Georges Ier de Trébizonde

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Georges Ier de Trébizonde
Fonction
Empereur de Trébizonde
-
Biographie
Naissance
Décès
Après Voir et modifier les données sur Wikidata
Père
Mère
Irene Syrikaina (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Andronic II de Trébizonde (frère consanguin)
Théodora de Trébizonde (sœur consanguine)
Jean II de Trébizonde (frère consanguin)Voir et modifier les données sur Wikidata

Georges Ier de Trébizonde ou Georges Ier Grand Comnène (en grec : Γεώργιος Αʹ Μέγας Κομνηνός), né après 1254, mort vers 1284[1], est empereur de Trébizonde de mars 1267 à juin 1280. Il est le fils aîné de l’empereur Manuel Ier et de sa troisième épouse Irène Syrikaina, une aristocrate de Trébizonde. Son règne est marqué par une tentative de reprise de Sinope, alors aux mains des Seldjoukides, et par un rapprochement avec le parti anti-unioniste qui s'opposait à l'union des églises romaine et orthodoxe. Ce rapprochement aboutit ultimement à sa trahison par les archontes trapézontains.

Contexte

L’Empire byzantin (rouge) en 1265, avec l’Empire de Trébizonde à l'est (rouge pâle).

Le règne de Georges Ier Grand Comnène s'est déroulé alors qu'un climat politique extrêmement chaotique régnait en Anatolie, climat seulement exacerbé par la question de l'union des Églises au concile de Lyons de 1274[2]. Les Mongols Ilkhanides régnaient alors sur une grande partie de l'Anatolie, et commençaient à commercer à l'ouest[3]. Georges succède à son demi-frère aîné Andronic II en 1267 (ou 1266). Violent et rigide, il est âgé de onze ou douze lors de son arrivée au pouvoir. En 1277, profitant de la défaite mongole à Elbistan contre les mamelouks, il tente de reprendre Sinope aux Seldjouks, mais échoue[4]. Sinope avait été perdue définitivement en 1265, lors du règne de son frère Andronic II, qui était trop jeune ou trop faible pour combattre efficacement[5]. Essentielle militairement et économiquement (la ville était le « poing de l'empereur de Trébizonde » selon Ibn Bibi, et bénéficiait d'un accès à la mer Noire[6]), la perte de Sinope et la défaite de Georges furent très dures pour Trébizonde.

Politique

Un dirhem en argent frappé sous Abağa.

Contrairement à la politique prudente de son père Manuel Ier, Georges a poursuivi une politique anti-aristocratique et s’est allié avec le roi de Sicile Charles d’Anjou, s’opposant de fait à l’empereur byzantin Michel VIII Paléologue sur la question de l'union des églises[7]. Cette politique, couplée à son incapacité à lutter contre les mamelouks d’Égypte et le fait qu'il ait changé son titre de despotes à basileus en 1278 pour mettre l'emphase sur l'indépendance de sa position[1] provoqua la colère de son suzerain, le Mongol houlagide Abağa, allié de l'Empire byzantin. Celui-ci fut d'autant plus en colère contre Trébizonde qu'il venait d'essuyer une défaite contre Baybars, dont il fit peser une partie de la responsabilité sur ses vassaux. Convoqué par le chef mongol, Georges fut trahi dans le mont Taurus[8] par ses propres courtisans, sa famille, et une faction adverse de nobles trapézontains et d'archontes, alors qu’il se rendait à Tabriz, la capitale ilkhanide[8] (c'est-à-dire houlagide, les deux termes étant synonymes) et résidence d’Abağa, en juin 1280. Il fut livré par eux, sa mère et ses deux sœurs au Mongol[9]. C’est son plus jeune frère, Jean II, qui lui succéda.

