Giovanni Faustini
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Giovanni Faustini est un librettiste et impresario vénitien, né le et mort le à Venise.
Venise, République de Venise
Venise, République de Venise
| Nom de naissance | Giovanni Faustini |
|---|---|
| Naissance |
Venise, République de Venise |
| Décès |
(à 36 ans) Venise, République de Venise |
| Nationalité | vénitienne |
| Activité principale | Librettiste, Impresario |
| Style |
Opéra vénitien, Dramma per musica |
| Activités annexes | Avocat |
| Lieux d'activité | Venise |
| Années d'activité | 1642-1651 |
| Collaborations | Francesco Cavalli |
Il compte parmi les principaux artisans de l’essor de l’opéra public vénitien dans la première moitié du XVIIe siècle, principalement en raison de sa collaboration avec le compositeur Francesco Cavalli, pour lequel il rédige dix livrets entre 1642 et 1651. Issu d’une famille de juristes, il exerce parallèlement des fonctions d’impresario dans les théâtres San Cassiano, San Moisè puis Sant’Apollinare. Son œuvre, caractérisée par une architecture dramaturgique récurrente fondée sur deux couples d’amants séparés puis réunis, contribue de manière décisive à la codification des conventions du théâtre lyrique vénitien.
Biographie
Origines et formation
Giovanni Faustini naît en 1615 à Venise, fils d’Angelo Faustini et d’Isabetta Vecellio, cette dernière étant la sœur du peintre Cesare Vecellio, lui-même cousin du Titien. Il a pour frère aîné Marco Faustini, né en 1606, avec lequel il entreprend des études de droit à l’université de Padoue. Les deux frères trouvent ensuite un emploi, avec des parcours toutefois différents, dans les offices administratifs de Venise. Marco exerce pleinement la profession d’avocat auprès du Magistrato del Sal, organe chargé du contrôle du commerce du sel, tandis que Giovanni fréquente assidûment les études notariales de la ville sans jamais se consacrer entièrement au métier d’avocat[1].
À partir de 1633, Giovanni Faustini devient membre de la Scuola Grande di San Marco, confrérie influente que son frère avait rejointe dès 1628. Dès 1631, les deux frères louent ensemble une maison dans la paroisse de San Vidal, à proximité des deux principaux pôles administratifs et commerciaux de la ville, Saint-Marc et le Rialto, où réside également Francesco Cavalli[1].
Débuts au Teatro San Cassiano

La carrière de librettiste de Giovanni Faustini s’ouvre en 1642 au Teatro San Cassiano, premier théâtre public payant de l’histoire lyrique, où il rencontre Francesco Cavalli[2]. Leur première collaboration, La virtù de' strali d'Amore, y est représentée cette année-là. L’association entre le librettiste et le compositeur se poursuit avec quatre autres ouvrages donnés dans le même établissement : Egisto en 1643, Ormindo en 1644, puis Doriclea et Titone en 1645[1].
Impresario au Teatro San Moisè
En septembre 1647, Giovanni Faustini signe un contrat privé avec Almorò Zane, propriétaire du Teatro San Moisè, qui l’engage comme impresario et librettiste pour les trois saisons suivantes. Au cours de la saison 1647-1648, il écrit et produit Ersilla, dont la musique est due à plusieurs compositeurs, peut-être parmi lesquels Franceco Cavalli lui-même. La saison suivante, en 1648-1649, voit la création d'Euripo[1].
Impresario au Teatro Sant'Apollinare
Une fois son contrat avec le San Moisè achevé, Giovanni Faustini prend la direction du Teatro Sant’Apollinare, propriété de Francesco Ceroni et Zanetta Diamante, récemment ouvert aux représentations d’opéra. Francesco Cavalli le suit dans cette entreprise pour mettre en musique Oristeo et La Calisto en 1651, puis Rosinda en 1652. Pour la saison 1651-1652, Faustini avait également rédigé le livret d'Eritrea, destiné lui aussi à Cavalli[1].
