Grémah Boucar
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Grémah Boucar, également connu sous le nom de Grémah Boukar Koura, né le à Maïné-Soroa en Niger et mort le à Tunis[1], est un journaliste et entrepreneur de médias nigérien. Il est reconnu pour avoir fondé le groupe médiatique Anfani, ayant joué un rôle déterminant dans le développement de la radiodiffusion indépendante au Niger[2].
Carrière dans les médias
Il commence sa carrière dans les médias publics nigériens, travaillant pour la radio nationale d'État. Il est ensuite recruté parmi les tout premiers collaborateurs du service Hausa de la Voice of America (VOA), dès le lancement de ses émissions radiophoniques en [3].
Grémah Boucar commence sa carrière dans le milieu de la presse écrite et s’oriente rapidement vers les médias audiovisuels. En 1989, il fonde l’Agence Anfani, qui devient ensuite le noyau du groupe de médias Anfani[4]. Il crée le magazine Anfani en , puis la station Radio Anfani FM 100 MHz en 1994, dans le but d’offrir une information indépendante et de rompre avec le monopole de l’État sur les ondes radiophoniques[5].
Le nom « Anfani » est un terme emprunté à la langue haoussa, l'une des principales langues parlées au Niger, et signifie «utile»[3].
Dès ses débuts, Radio Anfani propose une programmation variée d'information et de divertissement, offrant également une tribune à des personnalités politiques de l'opposition, dans un contexte où celles-ci se voient refuser l'accès aux ondes publiques[3].
Dans un pays où l’analphabétisme concerne une majorité de la population, la radio demeure le principal moyen d’accès à l’information. Radio Anfani devient ainsi l’une des principales sources d’actualité nationale et internationale, notamment grâce à des partenariats avec la Voice of America, la BBC World Service et Deutsche Welle[4].
Confrontations avec le pouvoir
Après le coup d’État de janvier 1996 mené par Ibrahim Baré Maïnassara contre le président démocratiquement élu Mahamane Ousmane, Radio Anfani devient la cible d’actes d’intimidation et de répression[2].
En , les installations de la station sont vandalisées et fermées pendant un mois. En , une attaque menée par des hommes en uniforme provoque la destruction de matériel neuf d’une valeur estimée à 80 000 dollars américains. Peu après, Boucar, plusieurs journalistes et deux agents de sécurité sont arrêtés. Les autorités tentent alors de l’accuser d’avoir orchestré l’attaque afin de susciter un soutien international[2],[6].
Au cours de l’été 1998, Grémah Boucar est enlevé à son domicile et menacé de mort, avant d’être relâché[4].
Après le retour à un régime civil en 1999, le groupe Anfani consolide et étend progressivement son réseau radiophonique. Radio Anfani FM diffuse ses programmes en français, en haoussa, en djerma et dans d'autres langues régionales, élargissant son audience bien au-delà de la capitale[7].
En 2015, le groupe Anfani franchit une nouvelle étape en créant une chaîne de télévision, complétant ainsi son dispositif radio déjà établi dans plusieurs villes du pays[réf. nécessaire].
Engagement associatif et carrière politique
Parallèlement à la direction de son groupe de presse, il s'investit dans la défense collective de la liberté de la presse. Il préside l'Association nigérienne des éditeurs de la presse indépendante de 1996 à 2000, période particulièrement éprouvante pour les médias privés du Niger[8].
En 2016, il participe à la fondation du Réseau des radios et télévisions indépendantes du Niger et en assume la présidence à compter de 2018[3],[8],[9].
Il exerce également des mandats politiques. Il siège à l'Assemblée nationale du Niger de 2004 à 2009. Simultanément, il est conseiller municipal de Maïné-Soroa, sa ville natale située dans la région de Diffa, au sud-est du Niger, de 2004 à 2010. En 2021, il occupe la fonction de maire-adjoint de Maïné-Soroa[8]. Interrogé à ce sujet, il confie à la VOA que sa véritable passion demeure le journalisme[3].
Soutiens et financements
Le groupe Anfani bénéficie, entre autres, de soutiens apportés par des organisations internationales telles que le National Endowment for Democracy[10].
Hommages et héritage
La mort de Grémah Boucar le dans un hôpital de Tunis suscite de nombreux témoignages au sein de la communauté journalistique nigérienne et internationale. Aliyu Mustapha, directeur du service Hausa de la VOA, souligne quant à lui que Boucar a été un mentor pour de nombreux journalistes en formation[3].
Angela Quintal, coordinatrice du programme Afrique du Committee to Protect Journalists (CPJ), rappelle à cette occasion que la liberté de la presse reste fragile au Niger plus de vingt ans après la remise du prix à Boucar, relevant que des journalistes ont été poursuivis en vertu de la loi sur la cybercriminalité adoptée en 2019[3].
Grémah Boucar laisse derrière lui un groupe Anfani qui continue d'opérer. En , deux jours après le coup d'État militaire au Niger, des individus non identifiés s'en prennent à des équipes du groupe Anfani, dont une caméra est endommagée lors de la couverture d'une conférence de presse organisée par des femmes membres du parti du président renversé Mohamed Bazoum[11].
L'organisation Reporters sans frontières (RSF), dans son Indice mondial de la liberté de la presse 2021, avait noté une amélioration notable de la situation au Niger. Le pays se classe alors 59ᵉ sur 180 pays. RSF relève aussi des préoccupations persistantes, notamment les restrictions d'accès aux zones d'activité djihadiste et la faiblesse des revenus publicitaires pour les médias privés[3].