Guerre franco-tahitienne
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Convention de Jarnac
| Date | 1844-1847 |
|---|---|
| Lieu | Archipel de la Société |
| Issue |
Victoire française Convention de Jarnac |
| Changements territoriaux | Tahiti et ses dépendances demeurent un protectorat français |
Batailles
Bataille de Mahaena, Bataille de Maeva, Bataille de Punaruu, Prise de Fatahua
La guerre franco-tahitienne est un conflit militaire qui oppose, de 1844 à 1847, le royaume de France (monarchie de Juillet) au royaume de Tahiti, dirigée par la reine Pōmare IV, et ses alliés. Elle se déroule principalement sur l'île de Tahiti et dans les îles Sous-le-Vent, aujourd'hui situé en Polynésie française. Le conflit survient dans le contexte de l'expansion coloniale française dans le Pacifique et de la résistance locale à la mise en place d'un protectorat imposé en 1842.
Tahiti fut convertie au protestantisme par la London Missionary Society (LMS) au début du XIXe siècle, sous le patronage de la dynastie Pōmare. Influencée par le missionnaire britannique George Pritchard, la reine Pōmare IV expulsa les missionnaires catholiques français de son royaume en 1836, suscitant ainsi la colère de la France. Entre 1838 et 1842, le commandant de la marine française Abel Aubert du Petit-Thouars répondit aux plaintes françaises pour mauvais traitements et força la reine et les chefs tahitiens à signer un protectorat sur Tahiti. Pritchard et Pōmare IV tentèrent de résister à la domination française et de convaincre les Britanniques d'intervenir en faveur des Tahitiens. Ces efforts échouèrent et conduisirent à l'emprisonnement de Pritchard, puis à la déposition et à l'exil volontaire de Pōmare IV auprès de sa famille à Raiatea, île voisine .
De 1844 à 1847, les Français combattirent les forces tahitiennes sur l'île principale de Tahiti. Les Tahitiens, technologiquement inférieurs, ne faisaient pas le poids face aux marins français sur le terrain et s'appuyèrent donc sur leur connaissance supérieure des montagnes de l'intérieur de l'île pour mener une guérilla. Le dernier bastion indigène fut capturé fin 1846. Sur le second front, les Français tentèrent de prendre le contrôle des trois royaumes insulaires voisins des îles Sous-le-Vent. Cependant, leurs efforts furent contrecarrés par la défaite face aux forces de la reine Teriitaria II de Huahine en 1846. Les Britanniques n'intervinrent jamais directement dans le conflit, mais une pression diplomatique et des tensions importantes existaient entre les deux puissances européennes. La guerre prit fin lorsque la reine Pōmare accepta de revenir régner sous le protectorat français. La France et la Grande-Bretagne signèrent la convention de Jarnac par laquelle les deux puissances s'engageaient à respecter l'indépendance des alliés de la reine Pōmare dans les îles Sous-le-Vent. Ces actions retardèrent la fin de l'indépendance tahitienne jusque dans les années 1880.
Les îles de la Société sont constituées des îles Sous-le-Vent, au nord-ouest, et des îles du Vent, au sud-est.
Les îles du Vent incluent Tahiti, Moorea, Mehetia, Tetiaroa et Maiao. D'un point de vue politique, avant l'époque du protectorat français, le royaume de Tahiti (fondé en 1788) était constitué de la totalité des îles du Vent, à l'exception de Maiao. Il disposait également d'une souveraineté symbolique sur les îles Tuamotu, plus lointaines, ainsi qu'une partie des îles australes.
Vers la même époque, les îles Sous-le-Vent étaient composées, pour leur part, de trois royaumes : le royaume de Huahine, auquel était rattaché Maiao (malgré son appartenance géographique aux îles du Vent) ; le royaume de Raiatea-Taha'a et le royaume de Bora Bora, auquel étaient rattachés Maupiti, Tupai, Maupihaa, Motu One et Manuae[1].
Sur le plan religieux, Tahiti a été convertie au christianisme protestant par la London Missionary Society au début du XIXe siècle. Les missionnaires contribuent à cette époque à bâtir et à consolider le règne de la dynastie des Pomare sur Tahiti et Moorea, plaquant un système monarchiste à l'européenne largement importé sur les structures de pouvoir autochtones tahitiennes[2].
Pōmare II, le premier roi tahitien à se convertir au Christianisme, présidait le hau ipahu rahi (« le gouvernement du grand tambour »[3],[4]) ou hau feti'i ("gouvernement de la famille"[5]), termes qui désignent un réseau d'alliances traditionnelles entre les familles dirigeantes des îles de la Société. Sous son règne, et avec le concours des missionnaires, le protestantisme devient la religion officielle et majoritaire du royaume et des îles environnantes.
Lorsque le [6] Pōmare II meurt, son fils Pōmare III n’a qu’un an. Son oncle et les religieux assurent alors la régence, jusqu’au [6], date à laquelle les missionnaires procèdent à son couronnement, cérémonie inédite à Tahiti. Profitant de la faiblesse des Pomare, les chefs locaux récupèrent une partie de leur pouvoir et prennent le titre héréditaire de « Ta’vana » (issu de l’anglais governor). Les missionnaires en profitent aussi pour modifier l’organisation des pouvoirs, et rapprocher la monarchie royale tahitienne d’une monarchie constitutionnelle sur le modèle anglais. Ils créent ainsi l’assemblée législative tahitienne qui siège pour la première fois le [6].

