Germinal (revue portugaise)

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PaysDrapeau du Portugal Portugal
Zone de diffusionLisbonne
Langueportugais
PériodicitéJournal (1915-1916) : Bimensuel

Revue (1916-1917) : Mensuelle

Germinal
Mensuel dédié aux travailleurs. « Aucune révolution ne peut se faire sans évolution préalable » Élisée Reclus
Image illustrative de l’article Germinal (revue portugaise)
Germinal, 1er numéro (1er janvier 1915).

Pays Drapeau du Portugal Portugal
Zone de diffusion Lisbonne
Langue portugais
Périodicité Journal (1915-1916) : Bimensuel

Revue (1916-1917) : Mensuelle

Fondateur Emílio Martins Costa
Date de fondation 1ère série (journal) : 1er janvier 1915-30 mai 1915.

2ème série (revue) : février 1916-juillet 1917

Éditeur Mario Costa
Ville d’édition 51, rue de Barrocca (Lisbonne)

Propriétaire Grupo Germinal

Germinal est un journal bimensuel portugais, puis une revue mensuelle, d'orientation anarcho-communiste fondé en 1915 par Emílio Martins Costa.

Contrairement au reste du mouvement anarchiste, le journal soutint le camp de la Triple entente durant la Première Guerre mondiale et la lutte contre les Empires Centraux. En effet, bien que traitant d'une large gamme de sujets, la publication était largement dominée par les questions relatives aux débats entre internationalistes et interventionnistes, position dont Germinal fut « le principal défenseur […] dans le panorama libertaire révolutionnaire portugais ». Le journal puis la revue étaient également l'émanation directe, d'abord du Grupo Germinal, puis du Grupos de Estudos Sociais « Germinal », à partir de 1916.

Fondation de la revue et du groupe

« Germinal » fut le nom adopté par un collectif anarchiste-socialiste de Lisbonne après le début de la Première Guerre mondiale. Il fut responsable de la rédaction, de l’administration et de la publication d’un journal portant le même nom tout au long de la première moitié de l’année 1915, puis d’une revue mensuelle de février 1916 à juillet 1917[1].

Le groupe « Germinal » fut fondé par un ensemble de militants libertaires assez connus au sein du mouvement, et majoritairement issus des classes moyennes et intellectuelles[1]. En effet, la revue avait comme fondateur Emílio Martins Costa, grande figure intellectuelle de l'anarchisme au Portugal et rédacteur de la première biographie portugaise de Karl Marx, les deux pédagogues libertaires Adolfo Lima et César Porto, Severino de Carvalho, intellectuel anarchiste, l'éditeur Mário Costa et Manuel Ferreira Quartel, ouvrier rural de l’Associação dos Trabalhadores Rurais de Coruche puis membre fondateur du Parti communiste portugais (PCP)[1].

Le groupe se présenta au public le 1er janvier 1915 avec la publication de son premier numéro, vendu un centime l’exemplaire et annonçant une parution les 1er, 10 et 20 de chaque mois. Ce calendrier ne fut pas respecté : le journal fut finalement publié régulièrement toutes les deux semaines, avec des éditions de 4 pages[1].

La maxime de Élisée Reclus

En haut de la première page, le journal s’ouvrait par une phrase de l’anarchiste français Élisée Reclus : « Nenhuma revolução pode fazer-se sem evolução prévia » (« Aucune révolution ne peut se faire sans évolution préalable »), faisant allusion à la maxime anarchiste du gradualisme révolutionnaire soulignant l’importance d’une longue période d’éducation et d’évolution qui conduirait à la révolution sociale[1]. Par ailleurs, la référence à Reclus n'était fortuite puisque celui-ci joua un rôle important dans la diffusion des idées anarchistes au Portugal, après son passage en 1886-1887, conduisant à la création de deux groupes anarcho-communistes à Lisbonne et à Porto[1].

Présentation et déclarations de principe

Dans sa première édition, Germinal, dont le directeur était Emílio Martins Costa, se présenta avec la déclaration suivante :

« À ses collègues de la presse ouvrière, ou proche de la classe ouvrière – socialiste, anarchiste, syndicaliste et indépendante ; à ceux qui luttent pour l’émancipation humaine, sous ses trois formes : économique-sociale, intellectuelle et morale ; à tous les déshérités, GERMINAL envoie ses salutations fraternelles »[1].

Le journal avait pour public cible les classes travailleuses, et plus particulièrement la classe ouvrière liée au mouvement socialiste, anarchiste et syndicaliste. Dans le texte intitulé « Leitor » (« Lecteur »), le groupe expose les motifs qui ont présidé à la fondation du journal et les idéaux qui inspirent le collectif, en déclarant :

« Il y a un bon nombre d’années que nous servons cet idéal – la constitution d’une société libre – et que nous défendons sa doctrine – celle du communisme anarchiste »[1].

