Gustave Dugat
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| Naissance |
Orange |
|---|---|
| Décès |
(à 70 ans) Pontevès |
| Nationalité | française |
| Profession | Orientaliste (d) |
|---|---|
| Approche | Orientalisme arabe |
| Distinctions | Chevalier de la Légion d'honneur |
Gustave Henri Dugat, né à Orange le [1] et mort à Pontevès le [2], est un orientaliste et haut fonctionnaire français. Il est le promoteur de l’orientalisme arabe.
Gustave Dugat est le fils d’Henri Dugat, maire d’Orange, sous-préfet d’Orange, puis inspecteur général des prisons à Paris, et de Rose Fayolle. Il est l’époux d’Élisabeth Amic, originaire de Barjols[3], dont il a un fils, Henri Dugat[4],[Note 1].
En 1844, il s’initie à l’arabe en Algérie, lorsqu’il accompagne son père qui est chargé de faire un état des lieux du système pénitentiaire[5]. De 1844 à 1848, il effectue ses études à l’École nationale des langues orientales vivantes, en arabe[Note 2], mais aussi en turc et en persan[6]. Après l’obtention de son diplôme, faute d’obtenir une chaire, il marche sur les traces de son père au ministère de l’Intérieur, jusqu’à devenir après lui inspecteur-général des prisons[7]. Il poursuit cependant ses travaux savants. Membre de la Société asiatique en 1848, il traduit des lettres envoyées par les maronites du mont-Liban et plusieurs extraits du Roman d’Antâr. Il est également membre de la Société orientale de France et de la Société historique algérienne.
Républicain convaincu[8], il milite en 1848 pour une réforme de l’École nationale des langues orientales et, candidat à un poste de répétiteur d’arabe vulgaire, propose d’y donner des cours d’histoire et de géographie (il n’y inaugurera cet enseignement qu’en 1872). C’est sans plus de succès qu’il appelle, en 1855, à créer des chaires d’arabe dans les lycées parisiens et dans l’ensemble des facultés de lettres[9]. Sous le Second Empire, il participe à la vulgarisation des connaissances sur le monde musulman et se fait le promoteur d’une politique de généralisation de l’instruction en arabe et en français en Algérie. Appelant à la collaboration des orientalistes et des lettrés orientaux, il fait connaître la production arabe contemporaine en éditant et traduisant Fârès Echchidiâk (Poème arabe en l’honneur du bey de Tunis, 1851) et en collaborant avec lui à une Grammaire française à l’usage des arabes d’Algérie (1854)[10].

En 1858, avec l’accord d'Abdelkader, il publie une traduction de son livre Rappel à l’intelligent, avis à l’indifférent qui met à disposition du large public le texte que l’émir en exil avait adressé à Joseph Toussaint Reinaud. Il utilise des termes modernes pour traduire une pensée qui témoigne de la possible conjonction entre les valeurs de l’islam et le sens du progrès[11]. En 1861, il devient membre de la Société d'ethnographie (section orientale)[12]. En 1872, il est officiellement chargé d’un cours complémentaire d’histoire, de géographie et de législation des États musulmans à l’École des langues orientales vivantes[13],[14]. En 1873, il participe au premier Congrès international des orientalistes qui se tient à la Sorbonne[15].
Biographe de Laurent de l’Ardèche (1879), proche des saint-simoniens, ami d’Henri Fournel dont il aide la publication posthume du second volume des Berbers, étude sur la conquête de l’Afrique par les Arabes, d’après les textes imprimés (1881), il appelle les orientalistes d’Europe à surmonter leurs querelles intestines et à former une famille soudée. Il œuvre au renforcement de leur identité collective en choisissant d’inaugurer par une galerie des contemporains son Histoire des orientalistes de l’Europe du XIIe au XIXe siècle (2 tomes, 1868 et 1870). Son Histoire des philosophes et des théologiens musulmans (de 632 à 1258 de J.-C.). Scènes de la vie religieuse en Orient (1878), reprend un mémoire composé en réponse à une série de questions posées par l’Académie des inscriptions et belles-lettres sur la lutte entre les écoles sous les Abbassides et les causes de la ruine de la philosophie. Il s’y fait l’apôtre d’un socialisme d’inspiration chrétienne – il voit dans le soufisme une expression protestataire contre les classes privilégiées – et considère que l’héritage musulman doit faire partie intégrante de la future religion universelle qu’il voit se profiler[16].

