Grâce (religion)

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Bouddha de compassion Amitabha (japonais : Amida 阿弥陀)

La grâce divine est un concept présent dans plusieurs religions :

Dans le cadre de ces religions, le concept a également fait l'objet de réflexions de la part de philosophes.

Bien que de nombreuses écoles bouddhistes mettent l'accent sur l'autodiscipline et l'accumulation de mérite et  de sagesse sur le chemin de l'illumination, quelque chose d'apparenté au concept de grâce divine est également présent. Cette idée se retrouve dans les  concepts bouddhistes Mahāyāna de « bénédictions », de transfert de mérite et de Tariki.

Le Bouddhisme connaît ainsi la compassion, notamment l'école de la Terre pure, essentiellement basé sur la foi, la dévotion et la pratique de la récitation du nom du bouddha Amitābha (nianfo), avec pour objectif d’accéder après cette vie à la terre du bouddha (bouddhakshetra) d’Amitabha, où la lumière, la longévité et le bonheur sont tous infinis[1],[2].

En dehors même des écoles de la Terre pure, du Soutra de Vie-Infinie et du Soutra des contemplations de Vie-Infinie, Amitābha et son paradis ont influencé l’ensemble du bouddhisme extrême-oriental. Le concept de grâce étant lié au salut des âmes, on peut donc considérer que le bouddhisme mahāyāna est porteur de ce concept, c'est ici le Bouddha Amitabha qui accorde, donne sa "grâce" salvatrice aux hommes qui le prient.

Christianisme

Dans le christianisme, la grâce est une aide surnaturelle accordée par Dieu aux hommes pour leur salut, qui permet d'échapper à la damnation. Plus précisément, « la grâce est la faveur, le secours gratuit que Dieu nous donne pour répondre à son appel, devenir enfants de Dieu, fils adoptifs, participants de la divine nature, de la vie éternelle. Elle introduit dans l'intimité de la vie trinitaire »[3]. Elle peut aussi correspondre au pardon, à l'amour et à la miséricorde divine. En Occident, les rapports de la grâce, qu'elle soit efficace ou suffisante, et du libre arbitre, ont été au cœur de controverses théologiques importantes. Le concept de grâce est aussi étroitement lié à l'idée de prédestination.

L'exposition du concept de la Grâce dans les Provinciales

Blaise Pascal ; François II Quesnel, date inconnue.

Le concept de grâce divine est étroitement lié aux concepts de libre arbitre et de prédestination. La problématique est clairement exposée dans l'un des chef d'œuvre de la littérature de la langue française, Les Provinciales de Blaise Pascal[4].

Lettre II - Présentation de la controverse

Un ami du narrateur lui affirme que les jésuites et les dominicains n'ont pas la même vision de la grâce, en dépit de leur union. Les premiers croient à une « grâce suffisante », donnée à tous dès la naissance, alors que les seconds, s'ils reconnaissent l’existence de cette grâce suffisante, la doublent d’une « grâce efficace » que Dieu donne seulement à certains élus, indispensable pour obtenir le salut. Les jansénistes n’admettent quant à eux que cette grâce efficace.

La doctrine chrétienne

La doctrine chrétienne sur le sujet de la grâce a évolué au cours des siècles, entre celle du libre arbitre total accordé par Dieu aux hommes pour leur salut et celle de leur prédestination absolue à être sauvés ou damnés.

Pélage (v. 350 - v. 420) est le représentant du libre arbitre des actions humaines. En réaction contre le pessimisme fondamental du manichéisme, Pélage considère que tout chrétien peut atteindre la sainteté par ses propres forces et par son libre arbitre et minimise le rôle de la grâce divine, non indispensable à ses yeux[5]. Sa doctrine a été condamnée comme hérétique par l'Église catholique.

Augustin d'Hippone (354 - 430) est le représentant de la doctrine de la Prédestination. Dans sa théologie, le poids et l'habitude du péché sont tels que, sans la grâce divine, l'homme ne peut pas se sauver.

Saint Thomas d'Aquin, docteur de l'Église (1225 - 1274), adopte dans ses écrits une position médiane.

La doctrine thomiste opère une distinction entre la grâce suffisante, qui peut rester stérile, et la grâce efficace qui fait accomplir l’acte salutaire. Elle soutient que la grâce efficace, ou suivie de son effet, est intrinsèquement efficace parce que Dieu le veut, et non pas seulement extrinsèquement efficace parce que la créature libre veut y consentir ; en d’autres termes, c’est la grâce efficace qui suscite le consentement de notre volonté, tandis que la grâce suffisante donne seulement le pouvoir d’agir, sans nous faire poser l’acte lui-même[6].

A tous les hommes est donné un secours suffisant pour qu’ils puissent accomplir les préceptes divins qu’ils connaissent, car Dieu ne commande pas l’impossible ; et quant au secours efficace par lequel ils les accomplissent effectivement, « s’il est donné à ce pécheur c’est par miséricorde, s’il est refusé à tel autre c’est par justice. » Si en effet l’homme résiste de fait à la grâce qui lui donne le pouvoir de bien agir, il mérite d’être privé de celle qui le ferait bien agir effectivement[6].

Il insiste notamment sur deux notions : celle de libre arbitre et celle de liberté. Est dit libre un être qui est principe de ses actes. Le problème de la liberté est explicitement mêlé à la question de l'acte volontaire et de la morale. Thomas fait intervenir l'intellect et la volonté. L'intellect, par son jugement, détermine si un objet est bon ou non, adapté à la situation, au sujet, etc., mais ce jugement est entièrement libre, absolument rien ne s'oppose à lui[7].

