Grue royale

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Balearica regulorum

Faits en bref Règne, Embranchement ...
Grue royale
Description de cette image, également commentée ci-après
Une Grue royale au parc national de Tarangire en Tanzanie.
Classification COI
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Aves
Ordre Gruiformes
Famille Gruidae
Genre Balearica

Espèce

Balearica regulorum
(Bennett, ET, 1834)

Statut de conservation UICN

( EN )( EN )
EN A2acd+4acd : En danger

Statut CITES

Sur l'annexe  II  de la CITES Annexe II , Rév. du 01/08/1985
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La Grue royale (Balearica regulorum) est une espèce d'Oiseau de la famille des Gruidae, répandue de l'Afrique de l'est à l'Afrique australe.

Grand oiseau majoritairement gris, elle est reconnaissable à sa couronne de plumes dorées, un point commun qu'elle partage avec la Grue couronnée (Balearica pavonina). Elle s'en distingue par son plumage plus clair et les motifs sur ses joues, qui sont couvertes d'une portion de peau nue rouge et blanche.

La Grue royale est répandue dans une vaste zone qui comprend une partie de la vallée du Grand Rift et la région des Grands Lacs, jusqu'aux régions arides d'Afrique australe. Elle compte deux Sous-espèces : B. r. regulorum, présente dans les régions sèches au sud du fleuve Zambèze, et B. r. gibbericeps, la plus nombreuse, au nord de l'aire de répartition.

Contrairement à d'autres espèces de Grues, elle ne migre pas, bien qu'elle effectue parfois des mouvements saisonniers à la recherche de lieux de nidification. Sa période de reproduction est très variable car elle dépend des saisons. Elle niche dans des zones humides où elle peut construire son nid, une plateforme dissimulée par la végétation, où elle pond entre deux et quatre œufs.

La Grue royale possède un répertoire de chants et de cris étendu. Comme chez les autres Grues, les couples dansent et chantent à l'unisson. Ils sont monogames et souvent unis à vie.

Cette espèce est en danger d'extinction. L'agriculture, l'élevage, l'urbanisation et le drainage causent la dégradation de son habitat, qui constitue la principale menace pour l'espèce avec le braconnage. Elle est notamment capturée pour les besoins de la médecine traditionnelle ou vendue comme oiseau d'ornement. Ses effectifs ont grandement baissé depuis les années 1970, bien que quelques augmentations locales soient notées dans les années 2020.

La Grue royale est un oiseau sacré dans plusieurs cultures africaines. Elle est l'emblème national de l'Ouganda.

Description

Morphologie et plumage

La Grue royale mesure environ 100 à 110 cm de haut, pour un poids compris entre 3 et 4 kg. Son envergure atteint 180 à 200 cm[1],[2],[3]. La femelle et le mâle sont identiques, bien que ce dernier soit légèrement plus grand[2]. En moyenne, le culmen (partie supérieure du bec) mesure 6 à 6,8 cm, la queue 21,3 à 24,3 cm, le tarse 22 cm et l'aile pliée 56,5 à 58,6 cm[3].

Le plumage du cou et du corps est majoritairement gris perle. Les ailes ont des tons plus variés : elles sont principalement blanches, avec une partie des rémiges allant du brun au doré. La queue est noire avec une couverture brune, et les pattes sont noires[2]. La tête est caractéristique, surmontée d'une couronne de plumes fines et dorées avec une pointe noire au bout. L'iris est bleu pâle ou gris, le bec est court et gris[2]. Les joues sont couvertes de peau nue, blanche avec une zone rouge en haut[2]. La Grue royale possède un sac gulaire rouge sous le menton : il s'agit d'une portion de peau, semblable à des caroncules, mais extensible[2].

Les deux sous-espèces, regulorum au sud et gibbericeps au nord, sont très semblables[4]. Leurs joues diffèrent très légèrement : chez gibbericeps, elles s'étirent un peu plus vers le sommet de la tête, avec une plus grande zone rouge[2],[5],[6].

Les gruaux après l'éclosion sont couverts d'un duvet chamois pâle, avec la tête ivoire. Les juvéniles sont globalement gris, avec la nuque et le sommet de la tête brun, tout comme leurs iris. Le sac gulaire, d'abord rose, apparaît aux environs de 4 mois et prend sa teinte rouge vif au cours de la croissance. Le plumage adulte est acquis à 12 mois[2].