En 1883, il prend sa retraite du ministère de l’Intérieur. En 1887, il cesse d’assurer son enseignement aux Langues orientales et il se retire dans son domaine de Calissanne à Pontevès[17]. Il fait mettre en vente sa bibliothèque orientale dont le catalogue comporte 690 titres[18]. Il meurt à Pontevès[Note 3] et est inhumé au côté de son épouse au cimetière de Barjols. Sur son monument funéraire (obélisque) on peut lire l'inscription « Tombeau de Gustave Dugat, célèbre orientaliste, vécut du au , et de sa famille Dugat-Amic de Calissanne ».
Publications
- 1848 : Antâr en Perse, ou les chamelles Açâfîr (traduit de l’arabe), Journal asiatique.
- 1850 : Des colonies agricoles établies en France et en Algérie, en faveur des enfants trouvés et abandonnés, orphelins et pauvres, éditions Lépine.
- 1850 : Poésie arabes. Essai de traduction en vers français de Maouals et autres pièces inédites, Imprimerie nationale.
- 1850 : Des Colonies agricoles établies en France en faveur des jeunes détenus, enfants trouvés, pauvres, orphelins et abandonnés, précis historique et statistique (avec Jules de Lamarque), imprimerie de Rignoux.
- 1851 : Poème arabe en l'honneur du bey de Tunis, par M. Farès Ecchidiaq, traduit en vers français et accompagné de notes, imprimerie Bineteau.
- 1853 : Études sur le traité de médecine d'Abou Djáfar Ah'mad, intitulé : Zad al-Moçafir, la provision du voyageur, Imprimerie impériale.
- 1853 : Le Roi Nomân, ses jours de bien et ses jours de mal, extrait du roman d'Antâr, traduit de l'arabe et accompagné de notes, Imprimerie impériale.
- 1854 : Grammaire française à l'usage des Arabes de l'Algérie, de Tunis, du Maroc, de l'Égypte et de la Syrie (avec le cheikh Fârès Echchidiâk), Imprimerie impériale.
- 1855 : L'orientalisme rendu classique en France, éditions Just Rouvier.
- 1855 : Analectes sur l'histoire et la littérature des Arabes d'Espagne, par Al-Makkari, esquisse et extraits de cet ouvrage, éditions Just Rouvier.
- 1856 : Observations sur les "Mémoires d'histoire orientale", de M. Ch. Defrémery, et sur le "Dictionnaire des vêtements arabes", de M. R. Dozy, Imprimerie impériale.
- 1857 : Essai de rhythmique française, par J.-A. Ducondut, éditions Michel Lévy.
- 1858 : Le livre d'Abd-el-Kader : Rappel à l'intelligent, avis à l'indifférent. Considérations philosophiques, religieuses, historiques, éditions Benjamin Duprat.
- 1868 : Histoire des orientalistes de l'Europe, du XIIe au XIXe siècle, éditions Maisonneuve et Cie.
- 1873 : Cours complémentaire de géographie, histoire et législation des Etats musulmans à l'École spéciale des langues orientales vivantes, éditions Maisonneuve et Cie.
- 1877 : Notice biographique sur Henri Fournel, ingénieur en chef des mines, éditions Gauthier-Villars.
- 1878 : Histoire des philosophes et des théologiens musulmans (de 632 à 1258 de J.-C.), scènes de la vie religieuse en Orient, éditions Maisonneuve et Cie.
- 1879 : Laurent de l'Ardèche, ancien membre des Assemblées constituante et législative (1848-1849) : sa vie et son œuvre, Imprimerie administrative de Paul Dupont.