Mort et succession
Giovanni Faustini meurt le , alors qu’il prépare encore la production de La Calisto[3]. Sa disparition, survenue alors qu’il laisse inachevée la production de sa onzième œuvre, Eritrea, est mentionnée dans la préface de ce livret par l’imprimeur Giacomo Batti, qui salue la mémoire de ce « célèbre lettré »[1]. La gestion de la troupe passe alors entièrement à son frère Marco, déjà associé à l’entreprise au moins depuis l’été précédent, et qui la conserve jusqu’en 1657. Marco Faustini étend ensuite ses activités d’impresario, d’abord au Teatro San Cassiano entre 1657 et 1660, puis au Teatro Santi Giovanni e Paolo entre 1660 et 1668. La mort prématurée de Giovanni Faustini laisse un vide important pour Cavalli, qui s’était presque exclusivement appuyé sur lui pour la fourniture de ses textes pendant dix ans[4]. Deux nouveaux poètes, Nicolò Minato et Aurelio Aureli, reprennent ensemble son rôle de librettiste dominant à Venise, position qu’ils partagent jusqu’au départ de Minato pour Vienne en 1669[4].
Œuvre
La collaboration avec Francesco Cavalli
Entre 1642 et 1652, Giovanni Faustini fournit dix livrets à Francesco Cavalli, qui constituent le noyau principal de la production lyrique vénitienne de cette décennie[5]. Cette collaboration décisive contribue à la codification et à la consolidation des principales formes d’écriture du théâtre musical vénitien, notamment par la standardisation progressive des procédés de construction de l’intrigue[5]. Les livrets de Faustini adoptent une structure narrative appelée à devenir canonique, fondée sur deux, parfois trois, couples d’amants d’abord séparés puis réunis après de multiples péripéties. Le livret est en trois actes, tandis que des procédés tels que les coups de théâtre, les chants pendant le sommeil, les lettres faussement révélatrices ou les couples entrecroisés deviennent des conventions récurrentes du genre[1].
Selon l’analyse proposée par la musicologue Ellen Rosand, l’intrigue type de Faustini ne repose pas sur le mythe ou l’histoire antique, mais sur l’invention personnelle de l’auteur, structurée autour de deux couples d’amants aristocrates issus de contrées exotiques, dont la séparation puis la réconciliation sont entrecoupées par l’intervention de nombreux personnages de serviteurs bouffons assurant les ressorts comiques[6]. Plusieurs procédés issus de la comédie latine et du genre pastoral apparaissent également dans ces intrigues, tels que les philtres de sommeil ou les lettres remises au mauvais destinataire[6].
Les sources littéraires
Comme la plupart des librettistes de son temps, Giovanni Faustini ne divulgue pas explicitement les sources qu’il mobilise pour construire ses intrigues. Son œuvre laisse néanmoins deviner une série de réminiscences littéraires probablement perceptibles surtout par un cercle restreint de connaisseurs, dans un esprit proche de l’esthétique de l’Accademia degli Incogniti[1]. Sur les dix drames composés pour Francesco Cavalli, seuls Titone et La Calisto se rattachent ouvertement à la tradition mythologique antique. La virtù de' strali d'Amore et Egisto relèvent davantage de la tradition pastorale, tandis qu'Ormindo, Doriclea, Euripo et Rosinda s’inspirent plus directement du poème épico-chevaleresque, et qu'Oristeo et Eritrea s’inscrivent dans une veine plus romanesque[1].
Pour le livret d'Egisto, Faustini reconnaît lui-même avoir emprunté, pour l’épisode de l’Amour flagellé, un motif tiré du poème Cupido cruciatus de Décimus Magnus Ausonius. Ce motif de la flagellation apparaît déjà dans La virtù de' strali d'Amore à travers le personnage de Darete, victime d’un sortilège, puis réapparaît dans Titone avec le supplice infligé au héros éponyme par les Vents. Le sujet de La Calisto, tiré des Métamorphoses d’Ovide, avait déjà été adapté au théâtre par Luigi Groto au XVIe siècle, puis par Almerico Passarelli dans un drame musical représenté à Ferrare la même année que la version de Faustini. Le mythe de Titon et de l’Aurore, quant à lui, est attesté dès l’hymne homérique à Aphrodite et trouve un écho dans la Mythologia de Natalis Comes, compilation érudite très diffusée au XVIIe siècle[1].