Voix

Chants, ronronnements et cris

La Grue royale possède un répertoire de chants variés. Une étude menée au parc national des marais de Saiwa a porté sur ces différents chants chez la sous-espèce gibbericeps[7].

L'autrice de cette étude décrit les « chants harmoniques » comme des chants élaborés, qui reprennent tous la même structure en trois ou quatre parties : une ou deux notes d'introduction, une note principale et une note de fin[8]. Les cris d'alerte en font partie. Ils peuvent être émis pour signaler la présence d'un prédateur ou d'une Grue inconnue, et s'accompagnent d'une posture alerte, la tête relevée[9]. Le cri de contact est assez similaire, mais il est émis depuis un arbre par le membre d'un couple, auquel le partenaire peut répondre soit par un autre cri de contact, soit en volant pour le rejoindre[10]. En vol, les Grues royales émettent aussi des chants harmoniques, dont la note principale est parfois séparée en deux syllabes, oo et wang, ce qui a inspiré le nom de l'oiseau dans certaines langues kenyanes[10]. Ce chant peut être émis par un groupe de Grues en vol, ou par une Grue seule, notamment pour imposer sa présence sur un territoire qu'elle survole en cercle[11].

Les Grues royales émettent aussi des ronronnements, notamment quand elles se nourrissent, quand elles s'apprêtent à s'envoler ou juste avant l'accouplement[12]. Un vrombissement abrupt de plus grande amplitude est émis pour alerter l'entourage, notamment les petits, et peut parfois se terminer par un cri d'alerte ou par un claquement[12]. Le claquement sert à prévenir les petits s'ils n'ont pas réagi au vrombissement d'alerte, et il est souvent entendu avant une attaque[13]. Des cancanements très bas peuvent être entendus en cas de danger potentiel, tandis qu'un cri d'attaque de forte amplitude est produit, au sol ou dans les airs, avec les ailes déployées et le cou tendu, lors des affrontements[13].

Chants à l'unisson

Les couples de Grues royales chantent à l'unisson, comme les autres espèces de Gruidae. Il s'agit de chants coordonnés, émis en duo, qui se complexifient avec l'âge et sont généralement produits en période de reproduction[14],[15]. Chez cette espèce, les chants à l'unisson se composent de chants harmoniques, semblables aux cris d'alerte, et de cris retentissants semblables à un cacardement. Ces cacardements diffèrent entre les mâles, qui ont un cri monosyllabique, et les femelles, qui ont un cri bisyllabique[16]. Les chants à l'unisson permettent de distinguer les individus entre eux, et peuvent être utilisés pour recenser les couples présents sur une zone donnée[17].

Ces chants à l'unisson s'accompagnent de postures spécifiques, avec les genoux fléchis et la tête relevée[16]. Sur le territoire d'un couple, ils s'entendent principalement le matin et le soir. En revanche, ils peuvent s'entendre à tout moment de la journée dans les colonies[16]. Selon Christa Budde (1999), ces chants comprennent à la fois des sons agressifs, utilisés pour la défense du territoire et destinés aux intrus, et des sons apaisants que s'adressent les partenaires du couple[18].

Espèces ressemblantes

Photographie de la tête d'un oiseau.
La Grue couronnée a le cou gris sombre, un petit sac gulaire et un motif différent sur les joues.

La Grue royale ressemble à la Grue couronnée (Balearica pavonina), qui possède comme elle une couronne de plumes dorées sur la tête. Elle s'en distingue par plusieurs détails : son cou est gris pâle, ses caroncules sont plus grandes et ses joues ont une tache rouge en haut. À l'inverse, la Grue couronnée a le cou sombre, des caroncules petites et ses joues sont tachées de rouge dans leur partie inférieure[1],[2]. Les deux espèces ne partagent qu'une petite partie de leurs aires de répartition, au nord de l'Ouganda et au nord-ouest du Kenya[19].

Distribution et habitat

Carte de distribution de la Grue royale
Distribution de la Grue royale en 2024.

