Le gazoduc arabe est un gazoduc entre l'Égypte , la Jordanie, la Syrie et le Liban. Construit en plusieurs étapes dans les années 2000, sa longueur atteint 1 200 kilomètres. Il a coûté 1,2 milliard de $. Il part à proximité d’El-Arish dans le Sinaï et a originellement été construit pour exporter le gaz égyptien vers la Jordanie, la Syrie et le Liban, avec une portion sous-marine. Des connections sous-marine et terrestre le relient à Israël[1].
Sabotages
À son inauguration, le gazoduc arabe est un symbole de coopération économique dans le monde arabe[2].
Ce gazoduc est utilisé de manière intermittente depuis son ouverture. Les exportations de gaz égyptiennes se sont fortement réduites depuis 2011 – d’abord à cause de sabotages (principalement dans sa section d’approvisionnement dans le Sinaï), puis à cause de pénuries de gaz égyptien à partir du milieu des années 2010. Des sections du gazoduc ont continué d’être utilisées en Jordanie pour faciliter le transport intérieur de gaz. Le gazoduc est utilisé en flux inverse de la Jordanie vers l’Égypte de 2015 à 2018, alimenté par du gaz naturel liquéfié importé à Aqaba. En 2018, l’augmentation de la production de gaz égyptien a permis le redémarrage des exportations vers la Jordanie. En 2020, Israël commence à exporter du gaz par le gazoduc reliant Israël à la Jordanie. Un accord permet aussi la fourniture de gaz par le gazoduc arabe à l’Égypte, en plus du gazoduc El Arish–Ashkelon.
Le , le Qatar, la Jordanie et la Syrie signent un accord par lequel est prévue l’utilisation d’un navire de regazification à Aqaba pour l’importation de gaz par la Syrie. Cet accord vise à relancer la production de la centrale de Deir Ali pour atteindre puis dépasser les 400 mégawatts par jour. Les livraisons commencent début 2026, au rythme de 850 000 à 2,5 millions de m³ par jour, avec pour objectif 4 millions de m³/j[2]. En janvier, l‘Égypte livre 1,5 millions de m³/j à la Syrie et la même quantité au Liban[2]. Selon Hisham Bustani, spécialiste des questions d’énergie dans la région, il est probable que ce gaz provienne en réalité d’Israël qui se sert de cette infrastructure d’intégration arabe comme d’un outil d’exportation rendant les pays arabes dépendant d’Israël. Ceci s’est manifesté lors de la guerre des Douze Jours en , puis lors de la guerre d'Iran de 2026: à chaque fois, l’exploitation du champ gazier de Leviathan a été interrompue, coupant ainsi les exportations vers la Jordanie et l’Égypte, qui se sont trouvées en difficulté. Israël a aussi utilisé la menace de la rupture de la fourniture de gaz face à l’Égypte en . Le gazoduc arabe participe donc à la politique étrangère expansionniste d’Israël[2].
Le , lors de la révolution égyptienne, la station de compression d’El Arish est sabotée[3],[4],[5],[6]. Les exportations de gaz vers Israël et la Jordanie sont arrêtées[7].
Le gazoduc est encore saboté le , près de Al-Sabil[8], le , près de Nagah[9], dans la nuit du 26 au à 50 km de la frontière isralienne[10]. Le , c’est le 26e sabotage qui a lieu près d’Al-Qurayaa[11] et le , le 29e[12].
Le , c’est la Province du Sinaï de l’État islamique qui sabote le gazoduc[13]. Au total, de 2013 à 2018, seule la section Aqaba–El Rehab a fonctionné, pour transporter du gaz naturel liquide regazéifié dans un terminal d’Aqaba à destination du marché national. À partir de 2015, l’Égypte a aussi importé du gaz à partir de ce terminal.
Description
La section principale entre l’Égypte et la Jordanie a un diamètre de 36pouces(91,44cm), avec des stations de compression tous les 200km. La capacité maximale annuelle est de 10,3 milliards de m³. La capacité du gazoduc peut être augmentée de 50% en doublant le nombre de stations de compression (tous les 100 km)[14].
La première section du gazoduc va de El-Arish en Égypte à Aqaba en Jordanie. Elle est composée de trois segments. Le premier, long de 250 km, relie El-Arish à Taba sur la mer Rouge. Il comporte une station de compression à El-Arish et une station de comptage à Taba. Le second segment est sous-marin, et mesure 15 km de long, de Taba à Aqaba. Le troisième segment, avec également une station de comptage, fait 1 km de long jusqu’à la centrale électrique d’Aqaba[15]. Cette section El-Arish-Aqaba a coûté 220 millions de dollars, et a été achevée en [16].
Section Aqaba–El Rehab
La deuxième section prolonge le gazoduc d’Aqaba à El Rehab par Amman, s’arrêtant à 24 km de la frontière syrienne. Cette section fait 390 km et a coûté 300millions de dollars[17]
. Elle est achevée en 2005.
