « L'univers maçonnique » », , 477 p. (ISBN 979-10-242-0135-1).
- Luc Rudolph, Au cœur de la Préfecture de Police : de la Résistance à la Libération : Les proto-résistants du Coq Gaulois, PDF (lire en ligne).