L'aire de répartition de la Grue royale s'étend de l'Afrique de l'est à l'Afrique australe. La sous-espèce regulorum est répandue au sud du fleuve Zambèze, du sud du Mozambique à l'Afrique du sud. On la trouve également en Namibie, au Botswana et au sud de l'Angola[20],[1]. La sous-espèce gibbericeps est la plus répandue[21]. Elle vit plus au nord, dans une large zone qui comprend une partie de la Vallée du Grand Rift et la région des Grands Lacs[22]. Elle est présente en République démocratique du Congo, au Rwanda, en Ouganda et au Kenya. Plus au sud, elle est présente jusqu'en Tanzanie, en Zambie et au nord du Mozambique[20],[1]. Le Kenya abrite la plus grande population de gibbericeps, notamment autour du lac Ol' Bolossat, une zone humide majeure du pays qui accueille environ 5% des effectifs globaux, et ce de façon continue tout au long de l'année[23]. Des populations ont également été étudiées dans le bassin du lac Victoria, autour du mont Kenya, et dans les parcs d'Aberdare, de Nairobi et d'Amboseli[24]. L'espèce est également présente au Burundi, au Malawi, au Soudan du Sud, et des individus erratiques sont parfois observés au Eswatini et au Lesotho[20].

Contrairement à d'autres espèces de Grues, la Grue royale n'est pas migratrice, bien qu'elle puisse effectuer des déplacements saisonniers suivant les pluies, l'abondance de nourriture ou pour chercher de bonnes zones où nicher[20]. Les populations d'Afrique de l'Est sont généralement plus sédentaires, alors que celles des zones les plus arides, en Namibie et en Afrique du Sud notamment, effectuent des mouvements saisonniers plus étendus[1]. Son habitat est constitué de zones humides à proximité de grands espaces ouverts, comme des savanes, des terres agricoles, des régions boisées dégagées et des zones irriguées[20],[19]. Les zones humides, comme les marais, sont privilégiés pour la reproduction, tandis que les zones plus sèches, avec une végétation de hauteur basse à moyenne, sont principalement des lieux de recherche de nourriture[20],[19]. La Grue royale et la Grue couronnée sont les seules espèces de Gruidae à pouvoir se percher dans les arbres[1],[21].

Elle est aujourd'hui répandue dans les environnements modifiés par l'humain, comme les réservoirs agricoles, les prés et les champs labourés[25]. Elle fréquente les cultures de toutes sortes de céréales, notamment maïs, avoine, blé et orge[1],[24]. Les champs trop petits et entourés de barrières sont délaissés, probablement car ils ne permettent pas une bonne visibilité. Les Grues royales leur préfèrent les grandes zones ouvertes, même lorsque la nourriture y est moins abondante[26]. La Grue royale est une espèce indicatrice de la santé des écosystèmes qu'elle fréquente[24].

Écologie et comportement

Alimentation

Photographie de deux Grues marchant dans l'herbe sèche et regardant le sol.
Grues royales en quête de nourriture (Tanzanie)

La Grue royale est omnivore, avec un régime généraliste qui comprend des végétaux (graines, jeunes pousses d'herbes et de Cyperus, fruits à coques, céréales), des insectes (sauterelles, criquets, larves, vers), des batraciens, des lézards, ainsi que des crabes du genre Potamon (en)[20],[1].

Elle attrape sa nourriture par des coups de bec rapides, frappe parfois le sol pour faire sortir ses proies ou arrache des racines[1]. Les champs récemment labourés ou brûlés sont vite investis par des Grues, qui y recherchent des graines exposées[27]. Quand elle recherche sa nourriture dans les terres agricoles ou les prairies, la Grue royale s'associe parfois à de grands herbivores qui dérangent ses proies en remuant le sol, lui permettant de les attraper plus facilement, et elle peut aussi trouver des larves ou des coléoptères dans les bouses[1],[27],[28].

Reproduction

Formation des couples et parades nuptiales

La Grue royale est une espèce monogame, dont les couples restent souvent unis à vie[2]. Les séparations existent mais sont rares[17]. Durant la parade nuptiale, les partenaires dansent en effectuant des hochements de tête, des révérences ou des sauts, ou encore en déployant leurs ailes. Ces danses peuvent être initiées aussi bien par le mâle que la femelle, qui entament une série de chants avec leur sac gulaire gonflé[2]. Un ronronnement ou un vrombissement particulier précède l'accouplement : il est émis par la femelle qui avance lentement, puis se met en posture de copulation à l'approche du mâle[13].