Section El Rehab–Homs
La troisième section, longue de 319 km, relie la Jordanie à la Syrie. Un premier tronçon de 90 km part de la frontière jordano-syrienne pour alimenter la centrale de Deir Ali. De là, le gazoduc rejoint Damas puis la station de compression d’Al Rayan près d’Homs. Cette section comporte quatre stations de réception/injection et une station de comptage. Elle alimente les centrales de Tishrin et de Deir Ali. Cette section est achevée en . Elle a été construite par la Syrian Petroleum Company et Stroytransgaz(en), une filiale de Gazprom[18],[19].
Le , une attaque du gazoduc au nord de Damas cause une panne électrique en Syrie[20].
Branches de raccordement
Branche entre Israël et la Jordanie
En 2018, une section de 65km est en construction par le Jourdain vers le kibboutz Neve Ur pour relier le gazoduc arabe au réseau israélien. Cette section s’embranche près de Mafraq, dans le nord de la Jordanie. Cette section a 23km de long en Israël, de la frontière israélo-jordanienne au kibbuotz Dovrat dans la vallée de Jezreel où il rejoint le réseau israélien. Sa date d’achèvement prévue était la mi-2019. Elle est prévue pour fournir le marché jordanien en gaz naturel à partir de 2020[21].
Un gazoduc de 12pouces(30,48cm) fournit en gaz israélien les usines d’engrais jordaniennes d’Arab Potash près de la mer Morte, sans lien avec le gazoduc arabe.
Branche Homs-Tripoli
La branche Homs–Tripoli commence au compresseur d’Al Rayan en direction de Baniyas puis rejoint Tripoli au Liban. L’accord de fourniture est signé le et les tests ont commencé le [14]. Les livraisons régulières de gaz ont commencé le à la centrale électrique de Deir Ammar[22].
Un projet prévoit une extension de cette branche vers Chypre[23].
Le , l’Égypte donne son accord pour aider le Liban qui fait face à une crise économique et énergétique grave, en reprenant les exportations de gaz vers le Liban par ce gazoduc[24] inexploité depuis le début des années 2010 et qui a donc besoin de réparations.
Raccordement entre la Syrie et la Turquie
En 2006, l’Égypte, la Syrie, la Jordanie, la Turquie, le Liban et la Roumanie signent un accord pour le prolongement du gazoduc vers la frontière turque, puis son raccordement au Nabucco pour l’exportation vers l’Europe. La Turquie prévoit en outre d’acheter une partie du gaz provenant du gazoduc arabe[25]. En 2008, la Turquie et la Syrie signent l’accord de construction des 63 km de gazoduc d’Alep à Kilis, première étape de ce raccordement[26],[27]. Stroytransgaz obtient le marché de construction pour 71millions de dollars[28]. Ce contrat est annulé début 2009 et finalement attribué à Plynostav Pardubice Holding, une compagnie tchèque, qui achève le chantier en . De Kilis, un gazoduc de 15 km de 12pouces(30,48cm) doit relier le gazoduc au réseau turc, permettant de fournir le marché turc via le réseau syrien avant l’achèvement de la section Homs–Alep. Ce raccordement ouvre en [29],[30].
Accord de raccordement avec l’Irak
En , l’Égypte, la Jordanie, la Syrie et le Liban donnent leur accord pour relier le gazoduc arabe avec le réseau irakien pour l’exportation vers l’Europe[17].
Gazoduc El-Arish/Ashkelon
Le gazoduc entre El-Arish et Ashkelon (en Israël) est une conduite sous-marine de 90 km de long et de 26pouces(66,04cm) qui relie le gazoduc arabe à Israël. Sa capacité est de 7 milliards de m³ par an, avec des possibilités d’accroitre sa capacité à 9 milliards de m³ par an. Bien qu’il ne fasse pas officiellement partie du gazoduc arabe, il se raccorde à celui-ci en Égypte. Il est construit et exploité par la East Mediterranean Gas Company (EMG), une filiale commune de Mediterranean Gas Pipeline Ltd (28%), de la compagnie israélienne Merhav (25%), de la thaïlandaise PTT (25%), d’EMI-EGI LP (12%) et de l’Egyptian General Petroleum Corporation (10%)[31]. Il est opérationnel en , pour un coût de 180 à 550 millions de dollars (le chiffre exact est discuté)[32]. Son fonctionnement a été interrompu de nombreuses fois à cause de sabotages du gazoduc égyptien dans le Sinaï et de pénuries de gaz en Égypte. Bien que prévu à l’origine pour l’exportation de gaz égyptien vers Israël, les pénuries de gaz en Égypte ont ouvert la possibilité de l’exploiter en sens inverse à partir de 2019[33].