A l'époque de la Renaissance, Calvin prend position pour la grâce efficace.

A la fin du XVIème siècle, le jésuite Luis de Molina défend la doctrine du libre arbitre, alors qu'au début du XVIIème siècle Jansénius défend la toute puissance de Dieu et par voie de conséquence la prédestination. Pour Luis de Molina, il existe la possibilité de faire descendre sur soi la grâce "efficace" sans laquelle le salut est imposible, en faisant fructifier par ses mérites propres une grâce dite "suffisante", donnée à Dieu à tous les hommes.

Ces différentes positions de la théologie chrétienne sur la grâce, se retrouvent admirablement exposées dans Les Provinciales de Blaise Pascal.

Sola gratia

Sola gratia est une expression latine signifiant « par la grâce seule », utilisée pour désigner un principe théologique chrétien selon lequel le salut des âmes est obtenu par la grâce seule, c'est-à-dire par la seule volonté de Dieu. Le principe est issu des idées de Augustin d'Hippone sur le salut des âmes, salut qui ne peut venir de façon fondamentale que de la libre décision de Dieu, puisque celui-ci est omnipotent et omniscient. Augustin tente cependant de préserver dans une certaine mesure la liberté humaine, s'exprimant par la foi et les œuvres, bien que le libre arbitre de l'homme soit fortement réduit par la faute originelle d'Adam.

Le principe est affirmé par l'Église catholique au deuxième concile d'Orange de 529, qui condamne en même temps la théorie de la prédestination. Dans le protestantisme, le principe de la sola gratia fait partie des cinq solas.

Grâce prévenante

La grâce prévenante (ou grâce précédente ou grâce habilitante) est un concept théologique chrétien qui désigne la grâce de Dieu dans la vie d'une personne, qui précède et prépare la conversion. Ce concept fut initialement développé par Augustin d'Hippone (354-430), fut affirmé par le concile d'Orange (529) et intégré à la théologie catholique.

Grâce suffisante et grâce efficace

la doctrine théologique de la grâce suffisante, défendue par les Jésuites, consiste à considérer la grâce divine comme donnée à tous les hommes par Dieu, selon leur libre arbitre et leurs œuvres. Elle a été développée principalement par le jésuite Luis de Molina (1536-1600) et exposée dans son ouvrage publié à Lisbonne en 1588 : De concordia liberi arbitrii cum gratiae donis, divina praescientia, providentia, praedestinatione, et reprobatione ad nonnullos primae partis divi Thomae articulos (en français : Accord du libre-arbitre avec le don de la grâce, la prescience divine, la providence, la prédestination et la réprobation...)[8].

La grâce efficace est une position théologique défendue par Augustin d'Hippone, où les hommes n'accèdent au salut et ne peuvent gagner le Paradis que si Dieu leur a accordé la grâce. Dans la Prédestination des Saints, il écrit : « la prédestination c'est la grâce ; la grâce est l'effet de la prédestination ». Qu' advient-il alors des autres ? Pour Augustin d'Hippone Dieu peut donner « l'amour de vivre en chrétien » sans donner la persévérance nécessaire à la grâce. À la question du pourquoi, Augustin d'Hippone répond : « je ne sais pas »[9]. Elle est un des cinq points du Calvinisme.

Islam

Céramique portant la bismillah. "Au nom de Dieu, le Tout miséricorde, le Miséricordieux" (Traduction Jacques Berque).

Le salafiste Umar Sulayman al-Ashqar, doyen de la Faculté de droit islamique à l'Université privée de Zarqa à Zarqa, en Jordanie, a écrit que « Le Paradis est quelque chose d'une valeur immense ; une personne ne peut le mériter en vertu de ses actes seuls, mais par la grâce et la miséricorde d'Allah[10]. Cette position est soutenue par les hadiths : selon Abu Huraira, le prophète Mahomet a dit un jour que « Nul parmi vous ne peut entrer au Paradis par ses seuls actes ... pas même moi, mais qu'Allah m'enveloppe de sa grâce et de sa miséricorde. »

Le  Coran dit « Dieu est le Possesseur d'une Grâce Infinie » et Sourate 62 (Le vendredi) - verset 4 : "Telle est la grâce de Dieu ; Il l'accorde à qui Il veut, Il est maître de la grâce insigne"[11]. La Sourate 57 (Le Fer) - verset 22 précise "Points d'accidents qui adviennent sur la terre ou en votre personne sans figurer au Livre avant que nous les suscitions - ce qui est à Dieu bien facile " Ainsi est posée la prédestination, cependant cumulée avec la responsabilité humaine[11].

la formule arabe Bi-ismi 'llāhi al-Rahmāni al-Rahīm (arabe : بِسْمِ ٱللَّٰهِ ٱلرَّحْمَٰنِ ٱلرَّحِيمِ ) « Au nom de Dieu, le Tout miséricorde, le Miséricordieux », fait partie de la basmala, qui figure au début de chaque sourate du Coran, à l’exception de la 9e, at-Tawba.

De fait, l’islam, tout comme le judaïsme, est étranger au dogme chrétien selon lequel l’être humain coupable du péché originel a absolument besoin de la grâce de Dieu. Au contraire, la théologie islamique se concentre sur la miséricorde de Dieu envers les personnes égarées.

Philosophie

Notes et références

Voir aussi

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