La période durant laquelle a lieu la reproduction est variable et dépend des pluies : les Grues royales d'Afrique de l'Est connaissent des pics de reproduction durant la saison sèche, alors que celles des régions arides d'Afrique australe se reproduisent à la saison des pluies[20],[1],[2]. La recherche d'un habitat approprié pour la reproduction peut entraîner des mouvements saisonniers[20]. D'après une étude sur la population de gibbericeps autour du lac Ol' Bolossat, la saison de reproduction dure environ neuf mois, généralement entre juin et février, mais les dates varient selon les années. Cette période comprend la construction du nid, l'incubation et l'élevage des petits[24]. C'est dans les régions humides que la saison de reproduction est la plus variable, et elle peut s'étendre sur une grande partie de l'année. L'échec d'une couvée peut mener à de nouvelles tentatives de la part des parents aussi longtemps que les zones humides sont suffisamment inondées[28].

De la ponte à l'envol

La Grue royale construit son nid à proximité directe de points d'eau de faible profondeur, comme des marais. Le nid est constitué d'une plateforme circulaire d'un diamètre compris entre 50 et 86 cm et surélevée d'environ 12,5 cm au-dessus de l'eau[2],[28]. Elle est conçue avec des herbes et joncs tassés, et dissimulée parmi une végétation de plus d'm de haut[20]. Cette végétation haute permet de cacher le nid tout en laissant les parents surveiller les environs en faisant seulement dépasser leur tête[2]. Elle niche aussi très rarement dans des arbres[20],[1].

La femelle pond 2 à 4 oeufs, avec une moyenne à 2,5, ce qui en fait l'espèce de Grue avec la couvée la plus nombreuse  les autres espèces pondent en général 1 ou 2 oeufs[1],[2]. Ils sont bleu pâle, pèsent environ 152 g et sont couvés pendant 28 à 31 jours. À la naissance, les gruaux pèsent en moyenne 91,7 g et ont un duvet couleur terre d'ombre à brun avec la tête chamois pâle[1],[3]. Les petits peuvent déjà flotter et nager 12 heures après l'éclosion, et commencent à manger au bout de 24 heures. Au bout de leur deuxième jour, ils commencent à suivre leurs parents dans la recherche de nourriture, qui s'effectue seulement dans les marais où les gruaux peuvent être cachés par la végétation[2]. Les petits émettent presque constamment des cris de contact bas lorsqu'ils se nourrissent ou sont nourris par leurs parents. Un sifflement rauque sert à quémander la nourriture[29]. En cas de danger, lorsque les parents s'envolent ou qu'un adulte tournoie en poussant des cris territoriaux, les gruaux s'immobilisent et restent silencieux. Au retour de leurs parents, les petits peuvent émettre un cri de détresse afin d'être localisés[30].

Selon la plupart des sources, les juvéniles prennent leur envol entre 56 et 100 jours[1],[2],[28], avec une moyenne à 59,5 jours[3]. Ils rejoignent des colonies constituées d'autres jeunes, et atteignent leur maturité sexuelle généralement à trois ans, plus rarement à deux ans[1],[2],[28].

Une génération dure en moyenne 14,1 ans chez cette espèce[20]. Certaines sources lui donne une longévité de 22 ans dans la nature et 25 ans en captivité[2], mais deux individus sauvages bagués en 1988, lorsqu'ils étaient gruaux, ont été revus au lac Ol' Bolossat en 2019, ce qui démontre une longévité supérieure à 30 ans[27]. L'espèce se reproduit facilement en captivité, où des hybridations entre les deux sous-espèces ou avec la Grue couronnée ont déjà eu lieu[31].

Effectifs, menaces et conservation

Effectifs et tendance démographique

Les effectifs de la Grue royale ont rapidement baissé depuis le milieu des années 1980, sans que l'espèce parvienne à s'en remettre étant donné son cycle de reproduction assez lent. En 1996, George W. Archibald et Curt Meine estimaient le nombre d'individus entre 85 000 et 95 000 environ[32], ce qui en faisait la Grue la plus répandue en Afrique[1],[21]. En 2024, l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et Birdlife International estiment sa population entre 20 100 et 24 600 individus, avec une tendance démographique en déclin[20]. Au Kenya, ses effectifs ont chuté de 20 000-35 000 entre 1980 et 1999, à 8 000-12 500 entre 2015 et 2020[24].

