Géotope

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Vue du Mont Uluru (Ayers Rock) avec le Kata Tjuta (l'Olgas) en arrière-plan, patrimoine géologique, écologique et esthétique exceptionnel.
Coupe géologique simplifiée présentant le Mont Uluru et le Kata Tjuta.
Le mont Uluru est aussi un site sacré pour les aborigènes (ici : peintures rupestres)

Les termes géotope, géosite, géodiversité, géoconservation et géotourisme sont progressivement forgés à l'image de ceux déjà familiers pour le grand public et qui sont construits avec le préfixe bio. Au cours des années 1990, le patrimoine géologique fait son apparition au sein de la sphère patrimoniale et en particulier au sein du Patrimoine naturel.

La première acception, adoptée par la communauté des géoscientifiques est assez restrictive. Selon André Strasser[1] (professeur de géosciences à l'Université de Fribourg), les géotopes sont des « portions de la géosphère délimitées dans l'espace et d'une importance géologique, géomorphologique ou géotectonique particulière. Ils sont des témoins importants de l'histoire de la Terre et donnent un aperçu de l'évolution du paysage et du climat ».

Les géotopes sont des formes du relief, ayant une valeur scientifique (relativement à l'histoire de la planète, au patrimoine géologique, aux grands paysages souterrains, au patrimoine commun de l’humanité...) et ayant parfois une valeur culturelle particulière[2].

À cette première définition, des scientifiques italiens apportent un élargissement par une approche plus culturelle. Mario Panizza et Sandra Piacente, de l'université de Modène, retiennent eux la définition suivante : « Tout objet géologique présentant une certaine valeur, qu'elle soit scientifique, historico-culturelle, esthétique, ou socio-économique ».

La dénomination de géotope suscite quelques réserves car elle n'a aucun rapport avec le patrimoine géomorphologique et géologique dans son sens premier. Ce terme désigne en effet la plus petite unité spatiale sur laquelle peuvent être étudiés des flux de matière et d'énergie. Ce succès tient en grande partie au fait qu'il constitue un pendant au concept de biotope[3].

Diversité des géotopes

Potentiellement, les géotopes se décomposent en autant d'objets géologiques qu'il y a de disciplines au sein des géosciences. Il existe, par exemplen des géotopes :

mais aussi des géotopes qui appartiennent à l'imaginaire culturel de chaque civilisation, par exemple :

Certains géotopes combinent plusieurs de ces intérêts. Ainsi, le mont Uluru en Australie combine un intérêt géoscientifique (c'est la partie émergée et qui a résisté à l'érosion d'un synclinal), géoécologique (car il abrite une faune et une flore très particulière) mais également religieux (pour ses peintures rupestres et les croyances qui lui sont associées) et bien sûr esthétique.

Il existe ainsi des géotopes naturels (ex: un site fossilifère) ou artificiels (une mine, une carrière), des géotopes ponctuels (un bloc erratique) ou d'une superficie plus importante (une vallée glaciaire), des géotopes passifs (un stratotype) ou actifs (un glissement de terrain), etc.

Évaluation

Elle est nécessairement pluridisciplinaire, faisant notamment intervenir la géomorphologie, la géologie, la spéléologie, l’écologie, l'histoire des sciences et éventuellement l’ethnologie et les sciences sociales.

Méthodologie

Le plus souvent, la détermination des sites remarquables s'effectue de façon empirique et subjective. Ainsi la connaissance des terrains, s'appuie-t-elle sur des études qui ne visent pas a priori l'évaluation de leurs singularités géologiques et géomorphologiques. Charge alors à l'expert d'en extraire les caractéristiques importantes. Des listes sont alors proposées collégialement et les experts sont parfois sollicités ultérieurement par les décideurs pour éclairer la prise de décision.

Une autre méthode, comme celle suivie par l'université de Fribourg, consiste à ranger par ordre (dé)croissant les sites d'une liste de sites sur la base des critères pondérés statistiquement. L'expert livre alors aux décideurs un outil d'aide à la décision utilisable en l'état par ces derniers.

Face au limites des deux méthodes précédentes, la première éminemment subjective et la seconde contestable du fait du choix partial des critères de cotation et de leur pondération, Frédéric BF Joly (2000) suggère d'évaluer l'intérêt d'un site par rapport à son potentiel d'expressivité théorique ; c'est le "principe de géocomplexité". L'idée s'appuie sur le principe de potentialité développé par Werner Heisenberg dans Physics and Philosophy: The Revolution in Modern Science. En géomorphologie, cette approche permet d'évaluer la dynamique d'un site et de s'affranchir de l'emploi d'un chiffre, trop restrictif, pour en déterminer l'intérêt.