Les Delucidazioni
Six des dix livrets composés pour Cavalli sont précédés d’un texte explicatif destiné à présenter les antécédents de la fable représentée. Ormindo comporte ainsi un Argomento dell'azioni alla favola precedenti, Doriclea un simple Argomento, tandis qu'Euripo, Oristeo, Rosinda et Eritrea sont précédés d’une Delucidazione della favola. Ces textes mentionnent fréquemment des toponymes et des situations militaires empruntés à des sources antiques, ce qui suggère chez Faustini une familiarité avec la tradition géographique ancienne, notamment avec la Périégèse de Pausanias. Ainsi, l’intrigue de Doriclea, en apparence entièrement inventée, met en scène des personnages historiquement attestés, tels que le roi arsacide Artaban, identifiable à Artaban III, en conflit avec Tigrane II d'Arménie, conflits rapportés notamment par Dion Cassius et Tacite[1].
Liste des livrets
| Titre | Compositeur | Année de création | Théâtre |
|---|---|---|---|
| La virtù de' strali d'Amore | Francesco Cavalli | 1642 | Teatro San Cassiano |
| Egisto | Francesco Cavalli | 1643 | Teatro San Cassiano |
| Ormindo | Francesco Cavalli | 1644 | Teatro San Cassiano |
| Doriclea | Francesco Cavalli | 1645 | Teatro San Cassiano |
| Titone | Francesco Cavalli | 1645 | Teatro San Cassiano |
| Ersilla | plusieurs compositeurs | 1647-1648 | Teatro San Moisè |
| Euripo | Francesco Cavalli | 1649 | Teatro San Moisè |
| Oristeo | Francesco Cavalli | 1651 | Teatro Sant'Apollinare |
| La Calisto | Francesco Cavalli | 1651 | Teatro Sant'Apollinare |
| Rosinda | Francesco Cavalli | 1652 | Teatro Sant'Apollinare |
| Eritrea | Francesco Cavalli | 1652 | Teatro Sant'Apollinare |
Des livrets laissés inachevés à la mort de Giovanni Faustini sont ensuite complétés par son frère Marco, qui prolonge ainsi la diffusion posthume de son œuvre, notamment avec Eupatra, mis en musique par Pietro Andrea Ziani en 1655[7].
Argument d'Egisto
Le livret d'Egisto, créé en 1643 au Teatro San Cassiano, illustre les traits caractéristiques de la dramaturgie faustinienne. Egisto et Climène réclament vengeance, leurs amants respectifs Clori et Lidio les ayant trahis pour s’aimer désormais selon la volonté de Vénus. La déesse de l’amour, qui nourrit à l’égard d’Egisto une haine profonde, décide de le rendre fou, tandis qu’Hipparco, frère de Climène et amoureux de Clori, soutient sa sœur dans son projet de vengeance. L’intrigue se dénoue cependant favorablement : Egisto retrouve l’amour de Clori et Lidio désarme le désir de vengeance de Climène, qui lui rend son cœur[2].
Postérité
L’œuvre de Giovanni Faustini fait l’objet d’études musicologiques approfondies à partir de la fin du XXe siècle, en particulier sous l’impulsion d’Ellen Rosand, dont l’ouvrage Opera in Seventeenth-Century Venice: The Creation of a Genre, publié en 1991, propose une analyse détaillée des conventions dramaturgiques mises en place par le librettiste[3]. Le musicologue italien Nicola Badolato consacre en 2007 une thèse de doctorat à l’ensemble des dix drames musicaux composés par Faustini pour Cavalli, publiée sous forme de monographie en 2012, et qui comprend une édition critique des livrets accompagnée d’une étude de leurs sources littéraires[1],[8]. Plusieurs opéras issus de la collaboration entre Faustini et Cavalli, après deux siècles d’oubli, sont redécouverts au XXe siècle et font l’objet de productions scéniques modernes, telle celle d'Egisto donnée au Grand Théâtre de Luxembourg en 2013[2].