Dans cette même introduction, le groupe souligne l’influence de la Grande Guerre sur sa fondation et le besoin par ses membres de corriger les erreurs commises par le mouvement anarchiste, telles que l’excès de dogmatisme, une propagande insuffisante et l’incapacité à persuader les travailleurs[1]. De leur point de vue, les événements récents avaient démontré l’inefficacité des tactiques employées et l’importance de développer de nouvelles formes d’action fondées sur une analyse scientifique de la réalité :

« La guerre européenne est venue nous convaincre définitivement que certains, sinon de nombreux, erreurs ont été commises, qu’il importe de corriger pour le bien de l’idéal et de la doctrine que nous défendons. La vie, pour nous, est une série d’expériences et une série de luttes qui constituent des leçons à mettre à profit, en conservant ce qui est bon et en rejetant ce qui est mauvais (…) depuis le principe scientifique le mieux établi jusqu’à la tactique la plus banale d’une lutte occasionnelle »[1].

La Grande Guerre et ses conséquences furent effectivement centrales dans la fondation du groupe et du périodique qui se positionna comme le principal défenseur de l'interventionnisme au sein de l'anarchisme portugais.

Diffusion et actions du Grupos de Estudos Sociais « Germinal »

Le journal fut brièvement publié de manière hebdomadaire à partir d’avril 1915, mais interrompit ses parutions après le numéro 19 du 30 mai de la même année, dans l’attente d’un environnement plus propice (contexte d'instabilité gouvernementale) car « la continuation de l’agitation politique détourn[ait] le grand public de la lecture de journaux qui font de la propagande d’idées »[1]. La publication prévue pour le 16 juin fut donc annulée. Germinal reprit ses publications en février 1916 sous la forme d’une revue mensuelle. Chaque numéro, de 36 pages (réduites à 32 à partir du numéro 13), faisait preuve d'un sérieux plus prononcé en raison de l’ampleur des publications et dans la présentation visuelle, avec une couverture personnalisée. Le prix des exemplaires augmenta à 5 centimes, et la revue se présentait désormais comme « Mensário dedicado aos trabalhadores » (« Mensuel dédié aux travailleurs »)[1].

Germinal était imprimé à Lisbonne dans les ateliers graphiques de la Rua do Poço dos Negros, tandis que sa rédaction et son administration se trouvaient Rua da Barroca. Le journal était vendu principalement dans les kiosques et les bureaux de tabac, dans des zones telles que la Travessa de São Domingos, la Rua da Palma, le Largo da Graça, le Poço dos Negros, la Rua da Escola Politécnica, à Alcântara et sur la Praça do Rio de Janeiro[1]. On peut déjà noter que dans des endroits comme le kiosque d’Alcântara, la Tabacaria Saraiva sur le Largo de São Domingos et la Tabacaria Vouga sur la Praça do Brasil, on vendait également d’autres journaux libertaires, notamment A Aurora. Enfin, il était également vendu au Cais do Sodré[1].

Le 5 octobre 1916, le groupe se reconstitua sous le nom de Grupos de Estudos Sociais « Germinal » et se consacra principalement à l’édition et à la vente d’ouvrages anarchistes et à l'organisation de cours de Sociologie et de Sciences naturelles dans les associations ouvrières, en donnant des cours aux travailleurs dans les locaux de leurs syndicats[1]. Le groupe déclarait que « son objectif immédiat est de développer la culture de la classe travailleuse » en utilisant plusieurs méthodes, dont « l’institution et le maintien de cours populaires, comme celui de Sociologie Élémentaire et celui de Sciences Physico-Naturelles, déjà établis »[1].

Soutien à la Triple Entente et opposition à la Triple Alliance

Contre l'« invasion de barbares », pour l'« émancipation humaine »

Dès son premier numéro, Germinal adopta une position claire face à la Première Guerre mondiale, évènement qui entraîna de graves divisions au sein du mouvement anarchiste au niveau international. Dès le 1er janvier, Emílio Martins Costa, à travers deux articles, condamna le « dogmes immuables » de ceux qui, « du simple fait que quelqu’un s’exprime différemment de nous, accusent les autres d’être d’ex-anarchistes, allant jusqu’à employer le vil mot de traître ». Il y dénonça en outre la « mentalité religieuse », allant jusqu’à justifier l’« excommunication », de certains périodiques comme Tierra y Libertad en Espagne, ou par des auteurs comme Errico Malatesta en Italie[1].

Dans la perspective de Emílio Martins Costa, la France subissait « une invasion de barbares » :

« Mais c’est bien le cas d’une invasion de barbares, qui tuent et détruisent tout ce qu’ils trouvent ! Simplement, Malatesta ne considère pas, semble-t-il, l’invasion allemande comme une invasion des barbares dont il parle, tandis que d’autres la considèrent ainsi et font ce que Malatesta ferait s’il la considérait de la même manière »[1].

