Gibéa
montagne palestinienne
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Gibéa (en hébreu : גבעה, Giv'ah, « colline »), aussi écrit Guéba, Guibéa ou Guivéa, est un nom de localités, situées près ou au sommet de collines en Palestine, principalement connues par la Bible.

Gibéa de Benjamin
La plus célèbre, dite Gibéa de Benjamin est située dans la région de la tribu de Benjamin, à dix kilomètres au Nord-Est de Jérusalem. Selon le livre des Juges, aux chapitres XIX et XX, les Gibéites tentent de violer un lévite passant la nuit chez un habitant. Le lévite pousse sa concubine dehors et elle est violée toute la nuit. Découverte morte d'épuisement le lendemain matin, le lévite découpe ses membres pour les envoyés aux villes alentour. Horrifiées du crime des Gibéites, une grande armée est levée pour punir la ville. Elle est mentionnée par la suite dans les guerres du roi d'Israël Saül et son fils Jonathan contre les Philistins, selon le premier Livre de Samuel[1]. Selon le deuxième Livre de Samuel, David, successeur de Saül, admet dans son conseil Ittaï, fils de Ribaï, originaire de Gibéa de Benjamin[2],[3].
Une Gibéa de Saül est mentionnée dans le récit biblique comme étant la ville d'origine et la capitale de ce roi d'Israël[4],[5]. Le prophète Isaïe mentionne la ville, lorsqu'il annonce l'invasion de Jérusalem par l'Assyrie[6]. Gibéa de Saül est probablement un autre nom pour Gibéa de Benjamin[7].
Identification avec Tell el-Foul
Suite à des fouilles archéologiques, Gibéa de Benjamin est identifiée avec l'actuelle Tell el-Foul (en arabe : تلّ الفول)[7], site situé dans la banlieue nord de Jérusalem, dans un secteur de Cisjordanie annexé unilatéralement par Israël en 1967, annexion non reconnue par la communauté internationale.
Les descriptions faites par Jérôme de Stridon de l'emplacement de la Gibéa de Saül corroborent son identification avec Tell el-Foul. Dans son récit du pèlerinage de Paule de Rome, il raconte qu'elle s'est rendue à Jérusalem par la route de Beït-Horon, en passant par la vallée d'Ayalon et Gibeon, puis par la Gibéa de Benjamin, avant d'entrer dans Jérusalem. Cet itinéraire correspond au réseau routier romain au nord de Jérusalem et concorde avec l'emplacement de Tell el-Foul. Dans un autre passage, dans son commentaire sur Sophonie, Jérôme situe la Gibéa de Saül près de Rama. William F. Albright cite ces passages comme preuve que l'identification de Tell el-Foul avec la Gibéa biblique était encore présente dans les mémoires à la fin de l'Antiquité[8].
Edward Robinson[9] et C. Umhau Wolf[10] proposent une identification alternative avec l'actuelle Jaba (à 9,12 kilomètres au nord de Jérusalem). Israël Finkelstein conteste également l'identification avec Tell el-Foul[11]. Cette position reste cependant minoritaire dans la recherche[12].
Archéologie
Tell el-Foul fait l'objet de premières fouilles en 1868 par Charles Warren, lorsqu'il y envoie des ouvriers pendant deux semaines depuis ses fouilles de Jérusalem, sans toutefois pénétrer à plus de 3 mètres dans le tertre[13]. C.R. Conder décrit les vestiges en 1874. William F. Albright dirige sa première campagne de fouilles de 1922 à 1923, puis y retourne pour une deuxième campagne en 1933. Ses travaux sont publiés en 1960. Paul W. Lapp mène une campagne de sauvetage de six semaines en 1964[14].
À partir des résultats des trois campagnes, Nancy L. Lapp distingue cinq périodes d'occupation[13]. La période I correspond à des traces pré-forteresse, dont quelques vestiges du Bronze moyen et du XIIe siècle av. J.-C. La période II correspond aux deux forteresses successives de l'âge du fer I ; selon Kenneth Kitchen et Nancy L. Lapp, le niveau le plus ancien pourrait correspondre à la Gibéa mentionnée dans Juges 19:20, et les fouilles tendraient à confirmer que c'est Saül qui a construit la première forteresse, réparée par la suite par lui-même ou par David[13],[14] ; la première est détruite par incendie, la seconde tombe en désuétude sous David ou Salomon selon Albright[13]. Selon Kitchen, « la première forteresse (quadrangulaire) comportait au moins une tour d'angle rectangulaire à son angle sud-ouest ; elle en comptait peut-être d'autres aux autres angles, mais aucune trace n'a été détectée »[14]. La période III, identifiée lors de la campagne de Paul W. Lapp en 1964, correspond à une occupation de l'âge du fer II (VIIe-VIe siècle av. J.-C.) prenant fin lors de la conquête babylonienne de 597 av. J.-C[13]. Le site est à nouveau habité lors de la période IV, au début de la période hellénistique, et ses remparts sont remis en service ; la citadelle fait l'objet de réparations au IIe siècle av. J.-C., avant que le site ne soit abandonné à la fin de ce siècle[13]. Une occupation romaine ancienne constitue la période V[13].
Tell el-Foul à l'époque moderne
Tell el-Foul est également le site d'un palais d'été inachevé (en) du roi Hussein de Jordanie[15], dont la construction, entamée au milieu des années 1960 en réaction à l'installation de la résidence du président israélien à Jérusalem-Ouest[16], visait à affirmer la souveraineté jordanienne sur Jérusalem-Est. Interrompue lors de la guerre des Six Jours, la structure en béton est restée dans l'état où elle se trouvait en 1967 ; le terrain demeure propriété de la famille royale hachémite[15], malgré l'annexion unilatérale de Jérusalem-Est par Israël en 1967, contraire au droit international et non reconnue par les États membres de l'ONU.
Depuis 1967, les autorités israéliennes respectent le statut du site comme propriété de la famille royale hachémite, sans démolir la structure ni y entreprendre de travaux. En 2011, le Waqf, gestionnaire des biens de la famille royale hachémite à Jérusalem, tente de clôturer le terrain pour des raisons de sécurité, mais les autorités israéliennes empêchent immédiatement les travaux et démontent la clôture, craignant que cette initiative ne constitue une modification unilatérale de cet équilibre[15]. Le secteur de Tell el-Foul fait par ailleurs partie des zones de Jérusalem-Est concernées par des ordres de démolition israéliens en instance visant des constructions palestiniennes réalisées sans permis accordé par Israël[17].
Autres Gibéa
Dans le livre de Josué, la ville de Gibéa de Juda est située dans cette région montagneuse, territoire de la tribu de Juda, au Sud-Est d'Hébron[18].
Le prophète Osée parle plusieurs fois d'une ville appelée Gibéa, sans précision[19].