Inventaires

Des inventaires, à différentes échelles, parfois hiérarchisés (Grandgirard 1997, Panizza & Piacente 1993, Coratza & Giusti 2005) sont faits dans un nombre croissant de pays, sur des principes cartographiques encore non standardisés (Carton et al. 2005).

En France

Un Inventaire national du patrimoine géologique (INPG) a officiellement été lancé en 2007 par l'État (à travers le Ministère chargé de l'écologie). Sa méthodologie a été discutée et testée par la Conférence permanente du patrimoine géologique (CPPG), instance de réflexion créée et présidée par la Direction de la nature et des paysages (DNP) du Ministère chargé de l'écologie et rassemblant le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l'association Réserves naturelles de France (RNF), les Musées de France, la Société géologique de France (SGF) et la Fédération française amateur de minéralogie et de paléontologie (FFAMP).

Une méthodologie commune[5],[6] contribue à la cohérence des inventaires régionaux entre eux.

La loi du relative à la démocratie de proximité, dit que l'État assure la conception, l'animation et l'évaluation de l'inventaire du patrimoine naturel qui comprend les richesses écologiques, faunistiques, floristiques, géologiques, minéralogiques et paléontologiques de la France.

Des inventaires régionaux sont en cours ou ont été faits, par exemple[7],[8], avec le soutien de la DIREN (devenue DREAL) et du Conseil régional, par le Conservatoire des sites dans le Nord/Pas-de-Calais, avec une validation par le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel.

Le décret no 2015-1787 du relatif à la protection des sites d'intérêt géologique instaure un nouvel outil réglementaire pour les préfets : l'Arrêté préfectoral de protection de géotope.

En Allemagne

Le recensement a été effectué sur la base d'un concours organisé entre 2004 et 2006 par l’Académie des Sciences de la Terre de Hanovre (AGH) et a déterminé ainsi 77 géotopes significatifs. Il s'agissait, par la même occasion, de déterminer des sites candidats au label « Patrimoine mondial de l'UNESCO ». Les sites proposés devaient constituer un « phénomène naturel extraordinaire » (außergewöhnlicher natürlicher Ausprägung), présenter un caractère de permanence et faire l'objet d'une documentation accessible au public. Il pouvait s'agir d'objets particuliers, de collections tout aussi bien que de paysages.

Des 180 propositions reçues, la commission d'experts en retint 77. Les nominations furent prononcées le au parlement régional (de) de Hanovre ; c’est le Ministère fédéral de l'Éducation et de la Recherche (Allemagne) qui a délivré aux différents sites le label de géotope national ainsi que le label planeterde. Un livret explicatif a été édité pour l'occasion.

Trois des géotopes élus (le site fossilifère de Messel, les mines du Rammelsberg et la vallée du Haut-Rhin moyen) sont désormais enregistrés au Patrimoine mondial de l'UNESCO ; le site de Messel est pour l'instant le seul site naturel retenu en Allemagne, les deux autres sites étant des patrimoines culturels. La commission a cependant émis six autres propositions à l'UNESCO : la littoral des Wadden, les falaises de Jasmund, la Bastei et les Monts gréseux de l’Elbe, la collection de fossiles de Holzmaden, l’astroblème de Ries avec la dépression de Steinheim, enfin la vallée de l’Altmühl et le calcaire lithographique de Solnhofen.

Liste des géotopes allemands. - Les géotopes officiels sont classés par Land ci-après, dans l'ordre de la liste officielle de l’Académie de Hanovre.

Schleswig-Holstein :

Basse-Saxe :

Mecklembourg-Poméranie occidentale :

Brandebourg :

Saxe-Anhalt :

Rhénanie du Nord-Westphalie :

Hesse :

Thuringe :

Saxe :

Rhénanie-Palatinat :

Sarre :

Bade-Wurtemberg :

Bavière :

Représentation cartographique

Les géotopes sont habituellement représentés par un signe ponctuel (point, triangle...) ou d’un graphique figuratif sur une carte d’ensemble. Leur cartographie doit permettre de produire ou croiser des informations immédiates ou plus complexe sur le géotope, son insertion dans l'espace et le temps. On utilise les symboles classiques de la cartographie géomorphologique, mais ils ne suffisent généralement pas à en décrire tous les aspects.

Menaces

Le groupe de travail pour la protection des géotopes en Suisse estime qu'ils sont à protéger des actions qui portent préjudice à leur contenu, leur structure, leur forme ou leur future évolution naturelle[1].

Protection

Vulgarisation et médiatisation du concept de Géotope

Voir aussi

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