Dans cette perspective, la guerre devenait une guerre de libération, une guerre d’« émancipation humaine ». Malatesta considérait que dans cette guerre, le plus probable serait qu’il n’y ait pas de victoire définitive pour aucun des deux camps, seulement des « pertes de vies et de richesses », et que les travailleurs anarchistes et socialistes devaient « les laisser s’arranger et profiter de l’occasion pour se libérer de leurs oppresseurs intérieurs comme de ceux qui viendraient de l’extérieur ». Il indiquait cependant qu’il souhaitait la défaite de l’Allemagne, car il estimait que si la révolution était la seule solution au conflit, c’était en Allemagne qu’« il serait le plus probable qu’elle éclate »[1]. En réponse, Emílio Martins Costa rétorqua :

« Mais alors, il semble bien qu’il y ait dans cette guerre quelque chose de commun avec l’émancipation humaine ! »[1]

Une guerre d'autodéfense

Dans le même numéro, il exposa les principales raisons de soutenir l'interventionnisme : tout d’abord, la Grande Guerre était une guerre d’agression allemande et autrichienne et, en tant que telle, du point de vue des nations de l’Entente, il s’agit d’une légitime guerre d’autodéfense contre l’agression étrangère, impérialiste et barbare. Ainsi, les peuples envahis de France, de Belgique et de Serbie, devaient être soutenus par les anarchistes et socialistes dans leur lutte pour la libération et l’émancipation contre ce qu’ils désignent comme des armées réactionnaires[1]. Le 7 février 1915, Emílio Costa insista davantage sur cette même distinction, lorsqu’il affirma que les anarchistes « de la pureté et de la doctrine (…) ne distinguent pas bien entre les anarchistes des pays envahis et mis à sac et les pays qui sont directement en dehors du conflit ». Il déclara :

« C’est avec raison que l’on assimile l’invasion allemande, « faite sans provocation des envahis », à une invasion de barbares. La barbarie réside dans les procédés. L’incendie, le vol, le pillage, l’assassinat, la torture, la destruction, le massacre, l’appropriation de biens et de personnes (…) ne cessent pas d’être des actes barbares, légitimant toute défense, simplement parce qu’ils sont commis au nom d’une civilisation capitaliste »[1].

Par la suite, il défendit la caractère libéral et démocratique de la France et de l'Angleterre et déclarant que « quand Malatesta, proscrit, dut chercher asile à l’étranger, c’est en Angleterre et non en Allemagne qu’il le demanda ». Lorsqu’il évoqua les campagnes de solidarité pour les ouvriers et révolutionnaires persécutés à Barcelone, il rappela à nouveau que « celles-ci furent également menées en Angleterre ; aucune ne le fut en Allemagne ou en Autriche »[1]. Ainsi, l’Allemagne avait montré qu’elle voulait la guerre, tandis que la France avait démontré son désir de paix. Le 21 mars de la même année, il affirma :

« La manière dont l’Allemagne s’est conduite et les preuves du désir de paix, de l’attitude défensive de la part de la France, ont fait qu’une grande partie des révolutionnaires français ont pris les armes contre l’envahisseur, convaincus que celui-ci représentait un danger d’autant plus grand que, parmi les éléments avancés allemands, s’était manifesté (…) un accord décidé avec la guerre d’invasion accompagné d’un mépris manifeste pour tous les liens de solidarité prêchés auparavant »[1].

Les contributions de Pierre Kropotkine et Jean Grave : pour la solidarité, contre le militarisme

Dans les numéros suivants (28 mars et 2 mai), Emílio Martins Costa obtint deux contributions : une de Pierre Kropotkine et une de Jean Grave. Kropotkine souligna l’instinct de solidarité envers tous les opprimés mais l’appliqua cette fois aux nations et peuples envahie :

« Précisément parce que je suis l’ennemi de toute oppression du faible par le fort, je cherche à aider le faible à repousser l’attaque du fort (…) rester les bras croisés quand le fort écrase le faible serait une suprême lâcheté. C’est cela qui contribue à maintenir toutes les oppressions »[1].

Cet argument réapparaît le 2 mai 1915, avec la publication d’un article de Jean Grave, article dans lequel celui-ci dénonça le caractère militariste de l'Allemagne et écrivit que les anarchistes non interventionnistes couraient le risque de « faire le jeu d’un agresseur », et il insistait :

« surtout quand cet agresseur a organisé un militarisme apte à la conquête et à la domination, quand on sait que l’idéal avoué de ce militarisme est de courber toute l’Europe sous son joug »[1].

Collaborateurs

  • Sá Viana

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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