Herbicide auxinique
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Les herbicides auxiniques sont des composés organiques qui entrent comme substance active dans la composition de nombreuses préparations herbicides. Ce sont les plus anciens herbicides de synthèse.
Ces herbicides sont des auxines synthétiques et peuvent aussi être décrits comme des régulateurs de croissance à activité herbicide ou comme des herbicides ayant une action de régulateur de croissance[1]. Ces herbicides sont classés dans le groupe O de la classification HRAC des herbicides (classification par modes d'action).
Mis au point partir de la Seconde Guerre mondiale, les herbicides auxiniques ont été les premiers herbicides sélectifs mis sur le marché. Bien que certains de ces produits ont été interdits en raison de leur toxicité, ils constituent une classe très importante d'herbicides, et paradoxalement leur mode d'action précis est encore inconnu[2].
Ces herbicides sont phytotoxiques pour les plantes à feuilles larges (dicotylédones) et bien tolérés par les graminées (monocotylédones), et sont de ce fait très utiles pour la maîtrise des mauvaises herbes dans les cultures de graminées (céréales, gazons, prairies). La tolérance des monocotylédones à l'égard des herbicides auxiniques s'explique par une moindre translocation, une augmentation du métabolisme et par l'absence d'un cambium vasculaire dans le phloème. Certaines espèces de dicotylédones peuvent être tolérantes à l'égard de ces herbicides car elles les métabolisent sous des formes moins toxiques[2].


Ces herbicides ont une structure chimique semblable à celle d'une hormone végétale naturelle, l'auxine, ou acide indole 3-acétique (AIA). Ce sont pour la plupart des acides organiques contenant un noyau aromatique et un groupe carboxyle, caractérisés par leur faible poids moléculaire[3]. Le mode d'action de ces herbicides n'a pas été précisément caractérisé, mais étant donné leur similarité structurelle avec l'auxine, on pense qu'ils agissent comme l'auxine et on les qualifie de mimétiques de l'auxine[4].
On distingue cinq groupes d'herbicides auxiniques[5],[6],[3] :
- dérivés des acides phénoxy-alcanoïques :
- dérivés des acides benzoïques, tels que dicamba, chlorambène, 2,3,6-TBA, etc.
- dérivés des acides pyridiniques, tels que clopyralide, piclorame, triclopyr , fluroxypyr, aminopyralide[7].
- dérivés des acides quinoline-carboxyliques, tels que quinclorac, quinmerac,
- dérivés des acides pyrimidine-carboxyliques, tels que aminocyclopyrachlore,
Un autre groupe , classé dans le groupe P de la classification HRAC des herbicides, comprend des dérivés des phthalamates, tels que naptalame, et des semi-carbazones, tels que diflufenzopyr, qui agissent comme inhibiteurs du transport de l'auxine dans la plante. Ils provoquent une accumulation anormale de l'auxine naturelle (AIA) et des auxines synthétiques (herbicides) dans les régions méristématiques des racines que des tiges, ce qui entraîne un déséquilibre des hormones de croissance et la mort des plantes en quelques jours. Ces substances agissent en synergie avec les herbicides auxiniques (par exemple dans une préparation contenant à la fois du dicamba et du diflufenzopyr), permettant une meilleure efficacité de ces derniers, à plus faible dose[8],[7].
Utilisation
Les herbicides auxiniques sont utilisés principalement pour lutter contre les mauvaises herbes à feuilles larges (dicotylédones) dans les cultures de graminées (Poaceae), c'est-à-dire les céréales, les pâturages et les gazons. Ils permettent notamment de supprimer certaines plantes vivaces très difficiles à gérer, comme le cirse des champs (Cirsium arvense) et le liseron des champs (Convolvulus arvensis). Comme ils sont efficaces contre les buissons, on les utilise également pour lutter contre les plantes ligneuses dans la gestion des forêts et de certains sites de terres non cultivées (zones non agricoles). Ces herbicides sont aussi employés contre certaines mauvaises herbes aquatiques[9].
Mauvaises herbes résistantes

L'apparition de résistances aux herbicides auxiniques paraissait peu probable à cause des fonctions complexes régies par l'auxine dans le fonctionnement des cellules : réseau de signalisation complexe, dynamique du métabolisme cellulaire à divers niveaux d'organisation (notamment endocytose, polarité cellulaire et contrôle du cycle cellulaire dans chaque cellule), processus de régulation commandant par exemple l'embryogenèse, l'organisation et la structuration spatiale des tissus et la formation de nouveaux organes. Malgré le rôle critique de l'auxine dans le développement des plantes, plus de 30 cas de résistance aux herbicides auxiniques ont été rapportés dans le monde, mais dans la plupart des cas, la base moléculaire des mécanismes de résistance à l'auxine est inconnue[3].
En 2016, on recense 32 espèces de plantes sauvages (mauvaises herbes) dont au moins une population a été signalée comme résistante à des herbicides auxiniques. Les cas les plus anciens concernent deux populations de Commelina diffusa et Daucus carota signalées en 1957 comme résistantes au 2,4-D, respectivement à Hawaï et en Ontario. Ce sont les plus anciens cas documentés de résistance à des herbicides[10].
19 pays sont concernés en Amérique du Nord et du Sud, en Australasie, en Europe et en Asie, les cas les plus nombreux se situant aux États-Unis (16 cas). Parmi les herbicides concernés figurent notamment le 2,4-D (28 espèces présentant des cas de résistance), le MCPA (12 espèces), le dicamba (14 espèces), le quinclorac (11 espèce), le MCPB (1 espèce), le dichlorprop (1 espèce), le triclopyr (1 espèce). Beaucoup de ces populations de plantes peuvent présenter des résistances croisées avec d'autres herbicides du groupe O et des résistances multiples avec d'autres groupes d'herbicides[10].
Variétés cultivées tolérantes
En 2010 Dow AgroSciences a créé une variété de soja génétiquement modifiées rendue résistante au 2,4-D par insertion d'un gène bactérien aad1 codant l'aryloxyalcanoate dioxygénase-1, qui la rend résistante à l'acide dichlorophénoxyacétique (2,4-D) et à certains herbicides à base d'aryloxyphénoxypropionate (AOPP ou fop)[11],[12],[13]. Cette variété était présentée comme une alternative ou un complément aux variétés « Roundup Ready » de Monsanto en raison de la prévalence croissante de mauvaises herbes résistantes au glyphosate[14].
En , des variétés de maïs et de soja génétiquement modifiées pour être résistantes au 2,4-D et au glyphosate ont été homologuées au Canada[15]. Aux États-Unis, le Département de l'Agriculture des États-Unis (USDA) a homologué les variétés de maïs et de soja de Dow AgroSciences en , et en octobre de la même année l'Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a enregistré l'herbicide « Enlist Duo » contenant à la fois du 2,4-D et du glyphosate[16],[17],[12],[18].