Gianni Caravaggio
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Gianni Caravaggio, né en 1968 à Rocca San Giovanni dans les Abruzzes, est un sculpteur italien. Il vit et travaille entre Milan et Sindelfingen en Allemagne[1].
Professeur de sculpture à l'Académie des beaux-arts de Brera, il développe une œuvre centrée sur l'exploration des rapports entre matière, espace et nature. Ses sculptures associent des matériaux nobles comme le marbre à des éléments inhabituels tels que le talc, le sucre ou les lentilles[2].
Formation
Gianni Caravaggio grandit en Allemagne, à Sindelfingen près de Stuttgart, où sa famille s'installe peu après sa naissance[3]. Il étudie la philosophie aux universités de Florence, Milan et Stuttgart avant de se tourner vers les arts plastiques[4].
En 1994, il obtient son diplôme de l'Académie des beaux-arts de Brera à Milan, où il suit l'enseignement de Luciano Fabro[5]. Cette formation marque durablement son approche de la sculpture. En 1999, il participe au Corso Superiore di Arte Visiva de la Fondation Antonio Ratti à Côme, sous la direction de Haim Steinbach[5].
Carrière
Sa première exposition personnelle a lieu en 1997 à la Casa degli Artisti de Milan, sous le commissariat de Jole de Sanna, Hidetoshi Nagasawa et Luciano Fabro[5]. En 2001, ses œuvres sont présentées au Lenbachhaus de Munich dans le cadre d'une exposition collective consacrée à l'art italien contemporain[6].
En 2002, il reçoit le Special Fund Prize du PS1 de New York, qui lui permet d'effectuer une résidence artistique aux États-Unis[7]. En 2005, il obtient le prix du Castello di Rivoli ainsi que le prix Francesca Alinovi[8]. Une exposition personnelle lui est consacrée au Castello di Rivoli en novembre-[8].
En 2008, la Collezione Maramotti de Reggio d'Émilie présente Scenario, un projet comprenant six sculptures dont quatre créées spécifiquement pour l'occasion[9]. Cette exposition fait l'objet d'une recension dans Flash Art[10].
En 2011, il reçoit le prix international de la jeune sculpture de la Fondation Francesco Messina, suivi en 2013 du prix ACACIA[11].
Expositions majeures
En 2014, le Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole organise Enfin seul, première rétrospective institutionnelle de l'artiste en France, réunissant une trentaine d'œuvres[12]. L'exposition est ensuite présentée au MA*GA de Gallarate sous le titre Finalmente solo[13]. Un catalogue est publié à cette occasion par Silvana Editoriale, avec un texte critique d'Alessandro Rabottini[14].
En 2015, il participe à l'exposition collective Desiderio à L'Arca, laboratoire pour les arts contemporains dirigé par Umberto Palestini à Teramo. L'exposition, qui réunit vingt-trois artistes, est organisée par Arianna Rosica et Damiano Gullì[15].
En 2018, le Museo Novecento de Florence accueille Iniziare un tempo, confrontant les sculptures de Caravaggio à la Base magica de Piero Manzoni[16].
Le Kunstmuseum Reutlingen présente en 2021-2022 Als Natur jung war (When Nature Was Young), exposition d'envergure rassemblant une vingtaine d'œuvres sur près de 1 000 m2[17]. Un catalogue bilingue allemand-anglais paraît chez Hirmer Verlag, avec des contributions de Nike Bätzner et Daniela Ferrari[18].
En 2023-2024, la Galerie d'art moderne et contemporain de Turin organise Per analogiam, exposition anthologique couvrant près de trente années de création, du commissariat d'Elena Volpato[19]. Cinq œuvres sont produites pour l'occasion, dont Quando nessuno mi vede, une feuille de marbre noir installée dans le jardin du musée[19]. L'exposition est annoncée sur e-flux[20] et fait l'objet d'une analyse dans Sculpture Magazine[2].
En 2025, la Galerie Stadt Sindelfingen présente Unforeseen, exposition confrontant ses œuvres à celles de Johannes Wald[21].
Enseignement
Gianni Caravaggio enseigne la sculpture à l'Académie des beaux-arts de Brera. L'institution le mentionne parmi les artistes ayant marqué son histoire, aux côtés de Lucio Fontana, Fausto Melotti et Luciano Fabro[22].
Démarche artistique
Conception de la sculpture
Caravaggio qualifie ses sculptures de « dispositifs pour actes démiurgiques »[23]. Ces objets sollicitent l'imaginaire du spectateur, l'invitant à compléter l'œuvre par sa propre perception[23].
Selon le philosophe Jean-Luc Nancy, « un art tel que celui de la sculpture procède à la création mutuelle des places et des matières. Une pierre se détache, elle se distingue. Elle se donne à voir comme un fragment de roche »[1].