Considérée comme une espèce de préoccupation mineure jusqu'en 2008, elle passe au statut vulnérable en 2009, puis en danger en 2012[20], selon les critères A2bcd+4bcd. Ces critères signifient qu'une réduction des effectifs supérieure ou égale à 50% est constatée, estimée, déduite ou supposée dans les 10 dernières années ou les trois dernières générations, due entre autres à la réduction ou la dégradation de la qualité de l'habitat. La Grue royale est confrontée à un risque élevé d'extinction à l'état sauvage[33]. Selon les régions, le déclin varie de 30% à plus de 75% de la population depuis les années 1970[34].

Menaces

Elle est menacée par la perte, la dégradation ou la fragmentation de son habitat, les dérangements dus aux activités humaines, ainsi que le braconnage et le marché noir[20],[1],[21]. Des Grues royales sont parfois victimes de collisions avec des lignes à haute tension ou meurent d'empoisonnements involontaires, dus à la bioaccumulation de matières toxiques comme des pesticides, ou volontaires, par des agriculteurs qui craignent qu'elles abîment leurs récoltes[35],[1],[36]. Mais la dégradation de l'habitat, due à la croissance démographique humaine, ainsi que le braconnage constituent les principales menaces pour l'espèce[34],[28].

Le drainage agricole pratiqué pour permettre d'étendre les zones urbaines et agricoles est une cause majeure de détérioration de l'habitat des Grues[28]. Les zones humides qui constituent leur habitat sont prisées pour la culture du riz. Dans le district de Butaleja, au sud-est de l'Ouganda, le drainage ayant permis la création des rizières du Doho Rice Scheme (en) a largement impacté la faune et la flore des environs, dont la Grue royale qui y a drastiquement baissé et ne s'y reproduit plus, selon une étude de 2015[37]. L'élevage cause d'autres dégradations à son habitat, en fragmentant les zones dans lesquelles elle se reproduit et en augmentant les dérangements, ce qui l'oblige à trouver d'autres lieux où nicher[34]. Le pâturage modéré est un avantage pour les Grues car il permet de conserver les paysages de prairies où elles se nourrissent, mais le surpâturage fait disparaître la végétation dont elles ont besoin[28].

À cause la réduction de son habitat, il est plus facile pour les braconniers de capturer la Grue royale ou de prélever des œufs afin d'alimenter le marché noir[34]. Les Grues sont braconnées pour être domestiquées illégalement ou servir dans la médecine traditionnelle. Les poussins sont vendus comme animaux d'ornements et parfois exportés au Moyen-Orient ou en Chine[38],[36]. Les Grues capturées sont souvent mal nourries, leurs ailes sont brisées pour les empêcher de voler, elles ne se reproduisent pas et meurent prématurément[39].

Mesures de conservation

Photographie d'une Grue en train de marcher, avec une aile aux plumes abimées.
Une Grue royale au Village d'Umusambi.

En 1996, selon un rapport de l'UICN, les mesures de protection locale à l'échelle communautaire montraient une certaine efficacité dans la protection des Grues royales[36]. Ces initiatives, alors surtout menées au Kenya, impliquent les populations locales en favorisant l'éducation, le développement social et la protection de l'environnement, à travers des pratiques d'agriculture et d'élevage bénéfiques[36].

En 2024, Birdlife International note que des efforts de conservation ont permis des augmentations récentes du nombre d'individus au Rwanda, en Zambie et en Ouganda, ce qui pourrait permettre d'améliorer la tendance démographique de l'espèce dans les années à venir[20]. D'après une étude menée autour du lac Ol' Bolossat, en 2021, la population montrait des signes de bonne santé, avec un meilleur ratio juvéniles/adultes que les années précédentes[40]. Au Rwanda, la Rwanda Wildlife Conservation Association lutte activement contre le braconnage, éduque les propriétaires de Grues sur les bonnes pratiques pour les maintenir en bonne santé, et remet en liberté des individus capturés illégalement[39],[41]. L'association a créé le Village d'Umusambi, un sanctuaire qui accueille les Grues royales qui ne peuvent pas retourner dans la nature à cause de leur état de santé[39],[41]. Au Kenya, l'association Crane Conservation Volunteers agit pour la protection de l'espèce en luttant contre les captures illégales et les dérangements causés par l'élevage de bétail autour des nids[40],[42].

