Hermitage (tiers-lieu)
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L'Hermitage est un tiers-lieu d'innovation rurale et citoyenne, basé dans le village d'Autrêches, dans le département de l'Oise.
Fondé en 2017 sur un ancien lieu d'accueil d'une maison médicale puis de l'ONG "Centre International de Développement et de Recherche[1]", il accueille plusieurs activités associatives et de l'économie sociale et solidaire : café associatif, AMAP, ferme maraîchère, commun forestier, activités d'hôtellerie restauration, cabinet de conseil, etc[2].
Histoire du site
Le site de l’Hermitage est situé sur la commune d’Autrêches, dans le département de l’Oise, au cœur d’un territoire fortement marqué par l’histoire de la Première Guerre mondiale. Il s’étend sur un domaine de 30ha associant espaces boisés, paysages ouverts et un ensemble bâti cohérent, aujourd’hui reconverti en tiers-lieu.
L’Hermitage se distingue par une stratification historique particulière, couvrant plus d’un siècle d’histoire militaire, sociale, humanitaire et territoriale. La cohérence entre son passé et son usage actuel en fait un site patrimonial vivant, porteur d’un fort potentiel culturel, mémoriel et touristique.
Selon l’association Soissonnais 14-18, spécialiste reconnue des combats de la Première Guerre mondiale dans le secteur, le site de l’Hermitage constitue un site militaire remarquable, tant par son implication dans les opérations que par son état de conservation.
Le domaine est directement concerné par les combats dès , notamment lors des affrontements de l’automne. Le front s’y stabilise ensuite durablement, avant que le site ne retrouve un intérêt stratégique lors des offensives de 1917 jusqu’à l’armistice.
Les parties boisées du domaine conservent aujourd’hui des vestiges visibles et lisibles :
- réseaux de tranchées,
- casemates,
- ouvrages et aménagements militaires.
Un élément patrimonial majeur réside dans le fait que le site, cloturé dès sa construction au début des années 1920, n’a jamais fait l’objet de fouilles archéologiques ni d’aménagements destructeurs. Cette situation rare a permis la préservation d’un paysage de guerre intact recouvert après un siècle par couvert forestier, au fort potentiel archéologique, susceptible de livrer des informations majeures sur les combats de 1914 et les phases ultérieures du conflit.
L’Hermitage relève ainsi pleinement du patrimoine militaire et archéologique de la Grande Guerre, dans une approche contemporaine intégrant paysages, sols et vestiges non monumentaux.
Dans l’immédiat après-guerre, le site devient un lieu emblématique de la reconstruction du sud de la Picardie. Le domaine est bâti par Louis Oger, ancien combattant, entrepreneur ayant fait fortune dans la vente de pierres de taille issues des carrières locales, utilisées pour reconstruire les villages détruits par la guerre.
L’Hermitage incarne ainsi un patrimoine de la reconstruction singulier, non pas celui des ruines, mais celui de la prospérité relative des bénéficiaires de l’économie de la reconstruction. Le domaine prend la forme d’un domaine de chasse, à l’architecture néo-anglo-normande caractéristique des années 1920, traduisant une volonté de notabilité sociale.
Louis Oger devient maire d’Autrêches en 1926. La crise économique de 1929 entraîne cependant sa faillite, conduisant à l’abandon puis à la mise en vente du domaine. Cette trajectoire fait de l’Hermitage un témoin rare des fragilités économiques et sociales de l’entre-deux-guerres.
En 1954, le domaine est racheté par une communauté de personnes atteintes de la lèpre souhaitant vivre en liberté et en autonomie en quittant l'univers ostracisant des sanatoriums , avec le soutien des petites soeurs de Jesus. Cette initiative, particulièrement novatrice pour l’époque, confère au site une forte valeur sociale et humaine.
Dans les années suivantes, l’Hermitage devient un lieu majeur de l’histoire humanitaire française. Bertrand de la Rocque de Séverac, ancien résistant, jeune officier des services secrets de la France libre, y fonde en 1960 le CIDR, l’une des premières ONG françaises d’aide au développement des jeunes pays devenus indépendants.
Le site accueille alors :
- une maison médicale,
- des infrastructures d’accueil et de formation,
- des espaces pédagogiques et administratifs aménagés dans les anciens bâtiments agricoles.
Pendant plusieurs décennies, l’Hermitage a constitué un pôle de formation de coopérants internationaux, inscrivant le site dans une histoire globale des solidarités et de la coopération internationale.
La maison médicale ferme en 2015, faute d’utilité sanitaire, et le CIDR est contraint de quitter le site pour des raisons économiques ne pouvant y demeurer seule, ses besoins ayant d'autre part évolué.