Trahison

Lieu de la trahison

Le premier - et le plus important - chroniqueur des empereurs de Trébizonde est Michel Panarète, qui écrivit plus d'un siècle plus tard. Sa chronique est détaillée, surtout en ce qui concerne certains événements d'importance, mais Anthony Bryer a précisé que Panarète, suivant sans doute une tradition de la cour[10], n'a semblé mentionner que ce qui était convenable, politiquement, à son époque : aucune mention, par exemple, n'est écrite, de la vassalité de Trébizonde par rapport aux Mongols ilkhanides. Du règne de Georges lui-même, il écrit :

« [Andronic II Grand Comnène] eut pour successeur Kyr Georges Comnène, fils de Kyr Manuel et de la reine Irène Syrikène, pendant quatorze ans. Celui-ci fut traîtreusement livré par les archontes dans le mont Taurus, et fait prisonnier au mois de juin [1280]. [...] Ensuite [en 1284] eut lieu l'incursion et l'arrestation de Kyr Georges Comnène, que l'on a dit avoir été exilé »[11].

Mais il ne donne pas d'autre indication sur ce Mont Taurus, ou à qui il fut livré. Selon Anthony Bryer, le Taurus (Tauresion en anglais) ne peut pas être assimilé à la chaîne des monts du même nom au sud de l'Anatolie, et qui font face à Chypre en Méditerranée, puisqu'il est impossible que l'empereur, alors vassal des Mongols, ait conduit seul une expédition dans cette région[12]. D'autres auteurs ont proposé une variété d'autres solutions, mais pour Bryer il ne fait aucun doute que « Taurus » n'est autre que la cité de Tabriz, en Azerbaïdjan actuel : les Latins, Marco Polo en tête, l'appelaient « Tauris » d'après les Arméniens de Cilicie qui prononçaient « T'awrež »[13]. Il est vrai que Tabriz fut construite dans une plaine immense, et qu'aucune montagne ne s'y trouve ; mais à une semaine de Tabriz se dresse le mont Ararat sur la route qui mène à Trébizonde. C'est là, affirme Bryer, que Georges Comnène fut trahi.

Emplacement du mont Ararat, près de Tabriz.

Bryer explique que vers la fin du XIIIe siècle – c'est-à-dire durant le règne de Georges Ier – la puissance de Trébizonde lui venait de Tabriz : la route caravanière qui allait de l'une à l'autre fournissait une grande partie des marchandises orientales qui passaient à Constantinople et, de là, en Europe. Il semble, ajoute-t-il, que les poids et mesures et la monnaie trapézontine avaient cours à Tabriz ; mais surtout, cette dernière devint la capitale des Ilkhanides au temps de Georges Comnène[14]. Or, il est évident dans les chroniques arméniennes citées par Bryer[15] que c'est à l'Ilkanide Abağa qu'on l'a livré.

Raisons de la trahison

Un archonte au XIXe siècle.

Les raisons de la trahison de Georges Grand Comnène peuvent être assimilées à la politique intérieure de l'empire de Trébizonde à l'époque. Une multitude de factions s'opposaient chez les archontes (l'aristocratie byzantine) : d'abord, les intérêts des propriétaires fonciers caucasiens, les Lazes, y prédominaient. Certains archontes voulaient un rapprochement avec la Géorgie, opposés en cela à ceux qui voulaient un rapprochement avec Constantinople. Enfin, la question de l'union des Églises divisait encore l'aristocratie - la décision de Georges Ier de se ranger du côté des anti-unionistes ne fit que compliquer la situation. Bryer souligne l'importance de la famille Comnène à Trébizonde à l'époque, puisque celle-ci passait pour plus puissante et plus ancienne que celle des Paléologues. En effet, elle était la seule, aux yeux de la plupart des archontes, à représenter à la fois leurs velléités d'indépendance et la seule chance de Trébizonde de rivaliser avec Constantinople. Mais si le nom Grand Comnène était irremplaçable, les empereurs successifs l'étaient beaucoup moins. Bryer démontre que les intérêts de ces partis d'archontes, tout autant que la nécessité de garder ouvertes les routes Tabriz-Trébizonde et Trébizonde-Constantinople, rendaient particulièrement difficile la position des empereurs trapézontains[16].