Accord initial
L’accord initial prévoit la fourniture de 1,7 milliard de m³ de gaz égyptien à Israel Electric Corporation[34], chiffre revu à la hausse (2,1 milliards par an) à l’horizon 2028. Fin 2009, EMG s’engage à fournir 2 milliards de m³ supplémentaires pour des producteurs d’électricité privés et des besoins industriels en Israël. En 2010, le gazoduc fournit la moitié du gaz consommé en Israël, l’autre moitié provenant de la production nationale, Israël devenant un des principaux marchés à l’export de l’Égypte. En 2010, des militants égyptiens appellent à la cessation de ces livraisons, notamment à cause du prix de vente très bas, ce qui est refusé par le régime. En 2011, après la révolution égyptienne, cette demande s’est renforcée. Les exportations cessent à cause de cinq sabotages du gazoduc à la bombe[35],[36].
Interruption de service dans les années 2010 et nouvelle utilisation
Après la chute de Moubarak, l’accord n’est plus appliqué[37], les pénuries de gaz en Égypte forçant de toute façon le gouvernement à annuler la plupart de ses exportations afin de satisfaire la demande intérieure.
Les autorités égyptiennes tentent d’invoquer un cas de force majeure pour l’annulation de la fourniture de gaz à Israel Electric Corporation, qui elle considère cette annulation comme une rupture du contrat. La cour internationale d’arbitrage de la chambre de commerce internationale de Genève, après quatre ans de procédure, statue contre l’Égypte et ordonne le paiement d’environ 2 milliards de dollars à EMG et l’IEC pour annulation unilatérale du contrat, condamnation confirmée en appel en 2017[38],[39]. En 2019, un accord prévoit le paiement par l’Égypte en 8 ans et demi de 500 millions de dollars à IEC[40].
Cette accord et les pénuries chroniques de gaz en Égypte ouvrent la voie à l’utilisation en sens inverse du gazoduc El Arish-Ashkelon. En , le consortium exploitant le champ gazier de Tamar 2 annonce un contrat de fourniture de gaz à l’Égypte[41],[42]. En novembre, un accord prévoit également l’exportation de gaz depuis le champ gazier du Leviathan[43],[44]. Le coût de la conversion du gazoduc est estimé à 30 millions de dollars.
Le consortium exploitant ces deux champs gaziers prend une participation de 39% dans EMG en [45]. Les exportations commencent en 2020[46],[47],[48].
↑Avi Issacharoff et Barak Ravid, «Egypt holds gas supply to Israel and Jordan after pipeline explosion», Haaretz, (lire en ligne[archive du ], consulté le )
↑Nayla Razzouk et Ola Galal, «Egypt Gas Exports to Israel, Jordan Halted After Sinai Pipeline Explosion», Bloomberg, (lire en ligne[archive du ], consulté le )
«Such groups, whose ability to operate in this area depends heavily on cooperation from local Bedouins, have been suspected of responsibility for attacks on police stations and patrols as well as most if not all of five recent successful attacks on the El Arish natural gas pipeline that runs from Egypt to Israel.»
↑Tobias Buck et Heba Saleh, «Seventeen killed in Israel attacks», Financial Times, Jerusalem, Cairo, (lire en ligne, consulté le ):
«In the past six months, suspected Islamist militants in the Sinai have blown up a pipeline carrying natural gas to Israel five times.»
↑Edmund Sanders, «Egypt-Israel natural gas deal revoked for economic reasons», Los Angeles Times, (lire en ligne)
↑Ben Rigby, «Egyptian companies lose major ICC energy dispute to Israel», African Law & Business, (lire en ligne, consulté le )
↑«Swiss court tells Egyptian energy companies to compensate Israel», Reuters, (lire en ligne, consulté le )
↑«Egypt in $500 million settlement with Israel Electric Corp», Reuters, (lire en ligne, consulté le )
↑Ari Rabinovitch, «Israel's Tamar group to sell gas to Egypt via pipeline», Reuters, (lire en ligne, consulté le )
↑(he) Lior Gutman, «דולפינוס פתחה במו"מ עם EMG להולכת הגז ממאגר תמר למצרים» [«Dolphinus commences negotiations for the use of EMG's pipeline»], Calcalist, (lire en ligne, consulté le )
↑Steven Scheer et Avi Rabinovitch, «Developers of Israel's Leviathan field sign preliminary Egypt gas deal», Reuters, (lire en ligne, consulté le )
↑Ahmed Feteha et Tamim Elyan, «Egypt's Dolphinus Sees Gas Import Deal With Israel in Months», Reuters, (lire en ligne, consulté le )
↑Yaacov Yaacov et Mirette Magdy, «Israel, Egypt Gas Partners Buy Control of Key Export Pipeline», Bloomberg, (lire en ligne, consulté le )
↑«Factbox: Egypt's push to be east Mediterranean gas hub», Reuters, (lire en ligne)
↑Salma El Wardany, «Israeli gas finally reaches Egypt as mega deal bears fruit», World Oil, (lire en ligne)