Gokenin
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Un gokenin (御家人) est à l'origine un vassal du shogunat des époques de Kamakura et de Muromachi[1]. En échange de protection et du droit de devenir shugo (gouverneur) ou jitō (seigneur de manoir), en temps de paix un gokenin a le devoir de protéger la cour impériale et Kamakura, en cas de guerre de se battre avec ses forces sous le drapeau du shogun[2].
À partir du milieu du XIIIe siècle, le fait que les gokenin sont autorisés de facto à devenir propriétaires de la terre qu'ils administrent, couplé à la coutume que tous les enfants gokenin peuvent hériter, entraînent la parcellisation de la terre et l'affaiblissement du shogunat[2]. La classe des gokenin, qui cesse d'être une force importante au cours de l'époque de Muromachi[2] est supplantée par la figure du daimyo[3]. Au cours de l'époque d'Edo qui suit, le terme finalement en vient à indiquer un vassal direct du shogun en dessous d'un omemie (御目見), ce qui signifie qu'il n'a pas le droit à une audience avec le shogun[1].
Les termes gokenin et kenin sont étymologiquement liés mais ont des significations très différentes. La confusion peut aussi survenir parce que, dans les documents, parfois ce dernier mot est utilisé conjointement avec le préfixe honorifique -go (御) (go + kenin)[4]. En vertu du système légal ritsuryō en usage au Japon du VIIe siècle au Xe siècle, un kenin (« personne de la maison ») est un être humain qui, bien que juridiquement propriété d'une famille, peut être transmis par héritage mais pas vendu et qui, contrairement à un esclave, possède certains droits[1]. L'inventaire des richesses d'un temple par exemple, mentionne treize kenin, dont quatre femmes, qui sont en effet des serviteurs[5].
Dès le début de la période médiévale du Japon, la relation entre seigneurs et vassaux a tendance, même en l'absence de véritables liens du sang, à être considérée comme un lien ancestral où chacun a hérité des droits et des devoirs de la génération précédente[6]. Les deux parties pensent et parlent de leur relation par des termes suggérant la parenté, d'où l'utilisation du terme gokenin, le préfixe go- indiquant le prestige ayant été ajouté après l'époque de Heian[6].
Cette classe sociale évolue au cours du shogunat Kamakura en fonction de la relation personnelle, contractuelle et militaire entre le shogun et chaque gokenin à titre individuel[7]. Jusqu'à récemment, il est supposé que le shogun Kamakura Minamoto no Yoritomo invente le mot et le rôle quand il commence sa campagne pour conquérir le pouvoir en 1180[8]. L'Azuma Kagami, chronique du shogunat, utilise le terme dès ses premières entrées. La première preuve documentaire fiable d'un statut formel de gokenin et d'un réel registre de vassaux remonte cependant au début des années 1190, et il semble donc que le concept de vassalité reste vague pendant au moins les dix premières années d'existence du shogunat[8]. En tout état de cause, à cette date les trois principales fonctions administratives créées par le shogunat de Kamakura (gokenin, shugo [gouverneur] et jitō [seigneur du manoir]) existent certainement[8]. Le droit de les nommer constitue la base même du pouvoir et de la légitimité du shogunat de Kamakura[3].