Gheorghe Gaston Marin
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Gheorghe Gaston Marin, né le à Chișineu-Criș et mort le à Bucarest, est un homme politique communiste roumain. Il occupa de hautes charges sous les régimes de Gheorghe Gheorghiu-Dej et de Nicolae Ceaușescu. Né sous le patronyme de Gheorghe Grossmann dans la localité de Pădureni (județ d’Arad)[1], il émigra vers Israël au cours de la décennie 1980. Il regagna toutefois la Roumanie et s’éteignit finalement à Bucarest.
Enfance
Issu d’une famille juive aisée de la septentrion transylvain[2], il adhéra, durant sa jeunesse, au mouvement Poale Zion. En 1936, il gagna Paris afin d’y suivre des études de mathématiques et de physique à la Sorbonne[2]. De 1938 à 1940, il se consacra à l’apprentissage du génie électrique à Grenoble. À l’instar de la majorité des Juifs roumains, il fut déchu de sa nationalité roumaine en 1938[2].
Seconde Guerre mondiale en France
En l’an 1940, il fut enrôlé au sein de l'armée française[2]. Cette même année, à la suite du deuxième arbitrage de Vienne, la Transylvanie septentrionale fut cédée par la Roumanie au royaume de Hongrie. Conséquence de ce remaniement territorial, ses ascendants directs ainsi que sa fratrie se retrouvèrent assujettis à l’autorité hongroise.
Intégré aux rangs de la Résistance française, il se vit confier la responsabilité de la région sud-ouest des Francs-tireurs et partisans – Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI). Il initia son action clandestine à Lyon avant de transférer son centre d'opérations vers Toulouse[2]. Il adopta alors le pseudonyme de Gaston Marin, qu'il conserva à titre patronymique après le conflit[2]. Il fut par la suite affecté au sein des mineurs de Carmaux, renommés pour leur esprit de résistance[2]. En , il fut l'instigateur du soulèvement des mines du Tarn, événement considéré comme l'un des premiers jalons de la libération du territoire national de l'occupation allemande. Le mois suivant, en , ses forces contribuèrent à la libération de la ville de Carmaux, faisant 120 prisonniers de guerre allemands. Sous son commandement, Albi, préfecture du Tarn, fut également libérée peu de jours après. À son retour en Roumanie, il découvrit que l'ensemble de sa famille avait été déportée en 1944 par les autorités hongroises vers le camp d'Auschwitz, où elle trouva la mort[3].
En Roumanie communiste
Après l’instauration du régime communiste en Roumanie, Gaston Marin exerça les fonctions de conseiller au Conseil des ministres de 1945 à 1949, puis fut nommé ministre de l’Économie entre 1948 et 1949 ; il intégra également la délégation roumaine lors de la Conférence de paix de Paris. De 1949 à 1954, il assuma le portefeuille de ministre de l’Énergie électrique et de l’Industrie électrique, avant d’être désigné président du Comité de planification, poste qu’il conserva jusqu’en 1965. Par la suite, de 1955 à 1966, il présida le Comité d’État pour l’énergie nucléaire. Conjointement, il occupa les fonctions de vice-président du Conseil des ministres (1962‑1969), tout en ayant la charge de ministères regroupant la Métallurgie, les Mines, la Chimie, les Transports et les Télécommunications, la Construction, l’Industrie chimique et le Commerce national.
En 1963, à la suite de sa présence aux obsèques de John Fitzgerald Kennedy, il initia un rapprochement diplomatique avec le monde occidental, notamment les États-Unis. Cette orientation, fermement appuyée par l’administration du président américain Lyndon B. Johnson, conféra à la Roumanie une position singulière au sein du bloc communiste, lui valant un statut privilégié.
De 1969 à 1982, Marin assuma la présidence du Comité des prix. Il fut relevé de ses charges par le pouvoir ceaușiste, constituant l’ultime épigone de Gheorghiu-Dej à être écarté des cercles gouvernementaux roumains.
Période sioniste
En 1989, il effectua son alyah (émigration vers Israël), avant de regagner ultérieurement la Roumanie. En l’an 2000, dans ses mémoires intitulés În serviciul României lui Gheorghiu-Dej. Însemnări din viață, il déclara avoir renoncé au communisme pour embrasser le sionisme. Il y consigna notamment : « Évaluant la disparition des régimes communistes et les graves manquements à l’éthique et à la morale perpétrés par cette idéologie, j’estime désormais que le sionisme, le rêve de Herzl, constitue encore une impérieuse nécessité pour le peuple juif. De fait, même après la Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme persiste à se manifester en maints pays du globe. Seul le Judenstaat, une terre juive édifiée au terme d’une lutte héroïque, peut assurer une patrie véritable, ainsi que la défense et la protection dudit peuple[4]. »
Commentaires sur l'affaire Manouchian de l'époque de la Résistance
Dans le cadre de l’affaire Manouchian, il prend la défense de Boris Holban, rejetant l’accusation que ce dernier ait pu être le indicateur de police ayant livré Missak Manouchian. Dans ses mémoires, il discute la thèse avancée par Stéphane Courtois et Mosco Boucault dans leur documentaire de 1985, Des terroristes à la retraite. Il y relève que le propos « affirme ou sous-entend que certaines arrestations de résistants des FTP-MOI résulteraient de dénonciations émanant d’autres résistants français. Selon divers « témoignages », le Parti communiste français aurait, à dessein, rompu tout lien avec les FTP-MOI et dispersé leurs cadres en province pour entraver leur action… Les tenants de ces allégations méconnaissent ou omettent les règles draconiennes de la clandestinité, lesquelles imposaient de briser les chaînes de contact afin de prévenir, par effet de filature, la chute éventuelle de tout ou partie d’un réseau. L’éloignement d’Holban de la direction des FTP-MOI de la région parisienne – consécutif à sa propre demande de mutation – fut ultérieurement instrumentalisé dans une vaste campagne médiatique (presse, télévision, cinéma) pour entacher l’honneur de ce résistant, le rendant indûment responsable de la dissolution et de l’exécution du groupe Manouchian, alors que la trahison provenait en réalité de Davidowicz, jugé et exécuté par la Résistance[5]. »
Vie privé
Marin fut père d’au moins trois enfants. De sa progéniture sont connus : Ileana, Jackie – laquelle épousa Radu Osman et s’expatria ultérieurement en Israël –, ainsi qu’un fils, Minu. Ce dernier, physicien, naquit en France et mena ses recherches au Massachusetts Institute of Technology (MIT) ; il est désormais décédé[1],[6].