Hartmann Lauterbacher
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Député du Reichstag | |
|---|---|
| à partir de |
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nationalités | |
| Domicile | |
| Activités |
Droguiste (à partir de ), Gauleiter (à partir de ), haut président (à partir d'), agent de renseignement (- |
| Parti politique | |
|---|---|
| Membre de |
Jeunesses hitlériennes (- Schutzstaffel (- Organisation Gehlen () Service fédéral de renseignement (jusqu'en ) |
| Personnes liées |
Hartmann Lauterbacher, né le à Reutte, (Autriche-Hongrie) et mort le à Seeon-Seebruck, fut chef d'état-major et chef adjoint des Jeunesses hitlériennes, Gauleiter de Hanovre-Brunswick (de), président de la province de Hanovre et SS-Obergruppenführer. À partir de 1950, il travailla pour l'Organisation Gehlen, puis pour le Service fédéral de renseignement jusqu'en 1965.
D'après son autobiographie, Lauterbacher était issu d'une famille nationaliste allemande de Salzbourg. Son oncle et son père avaient tous deux adhéré à la Ligue pangermanique de Georg von Schönerer[1].
Fils d'un vétérinaire austro-hongrois, Lauterbacher fréquenta l'école primaire puis le lycée réformé de Kufstein (de), avant de suivre une formation de pharmacien.
Dans les Jeunesses hitlériennes (HJ) et le parti nazi
Lauterbacher adhère au parti nazi alors qu'il est encore lycéen. En 1923, à l'âge de 14 ans, il fonde à Kufstein la première section locale des Jeunesses allemandes en Autriche et organise une cérémonie commémorative en l'honneur d'Albert Leo Schlageter[2]. En 1925, il prend la direction des Jeunesses allemandes qu'il transforme en Jeunesses hitlériennes en 1927. Selon son autobiographie, il rencontre Adolf Hitler pour la première fois le à Rosenheim, alors qu'il avait 16 ans[1]. D'après une autre source, il fut invité à la fête d'anniversaire d'Hitler le [3]. En 1927, Lauterbacher se rend à Brunswick pour suivre une formation à l'Académie des pharmaciens[4]. Le , il adhére au parti nazi (numéro de membre 81 603)[5],[6]. À partir de 1929, il développe les Jeunesses hitlériennes du Gau de Hanovre-Brunswick, dont il devient le chef à plein temps dès 1930. En 1932, il a établi 31 unités, soit 93 sections, dans les dix districts des HJ de Basse-Saxe[7]. Le nombre de membres des Jeunesses hitlériennes dans le Gau passe de 98 à 2 500 entre et fin 1931, pour atteindre 4 000 en 1932. Son talent d'organisateur lui permet de gravir rapidement les échelons. En 1932, il devient chef régional des HJ pour la Westphalie-Bas-Rhin, en 1933 chef régional pour l'Ouest, et en 1934 chef d'état-major des HJ et adjoint du chef des Jeunesses hitlériennes du Reich, Baldur von Schirach. En 1935, Joseph Goebbels est son témoin.
Lauterbacher est père de trois enfants.
Voyage à l'étranger
Durant cette période, Lauterbacher effectue de nombreux voyages à l'étranger, notamment aux Pays-Bas, en Belgique, en Roumanie, en Hongrie, au Portugal et en Espagne. En Italie, en 1934, il rencontra des responsables de l'Opera Nazionale Balilla, organisation fasciste qui servit de modèle aux Jeunesses hitlériennes, et découvre également l'académie de l'ONB. S'inspirant de ce modèle, l'Académie de formation des jeunes dirigeants est rapidement créée à Brunswick, où sont formés les futurs responsables des Jeunesses hitlériennes. En 1937, Lauterbacher dirige la délégation qui envoie l'ensemble des dirigeants des Jeunesses hitlériennes à l'Exposition universelle de Paris. La même année, il se rend en Grande-Bretagne et visite le prestigieux Collège d'Eton ainsi que l'académie militaire d'Aldershot. Le point culminant de ce voyage est sa rencontre avec Robert Baden-Powell, fondateur du scoutisme. À son retour d'Angleterre, Lauterbacher participe à la fondation du programme Foi et Beauté (de) de la Fédération des filles allemandes dans la jeunesse hitlérienne (de) (BDM) destiné aux jeunes filles de 17 à 21 ans.
Carrière sous la dictature hitlérienne
Au cours des années suivantes, Lauterbacher occupe de nombreux postes et fonctions. En 1936, lors des élections où les électeurs ne peuvent voter que pour une liste unique de candidats du parti nazi, il devint député au Reichstag. En 1937, il est nommé conseiller ministériel prussien.
En 1940, il est admis dans la SS (matricule SS 382 406) avec le grade honorifique de Brigadeführer, promu Gruppenführer en , puis, fin , il accède au grade honorifique d'Obergruppenführer[8]. En , comme c'était l'usage pour les dirigeants du parti à l'époque, Lauterbacher est appelé sous les drapeaux pour un court service militaire au sein de la Leibstandarte SS Adolf Hitler. Durant cette période, il est victime d'un accident de voiture qui lui laisse une blessure permanente au genou.
