Grande famine de 1709

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Période1709
Victimes600 000 personnes
Grande famine de 1709
Image illustrative de l’article Grande famine de 1709
La guerre aggrave la misère des campagnes : Les Difficultés de la guerre, toile d'Antoine Watteau (1715) :

Pays Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Période 1709
Victimes 600 000 personnes

La grande famine de 1709 se produit en France sur fond de guerre de Succession d'Espagne, qui s'achève quatre ans plus tard, en 1713 par le traité d'Utrecht. Comme la grande famine de 1693-1694, elle est due à un hiver très rigoureux, même s'il est moins humide, causant une flambée des prix des céréales. Cette famine a entraîné la crise financière de 1709.

L'historien Emmanuel Le Roy Ladurie évalue l’effet de ces famines à environ 1,3 million de décès sur une population estimée à 20 millions, pour les deux seules années 1693-1694, et à 600 000 décès pour la famine de 1709[1] soit 3 % de la population de la France de l'époque.

Ces terribles événements étaient loin d’être exceptionnels. Selon les historiens de l’époque, la France a connu treize famines générales au XVIe siècle, onze au XVIIe siècle et seize au XVIIIe siècle[1].

« Supposez que ce relevé soit complet et fiable (ce dont je doute), il laisse de côté les famines locales, et celles-ci, très fréquentes, surviennent presque chaque année, ici ou là », a souligné l'historien Fernand Braudel (1902-1985), qui note qu’avec « l’effroyable disette » de 1812, la famine de 1816-1817 et la succession de mauvaises récoltes survenues entre 1820 et 1830, en 1837 et en 1846-1848, même le XIXe siècle n’a pas été épargné[1].

Paysans allant et revenant du marché à la ville : un équilibre précaire des échanges. Toile de Franz Ignaz Flurer, v. 1720.

Les prix du pain décuplés

À la suite des rigueurs des hivers 1709 et 1710, les prix des céréales flambèrent en France (10, 12 ou 13 fois les prix de l’année précédente). Celui du setier de blé atteint 82 livres contre seulement 7 livres[2]. Une défense d'exporter des grains avait été édictée en 1698, sous peine de mort, alors que la difficulté à s'approvisionner causait la colère populaire.

Nicolas Desmarets, directeur des Finances depuis 1703 et nommé contrôleur général des Finances le , parvint à obtenir du financier Samuel Bernard un prêt de 6 millions et à réduire le montant des tailles, mais en 1710, il dut organiser la levée d'un nouvel impôt, l'impôt du dixième, frappant tous les revenus.

Les émeutes à partir d'avril

La famine déclencha dès le mois d'avril des émeutes à Paris contre le « complot de famine », selon l'économiste Jean-François Calmette[3], faisant dire au contemporain Boileau, « il n'y a pas de jour où la cherté du pain n'excite quelque sédition ».

Des émeutes urbaines furent constatées dans les villes de la Loire moyenne, en Normandie, en Provence, en Languedoc et même dans la ville des frères Pâris, Moirans dans le Dauphiné. En 1709, près de 400 faux-sauniers sont condamnés aux galères et près de 300 en 1710, ce qui témoigne de l’explosion de la contrebande.

En avril, une ordonnance oblige les détenteurs de grains à déclarer leurs réserves[4]. Les grains qui circulent entre les provinces du royaume ou qui proviennent de l’étranger sont désormais exemptés de droits d’entrée, d’octroi et de péages. Pour faire face à la situation, les riches sont taxés et les municipalités sont contraintes d’organiser des distributions de vivres aux nécessiteux[4].

De fortes gelées après les périodes de dégel

La lagune de Venise gelée pendant le grand hiver de 1709, toile de Gabriele Bella, 1709.

Selon l’historien Pierre Goubert, le « grand hiver » de 1709 gela toutes les cultures et les arbres fruitiers. Les récoltes de blé furent détruites sauf dans les régions qui purent semer des blés de printemps. Un texte publié en 1790 dans La Nouvelle Maison Rustique sous la plume du « sieur Liger » nous renseigne sur les conséquences des « gros hivers » sur la culture du blé :

« Plus que la rigueur et la durée de la gelée, le plus à craindre dans les grands hivers est la persistance de fortes gelées juste après des périodes de dégel. Si le froid vient peu à peu, que la terre reste couverte de neiges qui la préservent des fortes gelées ou que l’eau est bien égouttée, même très fort et très long, l'hiver n'a pas de conséquences irrémédiables. Il ne fait alors mourir que la fane. Le grain, conservé en terre, pousse de nouveau au printemps, comme lors du grand hiver de 1608, qui fut suivi d’une ample moisson, ce qui s'est à nouveau produit lors du long hiver de 1729.
Mais si la gelée prend lorsque la terre est découverte et imbibée d’eau, par exemple, après un prompt dégel, elle pénètre, saisit, brise, ce qui arriva en 1693 et en 1709. »

Au printemps de 1709, les magistrats du Parlement de Paris, se basant sur l’exemple de l’hiver de 1694 interdirent de charger en nouveaux grains, les terres emblavées avant l’hiver, dans l’espoir que le blé y repousse comme en 1608, ce qui manqua à cause des gelées survenues coup sur coup pendant les dégels. Ces décisions suscitèrent la colère et l'incompréhension populaire, car les inégalités de récolte étaient très importantes d'une région à l'autre.

La population épuisée, anéantie par les maladies

Famille réduite à la mendicité, gravure de Joost Cornelisz Droochsloot, v. 1600-1650.

Les grains n’ont pas totalement manqué, les récoltes d’orge ont procuré une nourriture de remplacement, et les mesures de secours des autorités se sont révélées efficaces (distribution de céréales provenant de régions peu touchées ou de l’étranger, distribution gratuite de pain). Malgré cela, au total, pour les deux années, on enregistre en France 2 141 000 décès contre 1 330 800 naissances, soit une perte de 810 000 personnes, 3,5 % de la population.

Les maladies populaires furent fréquentes en automne, soit par la mauvaise qualité du grain qui n’a pas eu assez de nourriture, soit par le mélange qui s’y est fait des graines « de mauvaises plantes ».

Selon l'historien Pierre Goubert, en 1709, « comme en 1694, le petit peuple, aux réserves épuisées par les divers impôts, ne put vivre que de charité ou de charognes infectes. On enterra en série, on ramassa des morts le long des chemins… ». Le même auteur souligne que « les gens mouraient rarement de faim au sens étroit du mot, mais plutôt d’aliments infects des temps de crise, qui provoquaient diverses maladies contagieuses, surtout digestives ». L'historien, Marcel Lachiver, distingue trois grandes périodes de surmortalité : l'hiver 1709 avec environ 100 000 victimes du froid entre janvier et , une poussée de mortalité à l'été et l'automne 1709 en lien avec la mal-nutrition, voire la famine, et enfin une troisième vague de 270 000 morts de plus que l'ordinaire jusqu'à la récolte de 1710 ; ces décès étant, cette fois, liés à l'impact des épidémies (dysenterie, typhoïde, etc.)[5]. Pour évaluer l'impact démographique de la crise, il identifie également l'évolution du nombre de mariages (-140 000 sur les 1709-1710) et le déficit de naissances (1 331 000 naissances sur les deux années contre 1 753 000 habituellement, soit -422 000. De fait au le Royaume comptait 22 643 200 habitants. Il n'en compte plus que 21 800 000 au [5]. Comme aux époques récentes, le stress climatique est cause directe de mort, pour les populations jeunes et surtout âgées[6].

Des disparités régionales

Notes et références

Voir aussi

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