Guerre franco-romaine de 486
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La guerre franco-romaine de 486 opposa les Francs de Clovis Ier à un État romain réduit dirigé par Syagrius. Elle se déroula dans les provinces de Gaule lyonnaise, à l'exception de la Gaule lyonnaise I (actuelle Bourgogne), de Belgique première et de Germanie première. Ce fut la première d'une série de guerres menées par Clovis pour asseoir son hégémonie sur le territoire des Romains en Gaule. La victoire des Francs constitua une étape cruciale dans sa quête de domination.|
D'une certaine manière, ce conflit est aussi la lutte pour le pouvoir entre les fils de deux généraux romains qui jouèrent un rôle important à la fin de l'Empire romain d'Occident. Le territoire de l'ancien Empire romain d'Occident relevait alors de la juridiction de l'empereur Zénon à Constantinople, mais son autorité était minime. Les armées romaines d'Occident s'étaient largement désintégrées et les chefs de guerre locaux et les chefs barbares étaient devenus les véritables maîtres. Zénon ne disposait pas des ressources nécessaires pour imposer son autorité.
D'après les rares sources disponibles, on peut conclure que, durant la période antérieure, l'armée romaine en Gaule était commandée par Aegidius, le père de Syagrius, jusqu'à sa mort en 464 ou 465. Il était secondé par le général franc Childéric, le père de Clovis, qui exerçait les fonctions de Dux Belgica II au nord de la Somme[1] . Il recevait également le soutien d'Arbogast, comes Argentoratensis, qui défendait la frontière du Rhin près de Trèves[2].
Après la chute de l'empereur Majorien en 461, une guerre civile éclata, au cours de laquelle Aegidius s'opposa à Ricimer, qui avait élevé Libius Severus (461-465) au rang d'empereur à Ravenne. Cette guerre civile ne se solda pas par une victoire, mais par la fragmentation de l'empire en territoires autonomes. On ignore si la Gaule du Nord conserva son indépendance après la mort d'Aegidius, car Paul, chef militaire actif par la suite et mort à Angers vers 470, a probablement agi de nouveau pour le compte de l'empereur[3]. Sous Anthémius (465-472), qui succéda à Libius Severus, l'empereur d'Occident semble avoir retrouvé une plus grande autorité. Durant cette période, Childéric fut la figure la plus importante en Gaule, opérant entre la Loire et la Somme dans la dernière phase de son règne. Néanmoins, d'autres chefs de guerre devaient être pris en compte : Arbogast à Trèves, le rex Sigobert à Cologne et le rex Ragnacaire à Cambrai[4]. Dans ce contexte, Paris bénéficiait d'un statut autonome. On ignore la nature de leurs contacts avec Ricimer.
Déroulement de la guerre
Commencement
Peu après la mort du roi goth Euric (484), Clovis entrevit des occasions d'attaquer les Romains au sud de la Somme. L'évêque de Tours, Grégoire, rapporte que, lors de la cinquième année du règne de Clovis, une guerre éclata avec Syagrius. Clovis déclara la guerre à Syagrius et exigea que le champ de bataille soit choisi. Syagrius affronta alors le conflit avec courage, selon l'historien. Cependant, Grégoire ne précise pas le lieu exact de la bataille, mais la région de Soissons est généralement considérée comme le théâtre de l'affrontement.
Taille des armées
Concernant la composition et les effectifs des armées, nous sommes dans l'ignorance. L'évêque de Tours ne mentionne aucuns chiffres, mais, en se basant sur des armées comparables de la même époque, on estime que l'armée de Clovis comptait entre 6 000 et 12 000 hommes[5]. L'armée de Syagrius était similaire et se composait de soldats d'origine franque et gallo-romaine, ainsi que de bucellarii.
Bataille de Soissons
Disposant d'une armée suffisamment importante pour faire la guerre, Clovis arriva à Soisson, où résidait Syagrius. Il le défia en duel et, sur la plaine aux portes de la ville, les armées s'alignèrent. Grégoire mentionne que Cararic, un parent de Clovis, se tint à l'écart avec ses troupes sur le champ de bataille, espérant devenir un allié du vainqueur. Lors de la bataille de Soisson, l'armée de Clovis remporta la victoire. Syagrius, voyant son armée perdre, s'enfuit et se réfugia à Toulouse auprès du roi Alaric, successeur d'Euric.
Conquête de la Gaule du Nord
La fuite de Syagrius ne signifia pas que toute la région entre la Loire et la Somme tomba soudainement entre les mains de Clovis. Il dut tenir compte des autres chefs de la région et certaines villes lui ont certainement refusé l'accès. Il est clair que Trèves ne fut pas conquise sans combat. Hans Hubert Anton établit un lien direct entre l'ascension de Clovis et la chute d'Arbogast. Les historiens supposent qu'il s'est également approprié son territoire[6]. Selon lui, Arbogast s'enfuit à Chartres[7].
Mort de Syagrius
Grégoire de Tours nous apprend également que Clovis envoya des messagers à Alaric avec un ultimatum : lui livrer Syagrius sous peine de guerre. La réalité fut tout autre. Bien que Clovis eût vaincu Syagrius et conquis le nord de la Gaule, aux yeux d'Alaric, dont l'hégémonie s'étendait sur la quasi-totalité du territoire du détroit de Gibraltar à la Loire et jusqu'aux Alpes à l'est, il n'était qu'un nain politique. Le plus probable est qu'Alaric ne souhaitait pas de troubles à ses frontières lors de son intervention en Italie contre Odoacre en 490, et, selon les historiens, c'est la raison la plus probable pour laquelle il livra Syagrius à Clovis[8]. Clovis finit par faire assassiner Syagrius en secret.
Épilogue
Après sa victoire sur Syagrius, Clovis s'efforça de rallier à sa cause ses soldats vaincus, sans distinction d'origine. Procope rapporte dans son Histoire des guerres que d'importants contingents de soldats frontaliers stationnés en Gaule, coupés de Rome, refusèrent de se soumettre à Euric. Selon Wijnendaele, Clovis renforça ainsi sa réserve militaire grâce à eux et parvint à unifier les différentes factions au sein de son armée[9]. Cette armée romano-franque fut le moteur de sa conquête des provinces gauloises.