La Grue royale est inscrite à l'annexe II de la CITES[1]. Elle est présente dans six zones importantes pour la conservation des oiseaux : le parc national de l'Upemba (République démocratique du Congo), le parc national de Nairobi et le lac Ol' Bolossat (Kenya), le parc national de Gorongosa (Mozambique), Wakkerstroom (Afrique du Sud) et le Kibimba Rice Scheme (Ouganda)[20]. Elle est également présente dans de nombreux autres parc nationaux et d'autres types d'aires protégées[36].

Taxonomie

Classification et sous-espèces

Photographie d'une Grue posée au sommet d'un arbre.
La Grue royale fait partie des Balearicinae, qui ont la capacité de se percher dans les arbres.

L'espèce Balearica regulorum a été décrite par l'ornithologue britannique Edward Turner Bennett en 1834, sous le nom initial d'Anthropoïdes regulorum[43],[1]. Elle forme avec la Grue couronnée (Balearica pavonina) le genre Balearica et la sous-famille des Balearicinae[44]. Ces deux espèces se distinguent des autres Grues par leur capacité à se percher dans les arbres et leur trachée, qui n'est pas enroulée dans le bréchet[45]. Leur divergence avec le reste des Grues remonterait à l'Oligocène, il y a environ 30 millions d'années, et elles présentent des similitudes avec des fossiles de Gruidae primitifs[46].

Certains auteurs considéraient auparavant la Grue royale et la Grue couronnée comme une seule espèce, sous le nom Balearica regulorum ou Balearica pavonina[44]. Leurs différences de morphologie, de plumage, de vocalisations, ainsi que les études phylogénétiques, ont permis de les séparer en deux espèces distinctes, bien qu'elles soient proches génétiquement[1].

Selon la classification de référence du Congrès ornithologique international (version 15.1, 2025)[47], la Grue royale est représentée par 2 sous-espèces (ordre phylogénique) :

Noms et étymologie

La Grue royale est appelée ihemu ou iwolowane en Ndébélé du Zimbabwe[49] et nohhemu en zoulou[50],[51]. En swahili, korõngo ou kolõngo peut désigner la Grue ou une personne grande, maigre et maladroite[52],[53]. Ng'ali ou ŋŋààli désigne la Grue royale en luganda, et sa crête est appelée 'ssulè[54],[55]. En lunyole, l'oiseau s'appelle wawalu (pluriel abawawalu) et on nomme ehisule sa crête, ainsi qu'une coupe de cheveux inspirée de celle-ci, où le pourtour de la tête est rasé pour ne laisser que des cheveux peignés sur le sommet[56].

La Grue royale est appelée en espagnol Grulla coronada cuelligris (Grue couronnée à cou gris), tandis que la Grue couronnée (B. pavonina) est appelée Grulla coronada cuellinegra (Grue couronnée à cou noir). Elle est appelée Südafrikanischer Kronenkranich en allemand, soit Grue couronnée d'Afrique du Sud. L'anglais lui donne plusieurs noms : le plus commun est Grey Crowned Crane (Grue couronnée grise), mais on trouve aussi Blue-necked crane (Grue à cou bleu), Royal crane (Grue royale), East African crowned crane (Grue couronnée d'Afrique de l'Est, pour la sous-espèce gibbericeps) et South African crowned crane (Grue couronnée d'Afrique du Sud, pour la sous-espèce regulorum)[1],[6].

Dans la culture

Armoiries représentant un bouclier décoré et entouré d'une antilope et d'une grue
Armoiries ougandaises, figurant une Grue royale et un Kob de Thomas.

La Grue royale, plus précisément gibbericeps, est représentée sur le drapeau et les armoiries de l'Ouganda, dont elle est l'emblème national[57],[58]. Elle est traditionnellement considérée comme un oiseau sacré dans plusieurs régions, ce qui a permis de lui assurer une certaine protection au niveau local, notamment en Ouganda et dans certaines parties du Kenya, de Namibie, de Zambie et d'Afrique du Sud[36]. Dans certaines régions du Kenya, voir une Grue à proximité de sa maison est au contraire un mauvais présage[36].

Notes et références

Voir aussi

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