Matériaux
Formé auprès de Luciano Fabro, Caravaggio partage avec son maître le souci de renouveler le vocabulaire sculptural en associant matériaux traditionnels et éléments inattendus[2]. Ses œuvres combinent le marbre polychrome, le bronze ou le granit avec le talc, le sucre en poudre, le nylon ou les lentilles[18],[5].
Thématiques
La nature et le cosmos constituent les sources principales de son inspiration[4]. Ses installations cherchent à évoquer non pas une représentation du réel, mais le souvenir d'expériences vécues au contact de la nature[24]. Le CCCOD de Tours décrit son œuvre comme « très sensible, inspirée des éléments de la nature et du cosmos et où l'infini est constamment convoqué »[4].
Réception critique
L'œuvre de Gianni Caravaggio a fait l'objet d'analyses de la part de critiques d'art, de philosophes et de conservateurs de musées, tant en France qu'à l'étranger.
Approche poétique et conceptuelle
Le philosophe Jean-Luc Nancy a consacré un texte à l'artiste dans lequel il analyse sa pratique sculpturale : « Un art tel que celui de la sculpture procède à la création mutuelle des places et des matières. Une pierre se détache, elle se distingue. Elle se donne à voir comme un fragment de roche. Mais elle ne vaut pas comme morceau : elle vaut en tant que pesanteur rugueuse, épaisse compression minérale »[25]. Pour Nancy, la sculpture de Caravaggio ne se contente pas d'occuper l'espace mais « l'accomplit », créant son propre lieu[25].
Dans Sculpture Magazine, la revue de l'International Sculpture Center, le critique observe que « Caravaggio is a master of poetry in form, a stripped-down, objectified versifying that, once the viewer's thought path converges with the artist's, releases a dopamine hit of pleasure »[26]. La même publication souligne le caractère intellectuel de son travail, comparant ses associations de matériaux à « la haute cuisine dans ce qu'elle a de plus expérimental »[26].
Dialogue entre microcosme et macrocosme
Le critique d'art Alessandro Rabottini, dans le catalogue de l'exposition au MAMC de Saint-Étienne, analyse le processus créatif de l'artiste : « C'est dans ce processus d'assimilation de transition entre microcosme et macrocosme, entre un matériau disponible immédiatement et une image sidérale et inaccessible que l'imagination et la poésie sont générées, par exemple à la façon dont un manche à balai devient un cheval ou un fil de fer, l'orbite d'une planète »[27].
Le Centre de création contemporaine Olivier Debré de Tours, qui conserve une de ses œuvres, décrit son travail comme « très sensible, inspiré des éléments de la nature et du cosmos et où l'infini est constamment convoqué », mettant en évidence « les liens indéfectibles entre le détail et l'absolu »[28].
Dimension philosophique
La curatrice Elena Volpato, dans le catalogue de l'exposition Per analogiam à la GAM de Turin, inscrit la démarche de Caravaggio dans une tradition philosophique : « Contraddizione, metamorfosi e analogia sono tre processi naturali della mente umana e alla base della creazione artistica »[29]. Le philosophe Federico Ferrari, également contributeur du catalogue, approfondit cette lecture en reliant l'œuvre à la pensée hermétique et à la tradition romantique allemande, de Novalis à Schelling[30].
Le critique Giuseppe Amedeo Arnesano, dans ATP Diary, qualifie l'exposition de « silente e siderale », évoquant Heidegger pour interpréter la temporalité des œuvres : « l'uomo è nel segno del tempo e quindi appartiene a una realtà temporale, carica di semplici presenze che l'artista trasforma in strumenti di comprensione della propria realtà »[31].
Dimension émotionnelle et méditative
Dans le texte accompagnant l'exposition Finalmente solo au MA*GA de Gallarate, les auteurs soulignent la capacité de l'artiste à établir « un dialogue silencieux avec le spectateur, soutenu non par la création d'images étonnantes mais par une tension émotionnelle et intellectuelle qui conduit à la méditation, au silence intérieur, à la concentration »[32].
Filiation artistique
Plusieurs commentateurs situent Caravaggio dans la lignée de mouvements tels que l'Arte povera, Fluxus et le post-minimalisme[27]. La revue Paris-Art note toutefois que, si ces courants partagent « l'abandon de toute forme de représentation naturaliste » et « la relation directe aux matériaux », ils « divergent sur la symbolique et la valeur narrative qu'ils accordent à ces matériaux »[27]. L'influence de son maître Luciano Fabro est régulièrement évoquée, notamment dans sa volonté de renouveler le vocabulaire sculptural en associant matériaux traditionnels et éléments inattendus[26].