Gay Shame
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Gay Shame est un mouvement de la communauté LGBT décrit comme une alternative radicale à la tendance au conformisme de la communauté.
Il promeut une vision alternative des marches des fiertés, reprochant à ces dernières un aspect de plus en plus mercantile par la présence d'entreprises commanditaires, ainsi que sa dépolitisation afin d’éviter de heurter les sponsors[1],[2]. Le mouvement Gay Shame adopte une expression radicalisée, des idéologies contre-culturelles, ainsi qu'un aspect artistique avant-gardiste.

Gay Shame est à l'origine une manifestation contre le mercantilisme des événements comme la Pride. Les membres fustigent l'« assimilationnisme queer » dans des structures sociétales oppressives. Ainsi ce mouvement ne soutient pas le combat pour la légalisation du mariage entre personnes de même sexe; appelant plutôt à l'abolition du mariage, ou de toute forme d'alliance impliquant une ingérence de l'état[3].
Les membres déclarent : « Nous sommes contre toute institution perpétuant l'exploitation de certaines populations au bénéfice d'autres. Pourquoi les bénéfices fondamentaux attachés au mariage (comme la couverture santé) seraient-ils liés à la nécessité au rituel de terreur, sanctionné par l'Etat, qu'est le mariage? - Le mariage gay, le vote sont autant de gestes symboliques qui renforcent les structures qu'ils prétendent reconfigurer »[3].
Historique
Gay Shame commence en 1998 comme un événement annuel à Brooklyn, New York. Il se tient au centre communautaire DUMBA, tenu par un groupe d'artistes. La première édition voit accueille des artistes comme Three Dollar Bill, Kiki and Herb, et des intervenants comme Eileen Myles, Mattilda Bernstein Sycomore et Penny Arcade. La soirée a été documentée par Scott Berry dans le film Gay Shame '98. Le collectif impliqué dans ce premier événement publie un zine, intitulé Swallow Your Pride. Trois éditions seront écrites. Le mouvement s'est ensuite répandu à San Francisco, à Toronto, et en Suède.
LAGAI – Queer Insurrection (anciennement Lesbians and Gays Against Intervention)[4] remet cette protestation en contexte. Ils déclarent que les origines des mouvements LGBTQ sont révolutionnaires[5].
En 2002, AlterNet publie une pièce de théâtre de l'activiste queer Tommi Avicolli Mecca, sur le mouvement Gay Shame. A propos du mouvement il déclare : « Gay shame est la réaction d'une jeunesse dégoutée par la commercialisation des prides, plus intéressées par leurs sponsors, la présence de célébrités et le consumérisme que par la radicalité qui donna naissance à tous les mouvements de libération gay post-Stonewall - des milliers aujourd'hui regardent passer en applaudissant des chars achetés par de grandes entreprises, en sachant que, même si elles sont bonnes sur les droits LGBT, pratiquent une politique désastreuse qui oppresse d'autres groupes sociaux - Cet intérêt massif auprès de grandes entreprises a été accompagné par un désengagement politique. »[6].
En 2009, une protestation Gay Shame a lieu devant le centre LGBT de San Francisco. L'évènement est rapporté par le journal IndyBay[7]. Cette même année un évènement a également lieu à Londres, intitulé "aire de jeux de l'art interactif et des idées alternatives" dans un club partageant la vision anticonsumériste et non commerciale du mouvement. L'évènement rassemble 35 spectacles et une centaine de performances, pour environ 3 000 spectateurs[8].
Un livre intitulé Gay Shame est publié par Lambda Literary en 2010. Le livre explore les origines du mouvement, par rapport aux prides, et questionne la façon dont le mouvement pour les droits LGBT actuel pousse à l'acceptation, à l'assimilation, résultant en une perte de ce qui est intrinsèquement queer dans l'éradication de la honte par la fierté de sa sexualité, de son genre, de ses origines[style à revoir][9].
En 2011, Mattilda Bernstein Sycamore donne une interview à We Who Feel Differently. Carlos Motta lui demande comment ouvrir des espaces queers, et Mattilda évoque son travail avec Gay Shame :
« Ce qui était vraiment interessant c'est que nous voulions créer un spectacle. Nous voulions utiliser le militantisme de ActUp mais combiné au spectacle pour se concentrer sur l'important ; reprendre la rue de manière anticapitaliste et extravagante, pour attirer du monde à nous »[10].
Le livre explore les origines du mouvement, par rapport aux prides, et questionne la façon dont le mouvement pour les droits LGBT actuel pousse à l'acceptation, à l'assimilation, résultant en une perte de ce qui est intrinsèquement queer dans l'éradication de la honte par la fierté de sa sexualité, de son genre, de ses origines[style à revoir][style à revoir][11],[12],[13],[14],[15],[16],[17]
Effervescence et conséquences
Le mouvement Gay Shame à San Francisco devient un collectif queer radical d'action directe, sans hiérarchie, qui resta actif jusqu'en 2013. Le collectif est aussi responsable de beaucoup de manifestations, protestations et actes de guerilla urbaine qui paralysent la ville de San Francisco en réponse à la déclaration de guerre contre l'Irak par l'administration Bush en 2003[18]. Selon une interview postée par le site web Mission Local, le groupe s'organise dès 2001, autour d'actions directes comme le « Goth Cry-In », « un espace pour plonger dans notre tristesse autour de l'état actuel des politiques LGBT et les horreurs du monde en général ». Le collectif estime que « les luttes LGBT actuelles sont une bousculade pour bénéficier du privilège hétérosexuel » et que « les choses comme la couverture santé - devraient être accessibles à tous - et que l'identité queer doit remettre en question les institutions, comme le mariage et l'armée, pas chercher à en faire partie - car nous devrions travailler contre les institutions traditionnelles et avec les personnes qui nous font ressentir la joie, l'amour, la liberté et la sécurité - et, comme nous le savons, c'est souvent l'opposé de ce que représente le mariage. - Gay Shame supporte toutes les manifestations d'auto-détermination du genre »[11].