Fin 2016, le domaine est mis en vente. Face au risque de démembrement et de perte définitive de cohérence patrimoniale intrinsèque à la mise en vente de ces grands fonciers médico-sociaux en territoire très rural, et faute d'intérêt des autorités locales, des enfants d’anciens cadres de l’ONG décident d'abord de se réunir sur le site en collectif de réflexion, puis de lever des fonds en financement participatif sur la plateforme Ulule, afin de pouvoir occuper le site, au départ pour une année test, avant de rechercher les moyens de racheter le domaine dans le cadre d'un projet conforme à son histoire sociale et solidaire. Les membres du collectif cherchent alors à développer un modèle économique hybride et innovant conciliant hospitalité, formation aux changements sociétaux, liés aux bouleversements géopolitiques à venir, et utilité pour les habitants du territoire.
En conséquence des travaux de réflexion engagés autour des thématiques d'agroécologie, de transition écologique, énergétique et sociale, ainsi que de numérique responsable, influencés par les travaux de recherche sur les lieux hybrides, les expériences de "hackerspaces", d'écolieux, ou de villages en transition, le collectif décide de faire de ce site exceptionnel, à partir de un tiers-lieu rural[3] de grande envergure et un projet de recherche participative de grande envergure.
Ce projet s'inscrit dans la dynamique des tiers-lieux, des espaces ouverts et hybrides qui ne sont ni un domicile collectif, ni un lieu de travail[4]. Leur expérience est relatée dans un ouvrage réalisé par les membres fondateur du collectif sur les 500 premiers jours du projet.
Projet de tiers-lieu
Activités
Le projet de tiers-lieu repose sur une architecture juridique et économique structurante et innovante. La maîtrise foncière est assurée par une SCIC foncière, garantissant une gouvernance partagée, la non-spéculation et l’inscription du projet dans le temps long.
Le site s’appuie également sur une société d’hôtellerie de séminaires et de tourisme social et solidaire, spécialisée dans l’accueil de groupes de professionnels venant se former et se préparer aux transformations contemporaines :
- changement climatique,
- bouleversements technologiques,
- transitions sociales, économiques et organisationnelles.
Les équipes porteuses du projet, engagées dans l’économie sociale et solidaire, défendent des valeurs fortes d’éco-responsabilité, de sobriété et de respect du territoire. Convaincues que le développement d’un tel projet nécessite du temps, elles privilégient une croissance progressive, attentive à l’intégration locale et aux équilibres humains et environnementaux.
Cette intégration se traduit par la création et le soutien d’associations implantées sur le site, répondant aux besoins socio-économiques et culturels des habitants :
- espace de vie sociale,
- AMAP,
- association culturelle,
- initiatives citoyennes.
Le tiers-lieu devient ainsi un outil de préservation patrimoniale vivante, permettant aux habitants de se réapproprier leur histoire et aux visiteurs de découvrir un patrimoine incarné
De manière concrète et détaillée, le tiers-lieu accueille plusieurs activités, toutes liées aux thématiques de vivre ensemble, d'agroécologie ou de développement durable:
- Café cantine associatif, ayant la Licence IV, structuré en Espace de Vie Sociale, accueillant une programmation culturelle co-construite avec les habitants du territoire[5].
- Un commun forestier[6], avec un bois de 21 hectares en accès libre et géré par une Charte commune rédigée par ses usagers[7].
- Un commun numérique[3], avec un Fablab.
- Un commun alimentaire, avec une micro-ferme maraîchère de 1,8 hectares et une Association de Maintien de l'Agriculture Paysanne (Amap)[5]
- Société d'hôtellerie restauration et d'accueil de "séjours inspirants"[8]
- Une entreprise de conseil sur des projets à impact.
- Une société foncière coopérative qui détient le site[9]
- Une pépinière de 3 000 m2, portée par l'Association Planteurs d'avenir
Sources et références
- ↑ https://www.rse-et-ped.info/partenaires/centre-international-de-developpement-et-de-recherche-cidr-et-ses-partenaires/
- ↑ https://www.fondationdefrance.org/fr/demarches-territoriales/lhermitage-un-lieu-dinnovations-au-service-de-son-territoire
- 1 2 « Centre Ressource du Développement Durable », sur www.cerdd.org (consulté le )
- ↑ Camille Bouko-levy, « Dans l’Oise, ce lieu collectif est une utopie écologique devenue réalité », (consulté le )
- 1 2 Nikolas, « ►L'Hermitage : un tiers-lieu au service de son territoire », sur Fondation de France, (consulté le )
- ↑ La coop des Communs, Matei Gheorghiu, « Une approche par les communs, avec les collectivités locales, pour une transition écologique et solidaire », Les cahiers de recherche, Caisse des Dépôts, (lire en ligne
[PDF]) - ↑ La MYNE, « L’Hermitage – PATL », sur patl.org (consulté le )
- ↑ « "On a des choses à faire ensemble", mais que fait-on exactement dans un tiers-lieu ? », sur France 3 Hauts-de-France, (consulté le )
- ↑ « L'Hermitage — Résilience des Territoires », sur wiki.resilience-territoire.ademe.fr (consulté le )