Groupe des unités d'un anneau d'entiers quadratiques
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En mathématiques, et plus précisément en théorie algébrique des nombres, le groupe des unités d'un anneau d'entiers quadratiques est le groupe des éléments inversibles d'un tel anneau.
Un entier quadratique est un nombre complexe racine d'un polynôme unitaire de degré 2 à coefficients entiers relatifs. Un anneau d'entiers quadratiques est donc un sous-anneau du corps commutatif ℂ des nombres complexes (c'est-à-dire un sous-ensemble de ℂ, contenant 1, et stable par addition, multiplication et opposé) ; ainsi, c'est un anneau commutatif et ses unités forment un groupe (abélien et contenant 1 et –1)[1].
L'anneau est toujours inclus dans un corps quadratique et la structure du groupe dépend de la nature de ce corps. S'il contient des éléments non réels, c'est-à-dire de partie imaginaire non nulle, alors le groupe est cyclique. Dans le cas contraire, le corps est dit totalement réel et le groupe est isomorphe, soit à ℤ/2ℤ, soit à ℤ/2ℤ × ℤ.
Un tel groupe représente ce que Dirichlet appelle une obstruction, s'il est trop vaste, ce qui est le cas pour les corps quadratiques totalement réels. Le théorème des unités de Dirichlet précise la structure du groupe des unités des anneaux d'entiers algébriques, qui généralise la notion d'entiers quadratiques.
Les applications de la connaissance du groupe des unités sont diverses en arithmétique. L'équation de Pell-Fermat est une équation diophantienne – c'est-à-dire à coefficients entiers et dont les solutions recherchées sont entières – dont la résolution d'un cas particulier revient exactement à la détermination du groupe des unités d'un anneau d'entiers quadratiques. La démonstration du dernier théorème de Fermat pour des valeurs pas trop particulières du paramètre n demande l'explicitation des racines n-ièmes de l'unité d'un anneau d'entiers algébriques. Dans le cas où n est égal à 3 ou à 5, certaines démonstrations utilisent des anneaux d'entiers quadratiques. Enfin, l'étude du groupe des unités de l'anneau des entiers de ℚ(√5) permet une démonstration de la loi d'apparition des nombres premiers dans la suite de Fibonacci.
Décors
Dans tout l'article, ℤ désigne l'anneau des entiers relatifs, ℚ le corps des nombres rationnels, ℝ celui des nombres réels et ℂ celui des complexes. Pour tout anneau d'entiers quadratiques, l'article détaillé montre l'existence d'un élément ω tel que l'anneau est égal à ℤ[ω], c'est-à-dire composé des éléments de la forme a + bω, où a et b sont des entiers relatifs. La valeur ω peut prendre deux formes distinctes : il existe un entier non carré parfait d tel que ω est égal à √d ou, si d est congru à 1 modulo 4, ω soit égal à (1 + √d)/2. L'entier d peut être négatif, la justification du radical √ associé à un nombre strictement négatif se trouve dans l'article détaillé. L'anneau ℤ[ω] est inclus dans le corps ℚ[ω] composé des éléments de la forme a + bω, où a et b sont des rationnels, et dans les deux cas, le corps ℚ[ω] est égal à ℚ[√d].
L'application de conjugaison associe à un élément a + b√d du corps quadratique ℚ[√d] l’élément a – b√d. Dans la suite de l'article, l'élément conjugué d'un élément α du corps est noté αc. Cette application est un automorphisme de corps et sa restriction à l'anneau ℤ[ω] est aussi un automorphisme (cette fois d'anneau). L'application norme associe à un élément du corps le produit de cet élément avec son conjugué. La norme est à valeurs dans ℚ. Sa restriction à l'anneau ℤ[ω] est à valeurs dans ℤ et s'exprime comme suit :
Une première propriété permet d'y voir un peu plus clair sur le groupe des unités :
- Un élément de l'anneau ℤ[ω] est inversible si, et seulement si, sa norme est égale à 1 ou à –1[1] ; l'inverse du nombre est alors soit son conjugué, soit l'opposé de son conjugué.
En effet, soit α un élément de ℤ[ω]. S'il est de norme 1 ou –1, alors soit ααc, soit α(–αc) est égal à 1. Comme αc et –αc sont éléments de l'anneau, α est bien inversible. Réciproquement supposons que β soit l'inverse de α, alors la norme de αβ est égale à 1. La norme de α est un entier qui divise 1. Il n'en existe que deux : 1 et –1, ce qui démontre la proposition.
Remarque. Si d est sans facteur carré et si, dans le cas où d est congru à 1 modulo 4, ω est égal à (1 + √d)/2, alors l'anneau est un peu particulier car il est l'anneau des entiers du corps quadratique. Cette spécificité n'intervient pas ici.
Théorème des unités de Dirichlet
Ce théorème de structure a été démontré par Dirichet pour l'anneau des entiers d'un corps algébrique quelconque[2]. Dans le cas particulier d'un anneau d'entiers quadratiques, deux configurations se présentent.
- Si d est négatif, l'anneau n'est pas inclus dans ℝ et le groupe est fini (par conséquent, c'est un sous-groupe fini du groupe des racines de l'unité, donc un groupe monogène). Plus précisément :Si d est négatif, le groupe des unités est d'ordre quatre si d = –1, six si d = –3 et ω = (1 + i√3)/2, deux sinon.
- Si d est positif, l'anneau est inclus dans ℝ et le groupe est infini[3] :Si d est positif, le groupe des unités est isomorphe au produit direct d'un groupe d'ordre 2 et d'un groupe monogène infini.Dit plus simplement : le groupe des unités (muni de la multiplication) est isomorphe à ℤ/2ℤ × ℤ (muni de l'addition). Tel est le cas par exemple du groupe des unités de l'anneau des entiers de ℚ(√5).
Structure géométrique

La structure géométrique ne fait véritablement sens que dans le cas où d est positif, celui étudié ici. (1, ω) est une base du ℚ-espace vectoriel ℚ(√d). Toute unité α = x + yω vérifie ααc = ±1, c'est-à-dire l'une des deux équations :
Dans les deux cas, en considérant la base (1, ω) comme orthonormale, on observe que chaque unité se trouve sur une des quatre branches de deux hyperboles tournées d'un quart de tour, l'une par rapport à l'autre. Les unités sont les intersections des hyperboles avec les sommets du quadrillage correspondant au réseau ℤ[ω].
À chaque solution α différente de ±1 sont associées trois autres : αc, –α et –αc (αc est égal ou opposé à α−1, selon que N(α) vaut 1 ou –1). Il en existe une par quadrant. Le premier quadrant est formé par les points d'abscisse positive et d'ordonnée strictement positive et les autres sont obtenus par rotation d'un quart de tour (–1 est donc dans le deuxième quadrant et 1 dans le quatrième).
Une solution particulièrement intéressante est celle satisfaisant la définition suivante :
- Une unité fondamentale (en) est une unité ρ telle que toute unité soit égale à ρk ou –ρk pour un certain entier relatif k.
Il existe quatre unités fondamentales : ρ, ρc, –ρ et –ρc, selon le théorème de Dirichlet. Celle notée ρ comme dans la preuve ci-dessus est celle du premier quadrant. On peut remarquer que c'est, parmi les unités du premier quadrant (les ρk pour k entier > 0), celle de plus petite abscisse.