Hala Moughanie
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Hala Moughanie est une dramaturge et romancière libanaise. Elle est aussi consultante indépendante spécialisée en politiques publiques et médiation de conflits. Ses écrits sont couronnés de nombreux prix, dont le Prix France-Liban pour son roman Les Bestioles (2025) et le Prix Actes Sud-La Colline (2022) pour l'ensemble de son écriture théâtrale.
Hala Moughanie naît en 1980 à Beyrouth[1]. De 1990 à 2003, elle vit à Paris et fait des études de littérature à la Sorbonne. En 2003, elle retourne au Liban où elle enseigne et travaille comme journaliste, notamment pour L'Hebdo Magazine et des revues comme Confluences Méditerranée et La Pensée de Midi[2],[3]. Elle se passionne pour le travail de mémoire dans une société post-guerre. Durant le conflit de , qui a opposé le Liban et Israël, Hala Moughanie s'engage dans l'humanitaire. Elle travaillera, par la suite, dans des organismes de coopération internationale avant de se lancer dans la consultance indépendante[4].
Son travail d'écriture s'intéresse, entre autres, « à l’impossible travail de mémoire dans un pays en reconstruction, mais où les stigmates de la guerre sont encore visibles. »[5]. Ses textes s’attachent à questionner les systèmes de violence et de domination en décortiquant la manière dont l’individu articule sa relation à l’autre, aux territoires habités et à la mémoire de l’histoire. Dans des textes où l’absurdité naît de la friction entre les réels et les imaginaires, elle cherche à aborder la langue de manière neuve, de l’extraire de ses usages formels, afin que les mots se ressaisissent et permettent de (re)penser nos attaches politiques et poétiques avec le monde.
Écrivaine engagée, elle prend la parole à de nombreuses reprises pour proposer de nouvelles pistes de réflexion sur son pays et le monde[6],[7].
Bibliographie
Romans
Les Bestioles
Le second roman de Hala Moughanie raconte l'explosion du port de Beyrouth, le à travers le regard d'un narrateur, abasourdi et blessé , qui découvre sa ville dévastée. Alors que la population tente de s'organiser, ses pensées s'entrechoquent : malgré la version officielle d'un accident, il est convaincu d'avoir entendu des avions survoler son quartier, ces grosses bestioles qui lui tordent les entrailles. Pour lui, le monde entier complote contre le Liban. Car d'autres bestioles, plus anciennes, vrombissent aussi dans sa tête : bribes éparses de la douceur de sa femme, et flashs d'un passé fratricide qui lui colle à la peau. Il a été publié aux Éditions Elyzad en 2025[8].
Il faut revenir
Le premier roman de Hala Moughanie raconte l'histoire de Lila qui, portée par l’espérance, rentre au Liban au début des années 2000, après des années d’exil. Elle aime, rêve et dérive, entre autres auprès du mystérieux Ibrahim, antiquaire et pygmalion approximatif. Devenue journaliste, elle tâtonne. De paysage en paysage. Entre un attentat et une manifestation. Entre la beauté époustouflante d’une terre millénaire et l’absurdité destructrice du quotidien. Dans ses périples immobiles, elle est rejointe par sa sœur aveugle, Rim, pythie urbaine en quête de sacré sur cette terre détruite. À deux, elles incarnent les paradoxes du désespoir autant que les désirs de se réinventer un chez-soi : le Liban n’est-il pas le pays de tous les (im)possibles, un territoire qui n’obéit à aucune règle ? Dans une langue chirurgicale, d’une douce poésie mêlée d’humour féroce, Hala Moughanie fait plus que jamais vivre une terre qui n’en finit pas d’être incomprise, mais qui stupéfie par sa capacité d’évocation[9].
Pièces de théâtre
Tais-toi et creuse
Tais-toi et creuse est le premier texte écrit par Hala Moughanie pour le théâtre. Le récit tire son inspiration des évènements observés en , résonnant avec les souvenirs personnels de l'auteure, ayant vécu la guerre civile libanaise dans son enfance. Au cœur de cette pièce, une famille composée d'un père, d'une mère et d'un fils fouillent dans un trou créé par une bombe dans une décharge. Leur quête est interrompue par l'arrivée de deux représentants de l'ordre, déclenchant ainsi une lutte complexe pour le pouvoir et le désir, où se mêlent aspirations individuelles et collectives, angoisses et réalités intérieures[10].
Tais-toi et creuse reçoit en le prix RFI Théâtre lors du 32e Festival des Francophonies en Limousin[10]. Elle ouvre en juillet l'année suivante le nouveau cycle de lectures « Ça va, ça va le monde ! » de RFI au Festival d’Avignon. Le texte est lu par Clémentine Célarié, François Clavier, Pierre Verplancken, Jean-Benoît Ugeux et Vincent Lécuyer, sous la direction et la mise en scène d'Armel Roussel[4].
La mer est ma nation
Dans La mer est ma nation, écrit en 2017, Hala Moughanie explore la thématique « de l’exil et du déracinement ainsi que leur pendant qu’est l’(illusoire) appropriation de espace »[11]. Elle met en scène un couple qui vit dans une ville envahie par les déchets et où arrivent deux femmes fuyant la guerre.
La mer est ma nation est présentée à La Filature – Scène nationale Mulhouse en et aux Francophonies de Limoges en [5]. La pièce est lauréate du Prix du quartier des auteurs du Tarmac 2018 et a reçu l’aide à la création d’Artcena[12].
Memento
Un étranger arrive sur une place de village. Il doit y acquérir un terrain qu’il prévoit de transformer en rizière ; mais le vendeur tarde à arriver. En attendant, sur cette place où la végétation meurt sans explication, il discute avec celle qu’il croit être la gardienne des lieux. Femme rebelle à la langue énigmatique, celle-ci entretient avec la terre un lien organique – incompatible avec le projet de l’étranger – et qu’il lui faudra transmettre. Cette fable tellurique propose une possibilité de rencontre entre deux êtres qui s’opposent, par la reconnaissance de l’autre comme élément aléatoire mais précieux du monde et de la terre comme hôte de l’humanité.
Memento a bénéficié d'une création radiophonique de RFI dans le cadre de Ça va, ça va le monde [13]!, partiellement mise en scène dans le cadre du spectacle Fissures de Marc Agbedjidji, aux Francophonies – Des écritures à la scène, en [14].
Le Ruban
Au lendemain du cessez-le-feu, les ministres se rendent compte que l'inauguration du musée d'art moderne s'est faite en douce, durant la guerre et sans célébration officielle. Alors que le pays est meurtri et encore sous attaque, une réunion d'urgence se tient pour régler cette situation. Le Ruban est une réflexion sur le rôle de l'art durant les temps sombres. Ecrit dans la foulée de la guerre menée par Israël contre le Liban à l'automne 2024, Le Ruban a été créé en version radiophonique par RFI au Festival d'Avignon en [15].
Distinctions
- 2025 - Prix France-Liban pour son roman Les Bestioles[16]
- 2022 - prix littéraire Actes Sud / La Colline pour la totalité de ses écrits de théâtre[17].
- Tais-toi et Creuse: Prix Théâtre RFI 2015[10], primé par l’aide à la création d'ArtCena et le Cross-Channel Theater en 2017.
- La mer est ma nation: Lauréat du Prix du quartier des auteurs du Tarmac 2018 et primé par l’aide à la création d’ArtCena.