Il est un des plus grands algébristes allemands de son époque, connu notamment pour ses travaux sur la théorie des nombres.
Helmut Hasse est le fils du juge Paul Reinhard Hasse et de Margaret Quentin, née à Milwaukee (Wisconsin), mais élevée à Kassel[1]. Il est scolarisé à Kassel et à Berlin-Wilmersdorf, après que sa famille a déménagé à Berlin en 1913. Pendant la Première Guerre mondiale, après avoir passé son baccalauréat en 1915 au Fichte-Gymnasium, il se porte volontaire pour servir la Kaiserliche Marine et est envoyé dans les pays baltes — où il effectue également des travaux de cryptographie et étudie les Leçons de théorie des nombres de Dirichlet et Dedekind — et à Kiel, où il suit également les cours d'Otto Toeplitz en 1917-1918. Après la guerre, il étudie d'abord à Göttingen, où il suit les cours d'Erich Hecke jusqu'au départ de ce dernier pour Hambourg; la lecture du livre Théorie des nombres de Kurt Hensel, avec sa nouvelle arithmétique p-adique, l'amène à le rejoindre en 1920 à Marbourg, où il obtient son doctorat en (avec sa thèse sur les formes quadratiquesrationnelles, qui fonde, avec le théorème de Hasse-Minkowski, le principe local-global). Pendant ses études, il devient membre de l'Association des étudiants allemands de Marbourg[2]. En , il obtient son habilitation (Équivalence des formes quadratiques sur les nombres rationnels). En automne 1922, il obtient un poste de privatdozent à l'université de Kiel, et à la même époque, il épouse Clara Ohle. À Pâques 1925, il est nommé professeur titulaire à Halle et devient, aux côtés de Heinrich Wilhelm Ewald Jung, directeur de l'institut de mathématiques de cette ville. En 1930, il succède à son professeur Kurt Hensel à Marburg[3].
Helmut Hasse (1930)
Après la prise de pouvoir des national-socialistes, il fait partie, le , des signataires de la Déclaration des professeurs en faveur d'Adolf Hitler[4]. En 1934, il remplace Hermann Weyl au poste de directeur de l'institut mathématique de Göttingen durant la période nazie; celui-ci est en effet contraint d'émigrer en raison de ses opinions politiques et de sa femme juive. Pendant cette période Hasse est impliqué, en tant que membre du conseil d'administration de la DMV, dans une lutte pour le pouvoir avec Ludwig Bieberbach pour préserver l'indépendance de la DMV[5]. Hasse se préoccupe avant tout de préserver la réputation des mathématiques allemandes à l'étranger.
Bien qu'il soit politiquement nationaliste et qu'il ait demandé son adhésion au NSDAP en 1937, il ne parvient jamais à devenir membre du parti nazi car il est suspecté d'avoir des ascendants juifs[6]. Pendant la guerre, il effectue des recherches pour la marine de guerre allemande sur la balistique et la physique des hautes pressions.
Après la guerre, Hasse revient à Göttingen. Il est cependant démis de sa chaire par les autorités britanniques en . Dans une interview avec Constance Reid, Hasse reconnaît que c'est peut-être dû au fait qu'il a exprimé sans détour des idées nazies, entre autres lors de la première réunion de la faculté et à des visiteurs américains[7]. Godfrey Harold Hardy[8] et d'autres ont fait pression, en vain, pour que Hasse reste à sa chaire. En 1947, à la suite de la procédure de dénazification, il est interdit d'enseignement, la raison invoquée étant son appartenance au NSDAP depuis 1938[9]. Pendant ce temps, Hasse se rend à Berlin (Est), où il travaille d'abord à partir de 1946 à l'Académie allemande des sciences, puis à l'université Humboldt, où il devient professeur en 1949. C'est à cette époque qu'il rédige sa monographie et son manuel de théorie des nombres. En 1950, Hasse accepte un poste à l'université de Hambourg, où il reste jusqu'à sa retraite en 1966.
↑Louis Lange (éd.), Kyffhäuser-Verband der Vereine Deutscher Studenten. Anschriftenbuch 1931, Berlin, Bernard & Graefe, , p.82.
↑Hasse aurait, selon Hans Reichardt, empêché la déportation de son professeur Hensel, qui était juif, dans un camp de concentration. Voir Herbert Pieper, Zahlen aus Primzahlen, Deutscher Verlag der Wissenschaften (no81), (lire en ligne)[réf.à confirmer].
↑(de) Ernst Klee, Das Personenlexikon zum Dritten Reich: Wer war was vor und nach 1945, Frankfurt am Main, Fischer Taschenbuch Verlag, , 2eéd., p.230.
↑Sanford Segal, Mathematicians under the Nazis, Princeton University Press, p. 162 et suivantes avec une description détaillée de la procédure.
↑Cf. Constance Reid, Hilbert-Courant, Springer, , 547p. (ISBN978-0-387-96256-6), p.474. Hasse attribue à Hitler des mérites dans l'annulation du traité de paix de Versailles.
↑Norbert Schappacher, «Das Mathematische Institut der Universität Göttingen 1929-1950», dans Heinrich Becker, Hans-Joachim Dahms et Cornelia Wegeler (éd.), Die Universität Göttingen unter dem Nationalsozialismus: Göttingen University under National Socialism (DOI10.1515/9783110976434.523, lire en ligne), p.539.
↑Sa suspension en tant que membre de l'Académie des sciences de Göttingen n'est cependant pas retirée, voir Norbert Schappacher, Ideologie, Wissenschaftspolitik, und die Ehre, Mitglied der Akademie zu sein: Ein Fall aus dem zwanzigsten Jahrhundert, Göttingen, Akademie der Wissenschaften zu Göttingen, , 313p. (ISBN978-3-946048-10-7, DOI10.26015/adwdocs-443, lire en ligne).
↑Holger Krahnke: Die Mitglieder der Akademie der Wissenschaften zu Göttingen 1751-2001 (= Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften zu Göttingen, Philologisch-Historische Klasse.) Séquence 3, vol. 246 = Abhandlungen der Akademie der Wissenschaften in Göttingen, Mathematisch-Physikalische Klasse. Séquence 3, vol. 50). Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen 2001, (ISBN3-525-82516-1), p. 105.