Gauche caviar
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La gauche caviar est un terme désignant les communautés considérées comme éloignées des milieux populaires, mais se réclamant de la gauche. La gauche caviar est souvent associée aux bourgeois-bohèmes (« bobos ») et à l'expression « avoir le cœur à gauche, mais le portefeuille à droite ».
Le dictionnaire Petit Larousse définit « gauche caviar » comme une expression péjorative se référant à un « progressisme » qui « s'allie au goût des mondanités et des situations acquises »[1]. Cette expression est un néologisme politique datant des années 1980[2], souvent employé par les détracteurs de François Mitterrand, et désignant un certain courant au sein de la gauche française, généralement membres ou sympathisants du Parti socialiste. La gauche caviar est ainsi accusée par les courants de gauche plus radicaux (communistes, extrême gauche), d'être, comme le décrit Laurent Joffrin, « une fausse gauche qui dit ce qu'il faut faire et ne fait pas ce qu'elle dit, une tribu tartuffe et désinvolte, qui aime le peuple et qui se garde bien de partager son sort »[3]. « Gauche caviar » remplace en quelque sorte le classique « social-traître » qui stigmatisait les révisionnismes ou les compromissions des partis passant de l'opposition à la gestion d'un pays.
Parmi les personnalités politiques, Dominique Strauss-Kahn, Roland Dumas, Bernard Kouchner, Laurent Fabius, Jack Lang ou, en d'autres temps, François Mitterrand, l'aile de centre-gauche, blairiste ou social-libérale du PS, sont désignés par cette appellation. De nombreux intellectuels se disant de gauche, « compagnons de route », sont également concernés, à l'exemple de Françoise Sagan, ou encore Guy Bedos, Pierre Arditi[4], Bernard-Henri Lévy, Olivier Duhamel, et plus récemment Bertrand Delanoë ou Anne Hidalgo. En 2014, le conseiller politique du président François Hollande, Aquilino Morelle, est accusé de conflits d'intérêts professionnels, et de mener un train de vie luxueux, payé avec l'argent public. Ces accusations, amenant à sa démission, le font qualifier par l'opposition de « gauche caviar »[5].
L'opposé de la « gauche caviar » serait, toujours dans le monde médiatique, la « droite jambon-beurre » (en France), la « droite boudin » (en Belgique), la « droite cervelas » (en Suisse) ou la « droite baloney »[6] (au Québec), désignant des hommes politiques de droite, proches ou appartenant à l'élite économique, cherchant la sympathie d'un électorat populaire en se travestissant socialement pour « faire peuple ». Ce procédé est également appelé « populisme ». Jacques Chirac, manifestant son goût de la tête de veau, de la bière et du Salon de l'agriculture, mais dans le privé, amateur de grands crus, de cuisine nouvelle, de ballets et fin connaisseur des cultures asiatiques et océaniennes, a été accusé d'en faire partie. Dans un documentaire retraçant la campagne présidentielle française de 2007 (La Prise de l'Élysée), Serge Moati a utilisé l'expression « droite-œufs de lump » en allusion à l'électorat populaire et ouvrier de Nicolas Sarkozy.
Dans une chronique humoristique dans l'émission TV Vivement dimanche prochain (France 2, 2008[7]), la comique Anne Roumanoff évoque la « droite cassoulet », la définissant ainsi : « une petite saucisse au milieu et plein de fayots autour », symbolisant Nicolas Sarkozy en chef de la majorité et tous les sarkozistes.
Culture
Laurent Joffrin avance dans son essai Histoire de la Gauche caviar (2006) [8] que la pensée libérale serait devenue majoritaire dans le socialisme français. Il écrit notamment que « dans gauche caviar, le caviar l'a emporté » et souligne qu'« à l'inverse des expériences du passé, elle a été incapable de réduire le chômage, de vaincre l'exclusion, d'assurer l'égalité des chances » car « elle a oublié le peuple » et de conclure par un : « bobos de tous les pays, interrogez-vous ! ».