En 1827, le jeune Pōmare III meurt subitement, et c’est sa demi-sœur, ’Aimata, âgée de 13 ans, qui prend le titre de Pōmare IV[6]. Le pasteur de la Société Missionnaire de Londres et consul d'Angleterre George Pritchard devient son principal conseiller. Mais l’autorité de la reine est contestée par les chefs, qui ont reconquis une part importante de leurs prérogatives depuis la mort de Pōmare II. Le pouvoir des Pōmare est devenu plus symbolique que réel, et à plusieurs reprises la reine Pōmare demande en vain le protectorat du Royaume-Uni[6].

Dans les années 1830, les intérêts navals de la France se font de plus en plus pressants et mènent à toujours plus de tensions avec les chefs autochtones placés dans le giron britannique. En 1834, une mission catholique française (ordre des Pères de Picpus) s'implante aux îles Gambier. En 1836, la mission atteint Tahiti et Pōmare IV exige leur retrait en vertu des lois tahitiennes qui doivent encore statuer sur l'approbation du prêche du catholicisme. En parallèle, George Pritchard convainc le gouvernement américain de retirer Jacques-Antoine Moerenhout de sa mission. Celui-ci est invité à servir au consulat des Français[7]. À cette époque se développe une politique française dans le Pacifique, dans le but de limiter l'extension de la domination britannique, installée en Australie et qui prend le contrôle de la Nouvelle-Zélande en 1840.
Sous l'influence du consul Pritchard , la reine Pōmare IV expulse alors deux missionnaires catholiques français de l'archipel dans le but de maintenir la dominance du protestantisme[8]. Le consul français à Tahiti, Jacques-Antoine Moerenhout, crie à l'affront et fait parvenir une plainte à la puissance impériale française[9]. En réaction, la France envoie en 1838 l’amiral Abel Aubert du Petit-Thouars pour enquêter sur le traitement et les raisons de l'expulsion des prêtres français et s'assurer de la sécurité des résidents français sur l'île. Jacques-Antoine Moerenhout relève une série d'abus à l'encontre des Français, sur laquelle l'amiral s'appuie pour exiger réparation. Ce dernier contraint le gouvernement indigène à payer une indemnité à la France et à signer avec elle un traité d'amitié censé faire respecter les droits des sujets français de l'archipel, y compris ceux de tout futur missionnaire catholique.

En 1841, Cyrille Pierre Théodore Laplace arrive sur l'île et organise avec Jacques-Antoine Moerenhout la signature d'un traité abrogeant les lois d'interdiction de pratique du catholicisme. Ils profitent de l'absence de Pōmare IV, en train de donner naissance sur l'île de Moorea, et de George Pritchard pour convaincre les chefs et juges du droit polynésien. Ces derniers acceptent de signer un document de protectorat français. Lorsqu'elle en prend connaissance, Pōmare IV dénonce l'irrecevabilité du document, provoquant le retour en 1842 de l'amiral Petit-Thouars, qui prétend que les Tahitiens n'ont pas respecté le traité et force alors les chefs tahitiens, de même que la reine Pōmare IV, à signer sous la menace d'un bombardement naval, une demande de protection auprès de la France, demande qui est envoyée par la suite en Europe pour être formellement ratifiée[10],[11],[12],[13].