À Constantinople, Michael VIII, l'empereur byzantin depuis la reconquête de la ville en 1261, s'inclinait devant la volonté du pape Grégoire X : celui-ci voulait l'union des Églises catholique et byzantine. Pour Michael VIII, une telle union permettrait de se protéger des visées des Angevins, dirigés par Charles d'Anjou, sur l'empire[17]. Après la proclamation de l'union du concile de Lyon de 1274, le pape refusait d'autoriser l'expédition de Charles d'Anjou[7]. L'union avait donc réussi à repousser un danger extérieur à l'empire, mais des réactions violentes se firent aussitôt entendre, surtout en raison de l'animosité de la population et des élites byzantines envers les conquérants de 1204. L'empereur se vit donc précipité contre une coalition aristocratique et ecclésiastique en même temps que Jean de Thessalie et Nicéphore d'Épire, alliés de Charles d'Anjou, se faisaient garants de la défense de la foi orthodoxe[7].

À Trébizonde également, Georges Ier joignait le parti anti-unioniste, peut-être pour appuyer ses velléités d'indépendance et s'opposer à l'empereur à Constantinople. C'est lui d'ailleurs qui fut probablement le premier à porter le titre de Mega Komnenos, c'est-à-dire Grand Comnène, pour se distinguer de la dynastie constantinopolitaine du même nom : auparavant, le titre de Méga était non officiel[9]. Les initiales M.K. apparaissent sur les quelques rares nomismata frappées à son nom[9], mais celles-ci ne furent jamais en circulation[18]. Autre signe du désir d'indépendance de l'empereur, il changea son titre de despotes de Trébizonde à celui de basileus en 1278, se plaçant du même coup au niveau de l'empereur byzantin. Le basileus est un monarque de droit divin, fondamentalement associé à une certaine forme de théocratie et de pouvoir absolu[19]. Se proclamer tel pouvait constituer un coup d'état politique, dans un empire byzantin divisé. Pour Kuršanskis, le caractère de l'empereur est en effet à prendre en considération pour avoir précipité sa trahison : « Nous ne serions peut-être pas loin de la vérité en suggérant que Georges était volontaire et violent, peu ouvert aux conseils de son entourage et n'agissant qu'à sa tête. Un absolutisme comme le sien, dans un État divisé entre archontes de partis opposés, était sans doute hors de mise[20]. »

Bryer, s'il ne minimise pas la faute de Georges Ier et de sa politique agressive dans sa propre chute, mentionne toutefois que la situation politique en Asie Mineure pouvait mettre l'empereur en difficulté et l'empêcher de prendre les décisions qui l'auraient immédiatement avantagé[21]. C'est un point de vue qui est partagé par William Miller[22]. En effet, dans les années 1270, le Proche-Orient se scindait en deux larges factions : d'un côté, celle passée entre les Paléologues de Constantinople, la papauté, les Mongols et les Géorgiens par des alliances matrimoniales et des promesses à peine tenues, de l'autre les Angevins de Charles d'Anjou et les Mamelouks de Baybars[23]. On sait que Charles d'Anjou avait contacté le frère de Georges, Andronic II, à travers des marchands marseillais en visite à Trébizonde en 1265[24], et vraisemblablement il a continué à correspondre avec son successeur à partir de 1266. Bryer rapporte que des réfugiés anti-unionistes venus de Constantinople ont pu influencer Georges, et le convaincre qu'il représentait la foi orthodoxe contre l'hérétique Michael VIII. Pour ce dernier, et pour son beau-frère et allié Abağa, qui venait de vaincre Baybars en 1278, la position de Georges était dangereuse[25], d'autant plus qu'il soit très possible qu'il ait parlementé avec les khans de la Horde d'Or, dont les terres ceinturaient ses possessions en Crimée, pour se débarrasser des Ilkhanides[26].

Mort et postérité

Références

Voir aussi

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