Goliarda Sapienza
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Goliarda Sapienza, née à Catane (Italie) le et morte à Gaète le , est une comédienne, écrivaine et partisane italienne athée et anarchiste. Personnalité complexe et aux multiples facettes, elle est considérée comme l'une des écrivaines les plus importantes du XXe siècle, principalement pour son roman posthume L'art de la joie.
Famille et jeunesse
Goliarda Sapienza[1] naît en 1924 à Catane[2] dans une famille socialiste anarchiste sicilienne recomposée et comptant de nombreux enfants[3]. Elle grandit au 20, rue Pistone dans cette ville de Catane.
Son père, Giuseppe Sapienza, avocat, est une figure importante du socialisme sicilien jusqu'à l'arrivée au pouvoir des fascistes, et sa mère, Maria Giudice[4], également une figure importante de la gauche italienne[5], est directrice du Grido del popolo (« Le Cri du peuple »), le journal de la section turinoise du Parti socialiste italien, dont Antonio Gramsci est l'un des rédacteurs. Sa mère est également la première femme amenée à diriger la Chambre des métiers de Turin[2].
Ses parents tiennent à la garder éloignée des écoles fascistes et elle reçoit une éducation originale, athée et socialiste[5].
Comédienne
En 1940, à l'âge de 16 ans, une bourse d'études lui permet d'entrer à l'Académie nationale d'art dramatique à Rome. Dans les années qui suivent, elle se produit régulièrement sur les scènes de théâtre, entre autres dans des pièces de Luigi Pirandello. Elle travaille aussi de temps en temps pour le cinéma, avec plusieurs réalisateurs de renom mais souvent dans de petits rôles[6].
Elle est alors, pendant dix-sept ans, la compagne du cinéaste Francesco Maselli. Tardivement, à presque 70 ans[5], elle enseigne la comédie au Centre expérimental de cinématographie de Rome.
Partisane
Pendant l'occupation nazie de Rome, elle est sous-lieutenant dans la brigade « Vespri » sous le faux nom de « Ester Caggegi » (carte ANPI n° 128440)[7],[8], un groupe de résistants à cette occupation et au pouvoir fasciste, un groupe créé par son père.
Écrivaine, autrice
Elle met fin à sa carrière d'actrice pour écrire, et commence un cycle de récits autobiographiques à la fin des années 1960 (Lettre ouverte (1967), Le Fil de midi (1969), dans lequel elle parle de sa jeunesse, de sa relation avec ses parents, de la vie de sa famille durant le régime fasciste et de son séjour dans un hôpital psychiatrique après une tentative de suicide, suivant le décès de sa mère en 1953. Les livres L'Université de Rebibbia (1983), dans lequel elle raconte son incarcération après un vol de bijoux, Les Certitudes du doute (1987) et Destin forcé (paru en 2002) complètent plus tard son œuvre[5].
Son roman L'Art de la joie, écrit entre 1967 et 1976, est considéré comme une œuvre majeure de la littérature italienne contemporaine. C'est le récit, à travers une jeune femme appartenant au milieu anarcho-socialiste, des grands événements qui touchent l'Italie au XXe siècle[2]. Il suscite pourtant des réticences initiales de la part des éditeurs italiens pour son contenu contestataire et féministe. Même l'intervention du président de la République, ami de sa mère, ne suffit pas à faire accepter son manuscrit[5] qui n'est publié pour la première fois qu'en 1998[9] à compte d'auteur par le mari de Goliarda Sapienza, Angelo Maria Pellegrino (it) (acteur et écrivain italien), après la mort de celle-ci, en 1996, et passe à l'époque inaperçu[4].
C'est en 2005 avec la publication en Allemagne par Waltraud Schwarze, puis en France par son amie Viviane Hamy, qu'il devient un best-seller et un long-seller, traduit en quinze langues et enfin reconnu aussi en Italie[4],[10].
En 1980, elle fait un court séjour en prison pour un vol de bijoux lors d’une soirée mondaine. Elle tire de cette expérience d’incarcération un roman, L’Université de Rebibbia ( publié en Italie en 1983, paru en français aux éditions Le Tripode, en 2013). C'est son premier succès littéraire dans son pays. En 2025, un film, Fuori, réalisé par Mario Martone, s'inspire de ce récit[11].