En , Lauterbacher quitte la direction des Jeunesses hitlériennes et devint initialement Gauleiter adjoint de Hanovre-Brunswick (de). En , il est promu Gauleiter et nommé plénipotentiaire pour le déploiement du travail. Son prédécesseur à la tête de ce Gau est Bernhard Rust, ministre de l'Éducation du Reich depuis 1934 et donc peu présent à Hanovre. Lauterbacher a 31 ans, ce qui fait de lui le plus jeune Gauleiter nazi. La même année, il reçoit le titre de chef honoraire de l'Académie de formation des jeunes dirigeants de Brunswick.
En , Lauterbacher devint conseiller d'État prussien, et en , il devint haut président de la province prussienne de Hanovre, succédant au chef d'état-major de la SA, Viktor Lutze. En 1942, il est nommé commissaire à la défense du Reich pour le Gau.
Actions
En , en tant que Gauleiter, il ordonne la ghettoïsation des Juifs de Hanovre. Environ 1 200 Juifs sont expulsés de leurs foyers et logés dans des conditions de vie catastrophiques dans 15 « maisons juives »[9]. Cette opération préfigure la déportation des Juifs de Hanovre vers les camps d'extermination, qui débuta en [10].
Durant la guerre, il se distingue comme un national-socialiste fanatique. Le , quelques jours avant l'arrivée des troupes américaines à Hanovre, le Quotidien de Brunswick (de) fait paraître sous le titre Lieber tot als Sklav! (Plutôt mort qu'esclave !) son discours de la veille à la radio enjoignant de ne pas se rendre : « Toutes nos ressources et tous nos moyens seront mis en œuvre sans pitié pour protéger notre terre de Basse-Saxe, nos femmes et ce que nous avons de plus précieux, nos enfants, de l'assaut des Américains et des Juifs, des Noirs, des voyous et des gangsters qui les suivent. Quiconque n'est pas avec nous dans cette entreprise, ou qui, lâchement ou par trahison, lève la main contre notre juste cause, quiconque hisse le drapeau blanc et se rend sans combattre, mourra. »
Il se rend ensuite à Hahnenklee, dans le massif du Harz, où il établit sa résidence officielle à l'hôtel Tannhäuser. Le dimanche , Lauterbacher apparaît une nouvelle fois à Hanovre, capitale du Gau, pour appeler de nouveau - par le biais d'une allocution radiophonique - la population à ne pas se rendre. Il déclare que l'autorité militaire reste entre ses mains et celles de son adjoint, le chef de district Heinz Deinert (de) [11]. Il fait ensuite charger sa voiture de 1,78 million de cigarettes Reemtsma et, déguisé en représentant commercial, il s'enfuit à Hahnenklee, dans le massif du Harz. De là, il poursuit sa fuite vers le sud. Il aurait vécu la fin de la guerre à Bad Gastein, près de Salzbourg[12]. Le , le Neue Hannoversche Kurier (de) annonce qu'un commando britannique l'a arrêté en Carinthie.
Après guerre
Lors du procès de Nuremberg, l'ancien chef adjoint de la jeunesse du Reich témoigne pour la défense de son ancien patron, Baldur von Schirach[13].
Il est interné jusqu'en 1948. La justice engage huit poursuites contre lui, notamment pour crimes contre l'humanité. Il n'est cependant pas reconnu coupable. Début , la Haute Cour britannique de Hanovre l'acquitte de l'accusation d'avoir ordonné le meurtre de prisonniers allemands et alliés à la prison de Hameln début . En , un autre procès s'ouvre contre Lauterbacher au camp d'internement de Dachau. Cette fois, il porte sur un ordre de , selon lequel Lauterbacher aurait ordonné l'exécution de douze aviateurs américains abattus au-dessus de Goslar. En , ce procès se solde également par un acquittement. La justice allemande, qui avait déjà ouvert des poursuites par le biais du parquet de Hanovre en 1947, suivies d'enquêtes complémentaires à Munich et à Hanovre, se contente de classer l'affaire sans suite en raison de la prescription. Les procédures de 1947 sont interrompues douze ans plus tard après un « examen approfondi ».