Sur leur site, le groupe se décrit comme « engagés dans une extravagance queer qui mélange l'action directe à la théâtralité, qui rejette l'identité gay commerciale qui renie les liens intrinsèques entre les luttes queer et l'opposition au pouvoir - qui contourne les valeurs égoïstes du consumérisme gay - et qui se bat contre le monstre assimilationniste avec une mobilisation queer dévastatrice »[19].
Malgré tout, en 2012, selon l'auteur Toshio Meronek, « la critique de la corporatisation des prides se répand - et la pride a en réalité commencé comme une journée d'action politique appelée Christopher Street Liberation Day »[20]. A un certain point, après que la loi « Don't Ask, Don't Tell » soit abrogée, Gay Shame édite un flyer clamant « Pas de gays dans l'armée! Nous avons besoi nde vous dans la rue. Gardons le status quo à l'oeil et en feu »[21].
Après la fin de la dernière réunion de Gay Shame, des réflexions émergent sur le mouvement au global. Une des principales organisatrices, Mattilda Bernstein Sycamore, déclare au San Francisco Bay Guardian :
« Ce groupe activiste, qui avait tant de sens pour moi, m'a inspiré de bien des manières, m'a finalement déçue. Il y a trop de rhétorique auto-congratulatoire dans les espaces queers radicaux de San Francisco, et on ne peut pas au-delà d'un simple rebranding plus cool et plus niche, sans examiner la façon dont les personnes dans les espaces radicaux reproduisent les schémas horribles de la culture hétéro ou gay mainstream, et cela fait encore plus mal quand ça vient de personnes en lesquelles on croit vraiment »[22].
On retrouve des remarques similaires de sa part sur l'émission radio Horizontal Power Hour en [23],[24].
En Juin 2013, un article de White Rose Reader ajoute : Dès 1998, ces évènements Gay Shame promouvant la contre-culture et l'expression radicale - certains ont repris ce point : un blog écrit par un DJ queer de 48 ans a surgi récemment réclamant le retour du Gay Shame[style à revoir][25].
Réémergence
En , Gay Shame SF reprend son activité. Leurs rencontres hebdomadaires sont documentées sur Modern Times Bookstore[26]. Ils se décrivent comme le « virus dans le système », appelant à un « activisme queer - pour contrer les valeurs égoïstes du consumérisme gay et l'hypocrisie de la gauche américaine »[27]. L'organisation de Gay Shame SF est basée sur le consensus, chacun doit donner son avis ou son aval avant une prise de décision, et tout le monde doit être entièrement informé des actions qui ont lieu. Lorsqu'un membre du collectif s'exprime dans la presse, il utilise le nom « Mary », pour préserver son anonymat et pour que personne ne soit identifié comme leader.
Plus récemment, Gay Shame SF a adopté des positions anticarcérales et s'organise contre la gentrification de la ville. En 2014, six membres sont arrêtés pour s'être opposés à une soirée de pride organisée par Kink.com sur le thème des prisons[28]. Les militantes abolitionistes Miss Major et Angela Davis co-signent une lettre ouverte appelant le site à changer le thème de leur soirée, pour ne pas utiliser « l'arrestation et l'incarcération pour promouvoir leur événement »[29]. En 2015, une série de flyers « anti-tech » déployée dans le quartier de Mission District, appelle les « tech bros » à quitter le quartier[30].
En parrallèle, d'autres chapitres de l'organisation émergent. Vers , Gay Shame San Diego est créee, se décrivant sur Facebook comme « une protestation contre la commercialisation des prides et en opposition à l'assimilation queer ». Leur page publique traite des sujets du mariage homosexuel, de Lou Reed et des prides. Au même moment, un blog Tumblr apparait et relaie les déclarations écrites de Gay Shame SF, critiques du capitalisme, discussions sur la libération trans et queer[31].
Critiques
En raison de leur opposition à la culture LGBTQ dominante, Gay Shame reçoit de nombreuses critiques. Un blogueur nommé Dyneslines fait valoir qu'« en considérant cet étrange phénomène, il est difficile de ne pas détecter des éléments délibérés d'homophobie intériorisée...On voit que la tendance de la Gay Shame se résorbe. C'est un résultatque l'on peut espérer »[32].
Une autre critique, d'une perspective queer, n'excluant pas complètement le mouvement, commente : « Il est difficile pour se groupe de se retirer entièrement de la structure globale, comme l'entend leur idéologie - en retirant des noms individuels, et donc des indentités individuelles, Gay Shame se conforme à la marchandisation de leur mouvement, celle-la même qu'ils combattent »[33].
Conférence académique
Une conférence académique a lieu en , à l'université du Michigan[34]. Des frictions auraient supposément eu lieu lors de ce week-end, entre les activistes et les universitaires, basées sur une divergence de stratégies, et l'incapacité des universitaires, selon les activistes, de reconnaitre leurs privilèges de classe et le pouvoir qui en découle, et de partager ce pouvoir[35],[36].