Les Certitudes du doute (Le certezze del dubbio, Pellicanolibri, 1987) lui permet de rencontrer son compatriote, poète publié et éditeur, Beppe Costa, qui tente, en vain, de la faire bénéficier de la rente prévue dans le cadre de la loi Bacchelli, pour les personnes en situation de précarité, sans pouvoir obtenir une réimpression de ses œuvres. Il n'est publié en italien qu'en 1998, après la mort de son auteur.
Ses textes sont marqués par des enjeux sociétaux et intimes dont le féminisme, le viol, le genre comme construction sociale[12] et sa propre bisexualité[13].
Dernières années
Goliarda Sapienza passe la dernière partie de sa vie à Rome et à Gaète. C'est dans cette ville qu'elle a écrit L'Art de la joie et qu'elle est retrouvée morte à son domicile[14].
Œuvres
Roman
- L'Arte della gioia (1998) L'Art de la joie, traduit de l'italien par Nathalie Castagné, Paris, Viviane Hamy, 2005 ; réédition, Paris, Pocket no 13510, 2008 ; réédition, Paris, Le Tripode, 2015 ; réédition, Paris, Le Tripode, coll. « Météores » no 6, 2016 (ISBN 978-2-37055-102-3)
Écrits autobiographiques
- Lettera aperta (1967) Lettre ouverte, (initialement publié au sein du recueil Le Fil d'une vie, Viviane Hamy, 2008), nouvelle édition avec traduction révisée par Nathalie Castagné, Paris, Le Tripode, 2021
- Il filo di mezzogiorno (1969) Rassemblé avec Lettera aperta sous le titre Le Fil d'une vie, trad. française et préface de Nathalie Castagné, Paris, Viviane Hamy, 2008 (ISBN 978-2-87858-267-3) ; nouvelle édition sous le titre Le Fil de midi, Paris, Le Tripode, 2022 (ISBN 978-2-37055-335-5)
- L’Università di Rebibbia (1983) L'Université de Rebibbia, traduit par Nathalie Castagné, Paris, Le Tripode, 2013 ; réédition, Paris, Le Tripode, coll. « Météores » no 19, 2019
- Le certezze del dubbio (1987) Les Certitudes du doute, traduit par Nathalie Castagné, Paris, Le Tripode, 2015 ; réédition, Paris, Le Tripode, coll. « Météores » no 28, 2020
- Io, Jean Gabin (2010) Moi, Jean Gabin, traduit par Nathalie Castagné, Paris, Attila, 2012 ; réédition, Paris, Le Tripode, coll. « Météores » no 10, 2017
- Appuntamento a Positano (2015), Rendez-vous à Positano, traduit de l'italien par Nathalie Castagné, Le Tripode, Paris 2017 ; réédition, Paris, Le Tripode, coll. « Météores » no 16, 2018
Recueils de nouvelles
- Destino coatto (2002) Destins piégés, traduit par Nathalie Castagné, Paris, Le Tripode, 2023
- Elogio del bar (2014)
Poésie
- Ancestrale (2013) Ancestrale, traduit par Nathalie Castagné, Paris, Le Tripode, Paris, 2021
Théâtre
- Tre pièces e soggetti cinematografici (2014)
Autres textes
- Cronistoria di alcuni rifiuti editoriali dell'arte della gioia, a cura di Angelo Pellegrino (2016) Carnets, extraits choisis par Angelo Pellegrino, traduit par Nathalie Castagné, Paris, Le Tripode, 2019
- Lettere e biglietti, a cura di Angelo Pellegrino (2021) Miroirs du temps, lettres et billets choisies par Angelo Pellegrino, traduit de l'italien par Nathalie Castagné, Paris, Le Tripode, 2024 (ISBN 978-2-37055-410-9)
Hommages
En , dans le quartier de la Montagnola (it) à Rome, est inaugurée la Biblioteca delle donne Goliarda Sapienza, entièrement consacrée aux femmes[15]. Des rues et des places portent son nom à Catane, Palerme, Gaète et Linguaglossa.