Henri Aimé
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Henri Marie Adolphe Aimé, né le à Nancy et mort le à Paris[1], est un médecin neurologue, aliéniste et homme de lettres français. Figure proche de l'École de Nancy, il est connu pour son double parcours : l'un scientifique, marqué par ses travaux sur les traumatismes psychiques des combattants de la Grande Guerre, et l'autre artistique, comme poète, directeur de revue et commanditaire d'un immeuble emblématique de l'Art nouveau nancéien.
Origines et formation
Henri Aimé naît au 42 rue Saint-Dizier à Nancy, fils d'Adolphe Aimé et de Marie Élisabeth Briot. Issu d'un milieu intellectuel, son frère Paul Aimé devient également docteur en médecine. Henri s'oriente vers la neurologie et l'aliénisme (psychiatrie), partageant sa vie entre sa ville natale et Paris.
Le , il épouse à Mantes-la-Jolie Deva Marie Andrée Hue (1883-1939), fille du Lieutenant-Colonel Pierre Gustave Hue, officier de la Légion d'honneur[2]. Parmi ses témoins de mariage figurent son ami Gustave Chapuis, alors député de Meurthe-et-Moselle, et son frère Paul Aimé[3].
L'Immeuble Aimé (1903-1905)
Entre 1903 et 1905, Henri Aimé fait construire un immeuble de rapport au 42-44 rue Saint-Dizier à Nancy. Pour ce projet, il sollicite les architectes Georges Biet et Eugène Vallin. Henri Aimé y occupe le premier étage jusqu'en 1911[4], puis déménage pour la place Stanislas, au numéro 1[5].
Engagement littéraire et patriotique
Membre du groupe de la Grange Lorraine, il collabore avec les grandes figures de l'École de Nancy telles qu'Émile Gallé et Victor Prouvé. Sa poésie, publiée notamment dans le Mercure de France, est saluée pour sa sincérité et son refus de l'abstraction technique.
En , il prend la direction de la revue littéraire La Phalange[6]. Parallèlement, son engagement patriotique se manifeste tôt par des prises de position publiques contre l'influence commerciale allemande en Lorraine. Il s'en inquiète dès dans les colonnes du journal Le Matin[5], affirmant : « Nous assistons, impuissants, à l’accaparement par l’Allemagne de nos richesses minières. C’est une véritable conquête pacifique, mais non moins redoutable que l’autre ».
La Grande Guerre et la neurologie de combat
Durant la Première Guerre mondiale, Henri Aimé est mobilisé comme Médecin-Major de 2e classe (réserve) et nommé chef de secteur médical de la 21e Région[1].
Spécialiste des pathologies nerveuses, il traite les soldats dont l'esprit a été brisé par la violence des combats, particulièrement dans le secteur du Bois-le-Prêtre. Il documente avec précision les cas de mutisme, d'hébétude et de « statues de l'absence » (catatonie traumatique) chez des soldats projetés par les explosions de mines.
En 1917, il publie Le Bandeau sur le Front, dédié à son beau-père. Il y définit ainsi sa mission : « si vous êtes au front, je suis, moi, sous ce propre front, le bandeau qui le comprime et le soulage ». Il décrit avec précision et émotion l'état des hommes dont l'esprit a été abîmé par la violence des combats. Sur l'un de ses patients, il écrit :
« L’un d’eux, qui arrive du Bois-le-Prêtre, est un malheureux dont la mine a pulvérisé les compagnons et qu’elle a projeté, lui, indemne, à plusieurs mètres. Il ne parle pas, il ne peut plus parler. Ses yeux, démesurément ouverts, semblent encore contempler l’horrible vision ; son corps est secoué de tressaillements rythmiques que rien n’apaise. Quand on l’interroge, il vous regarde avec une expression d’indicible hébétude, et, de sa main qui tremble, il fait le geste de celui qui veut écarter un fantôme. »
Henri Aimé, entre d'autres cas neurologiques, va jusqu'à évoquer la perte de ses proches dans ce secteur. Il écrit ainsi :
« Un soir, c’est une balle perdue qui, à travers le feuillage du B. le P., atteint étourdiment à la tête un vieil ami d’enfance, comme il revenait à son poste de secours, et éteint d’un seul coup sa noble activité et sa pensée charmante ».
Fin de vie
Pour son dévouement et ses travaux cliniques, il est nommé Chevalier de la Légion d’honneur[1] par arrêté du (prise de rang au ). Après-guerre, il poursuit son œuvre médicale et littéraire, publiant notamment des études sur les psychoses de guerre et un roman satirique, Ah ! qu'en thermes galants… (1933).
Il finit sa vie au 53 rue de Bourgogne à Paris, où il s'éteint le [1].