Gros animal
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Le Gros animal (en grec ancien μέγα ζῷον /mégă zôon) est un concept philosophique développé par Platon au livre VI de La République. Dans ce texte, Platon compare la foule humaine à un Gros animal qui agit de façon instinctive et irrationnelle, selon son désir immédiat ; dont le sophiste/le rhéteur/l'orateur observent attentivement les désirs (ce qui l'irrite, ce qu'il apprécie et pourquoi), afin de mieux le manipuler selon l'intérêt personnel du sophiste/rhéteur/orateur. Le Gros animal serait une analogie des sociétés humaines et une analyse précoce du comportement collectif et de la formation des opinions dans la foule.
« Tous ces particuliers qui se font payer, ceux que ces gens-là justement appellent sophistes [...], n'enseignent en fait rien d’autre que les opinions du plus grand nombre, que ce que la foule décrète lorsqu'elle s’assemble. Et c'est à cela qu'ils donnent le nom de sagesse. Ils ressemblent en cela à quelqu'un qui, dans le but de nourrir un animal grand et fort, s'instruirait d'abord de ses instincts et de ses appétits, de la manière de l'approcher et de le toucher ; des moments où il est de contact difficile et où il est plus doux et des raisons qui le rendent ainsi ; des sons de voix qui, dans telle circonstance, le font pousser tel ou tel cri et des sons qui l'adoucissent ou l'irritent. Après avoir appris tout cela, après avoir partagé l'existence de l'animal et consacré beaucoup de temps à l'observer, notre homme donne le nom de sagesse à son expérience, il la systématise pour en faire un art et se met à l'enseigner sans connaître véritablement, dans ces doctrines comme dans ces comportements instinctifs, ce qui est beau ou laid, bien ou mal, juste ou injuste. Il utilise tous ces termes selon les opinions du gros animal (μέγα ζώον), il appelle bonnes les choses qui lui font plaisir, mauvaises celles qui l'irritent, incapable par ailleurs de donner quelque fondement de raison à tous ces jugements. Il va jusqu'à appeler justes et belles des choses qui sont nécessaires, n'ayant jamais pris en considération la différence fondamentale qui sépare la nature de ce qui est bon et celle de ce qui est nécessaire, pas plus qu'il n'est en mesure de la faire voir à quelqu'un d'autre. Au nom de Zeus, pareil énergumène ne te semblerait-il pas un éducateur bien étrange ? »
— Platon, La République VI 493a
Lors de rassemblement en foule, la partie rationnelle (logistikon) de l'âme serait automatiquement mise à l'écart au profit de la partie instinctive/appétitive (épithumia) qui prendrait le dessus. Ce qui implique que les actions entreprises par les foules sont le plus souvent impulsives, instinctives et violentes car l'épithumia cherche uniquement la satisfaction de désirs immédiats sans considérations éthiques au contraire du logistikon qui cherche à limiter l'epithumia. Le niveau de rationalité globale d'une foule serait donc inférieur à celui des individus qui la composent. Une capacité d'attention élevée permettrait de garder active la partie rationnelle afin d'éviter de se laisser emporter par certaines actions de la foule ; capacité d'attention qui s'acquiert notamment par la pensée philosophique qui tend à mettre le plus possible son intérêt personnel de côté afin de chercher la vérité.
À travers le Gros animal, Platon critique la démocratie en même temps que la rhétorique lorsqu'elle est utilisée à des fins non philosophiques. En effet, dans la démocratie athénienne, n'importe quel citoyen pouvait parler devant l'Assemblée des citoyens sur la colline de la Pnyx, et les votes se faisaient à mains levées lors de rassemblement en foule[2]. Donc l'orateur qui maîtrisait le mieux la rhétorique et qui avait bien observé les désirs et les aversions de la foule, pouvait se calquer sur les désirs de la majorité afin de la flatter en appelant bonnes les choses qui font plaisir à la majorité et mauvaises celles qui l'irritent afin d'influencer fortement les votes. Platon reproche aux orateurs/rhéteurs/sophistes de s'appuyer uniquement sur ce type de rhétorique politique qui privilégie le vraisemblable et l'émotion/le sensationnel au lieu de s'appuyer sur une recherche de la vérité par la dialectique afin de déterminer l'utilité des décisions politiques en distinguant l'essentiel de l'accidentel (ce dont la présence ou l’absence n’altère pas l’essence de la chose ; la couleur bleue ou rouge d'une chaise n’altère pas l'essence de la chaise).
Du Gros animal émergent des normes, des jugements et des opinions collectives que les individus ont tendance à prendre pour absolus. La vérité se trouve subordonnée aux réactions affectives et aux dynamiques d’influence et les sophistes/rhéteurs/orateurs exploitent cette confusion de l'individu entre l'accidentel et l'essentiel, entre opinion et vérité, afin d'orienter le désir des individus vers leurs propres intérêts (intérêt qui est non-essentiel, accidentel). Ainsi, lorsqu’un individu prend pour absolu ce qui n’est qu’une opinion collective, il accorde à celle-ci une force normative excessive, ce qui renforce sa capacité à agir et à défendre des positions potentiellement infondées ou dangereuses.
Selon Platon une foule est donc capable d'entreprendre n'importe quelle action et de soutenir n'importe quelle idéologie (par exemple le nazisme) si elle est correctement manipulée. D'où la nécessité pour qu'une société soit stable d'instaurer un système d'éducation spécifique qui oriente le désir vers la pensée philosophique et dialectique (qui permet de distinguer l'essentiel de l'accidentel) afin que ceux qui seront allés le plus loin dans cette éducation et qui seront les dirigeants (philosophe-roi) n'aient pas le désir de manipuler les membres de la société pour leurs intérêts personnels mais que ces dirigeants aient le désir du bon fonctionnement de la société.
Selon Simone Weil "une telle théorie de la société [celle de Platon] implique que la société est essentiellement mauvaise, et que la réforme ou la transformation de la société ne peut pas avoir d’autre objet raisonnable que de la rendre la moins mauvaise possible. C’est ce qu’avait compris Platon, et sa construction d’une cité idéale dans la République est purement symbolique." [3]
Notes et références
- ↑ Platon (trad. Georges Leroux), La République, Garnier Flammarion, , 818 p. (ISBN 978-2-0813-8669-3), p. 474
- ↑ Mogens Herman Hansen - The Athenian Democracy in the Age of Demosthenes (1991)
- ↑ Simone Weil - La source grecque