Fugitif et complice d'évasion avec la Ligne des rats
Lauterbacher, interné au camp de Sandbostel près de Bremervörde depuis la fin de la guerre, s'évade le dans des circonstances qui restent encore aujourd'hui obscures. Le Braunschweiger Zeitung rapporte, d'après des documents des services de renseignement américains, que le Front anticommuniste, une organisation regroupant de hauts gradés de la Wehrmacht et de la SS, aurait été à l'origine de l'opération. Lauterbacher aurait déjà entretenu des liens avec le CIC, l'agence de renseignement américaine, à cette époque. En Hongrie, il aurait fondé la NAESZ, une « organisation antibolchevique internationale », avec le soutien des États-Unis[13]. Plus tard, il se cacha à Rome sous le nom de « Bauer »[13]. Il évolue – apparemment pour le compte des services de renseignement alliés[14] – au sein d'un réseau d'intermédiaires qui acheminaient des individus compromis par des filières clandestines, telles que la « route du Vatican », depuis d'anciens États fascistes vers l'Amérique du Sud ou le Moyen-Orient. Durant ces années et les suivantes, Lauterbacher mit à profit ses nombreux contacts à l'étranger, qu'il avait tissés avant la guerre en tant que membre des Jeunesses hitlériennes. En , il fut arrêté par les Italiens et déporté au camp de Le Fraschette, près de Rome, en tant qu'« étranger gênant », d'où il parvint à s'évader quelques mois plus tard, en [15]. Là encore, ses bons contacts avec d'anciens militants nationaux-socialistes lui sont utiles. Cette fois, grâce à l'aide de nationaux-socialistes du Tyrol du Sud, il réussit à gagner l'Autriche et l'Allemagne[16].
Travail pour l'organisation Gehlen et le BND
L'organisation Gehlen diffuse en 1951 la fausse information faisant état d'une évasion vers l'Argentine alors que Lauterbacher travaille pour elle sous le matricule V-6300 depuis 1950. Il a été prouvé, au moins une fois, que la collaboration entre Lauterbacher et ses complices sud-tyroliens s'est poursuivie pendant son passage au BND (Service fédéral de renseignement). Le SS-Untersturmführer Otto Casagrande, l'un des complices, fut fiché sous le matricule V-6301 comme premier employé de Lauterbacher de 1951 à 1953[17]. Lauterbacher, quant à lui, resta plus longtemps au sein de l'organisation Gehlen. Il vécut dans plusieurs villes, dont Munich et Berlin-Ouest. Même après la création du Service fédéral de renseignement (BND), il y demeure employé jusqu'en 1963, occupant notamment le poste de chef de service. L'une de ses missions aurait consisté à tenter d'infiltrer la Jeunesse libre allemande (FDJ) avec l'aide d'anciens responsables des Jeunesses hitlériennes. Vers 1954, il aurait obtenu de nouveaux documents dans le Schleswig-Holstein.
Autres activités
La famille de Lauterbacher vivait à Salem (Schleswig-Holstein). Il aurait travaillé à Munich pour l'entreprise de son frère, Labora, distributeur de produits industriels à l'étranger[13]. Lorsque des investigations plus poussées sont menées, Lauterbacher entre de nouveau dans la clandestinité. En 1960, Der Spiegel révèle que Lauterbacher est le propriétaire de Labora et s'est spécialisé dans les affaires au Moyen-Orient. Il vend notamment des espaces publicitaires à des entreprises européennes, espaces installés le long du canal de Suez[18]. Selon un article antérieur du même magazine, Lauterbacher aurait travaillé dans les années 1950 comme agent de liaison pour le Service fédéral de renseignement (BND). Pour le compte du chef et créateur du BND, Reinhard Gehlen, il aurait recruté d'anciens officiers SS au Moyen-Orient, travaillant pour des services de renseignement arabes[19]. La CIA avait des réserves à l'égard de Lauterbacher. Un rapport américain indique que Lauterbacher travaille pour un service de renseignement de l'Est, est homosexuel, et par conséquent vulnérable au chantage. En 1965, le BND met fin à sa coopération[20]
La même année, Lauterbacher conseille le gouvernement ghanéen. Par la suite, il travaille pour divers États arabes et africains[13]. Jusqu’au milieu des années 1970, il aurait travaillé pour une agence de publicité à Dortmund[13]. Entre 1977 et 1979, l’ancien Gauleiter est conseiller officiel du sultan d’Oman, Qabous ibn Saïd, pour les questions de jeunesse. Il vit ensuite au Maroc, puis s’installe en Autriche en 1981[21].
Antisémite incorrigible
En 1984, Lauterbacher publie son autobiographie, Hartmann Lauterbacher: Erlebt und mitgestaltet. Kronzeuge einer Epoche 1923–1945. Zu neuen Ufern nach Kriegsende. (Hartmann Lauterbacher : Homme d’expérience et marqué par la guerre, Témoin clé d’une époque (1923-1945), Vers de nouveaux horizons après la fin de la guerre), un exemple typique de littérature justificative écrite par des cadres nazis de rang intermédiaire. Cette biographie révèle qu'il n'est jamais parvenu après la guerre à prendre ses distances avec son rôle au sein du national-socialisme. Il défend toujours les crimes commis contre les Juifs. En 1947, il déclare : « Je maintiens que le judaïsme nous a déclaré la guerre […] »[22]. Sa vie après 1945 est marquée par des clans et des liens opaques avec les services de renseignement, ainsi que par des allégeances fluctuantes. Il passe les dernières années de sa vie dans un relatif isolement en Allemagne ; seul son acte de décès confirme qu'il est mort à Seebruck, au bord du Chiemsee.
Ce n'est qu'en 2014 que le Service fédéral de renseignement (BND) admet avoir employé Lauterbacher à temps plein sous le nom de code « Leonhard ». À la demande du BND, son dossier personnel fut également transmis au Spiegel en 2014.