Histoire d'Angoulême
From Wikipedia, the free encyclopedia

D'azur à la porte de ville flanquée de deux tours crénelée d'argent, maçonnée de sable, surmontée d'une fleur de lis d'or, couronnée d'une couronne royale fermée du même.
Devise (XIVe siècle) :
Fortitudo mea civium fides (« ce qui fait ma force, c’est la fidélité de mes citoyens »).
Historique :
La ville d'Angoulême possède des armoiries depuis le XIVe siècle, au moins. Elles ont été modifiées à plusieurs reprises pour prendre leur forme actuelle au XVIe siècle, au XIXe siècle a été rajoutée la couronne[1].
L'histoire d'Angoulême établit, étudie et interprète l'ensemble des événements, anciens ou plus récents, liés à cette ville française.
Capitale de l'Angoumois sous l'Ancien Régime, Angoulême a longtemps été une place forte convoitée, en raison de sa position de carrefour de voies de communication importantes, et a subi de nombreux sièges.
Paléolithique supérieur : un site occupé depuis 14 000 ans
Des fouilles archéologiques menées en 2018 près de la gare d'Angoulême (Îlot Renaudin) montrent que le site de la ville était occupé depuis le Paléolithique supérieur. La découverte de plus de 200 000 artefacts préhistoriques[2] dévoile la richesse de cette présence, qui s'étale sur près de 4 000 ans[3]. Cependant l'histoire ancienne de la ville est mal connue jusqu'à la période romaine comprise, du fait du petit nombre de fouilles réalisées jusqu'à présent.
Néolithique : les silex taillés du plateau de Beaulieu
S'il est démontré que le site exceptionnel du promontoire dominant le confluent de la Charente et de l'Anguienne a attiré les hommes depuis très longtemps, les plus anciennes traces d'occupation humaine retrouvées sur la pointe du plateau à Beaulieu sont des silex du Néolithique, sans que l'on puisse en préciser davantage la période[4].
Protohistoire
L'oppidum gaulois
À Angoulême, des fouilles de sauvetage de la fin des années 1980 et des années 1990 (îlot Chabrefy, palais de justice, îlot du Chapeau-Rouge notamment) ont permis de mettre en évidence des occupations remontant pour les plus anciennes à l'âge du bronze ancien (fin du IIIe millénaire av. J.-C. et première moitié du IIe millénaire av. J.-C.) , suivies de vestiges de toutes les époques jusqu'à la période gallo-romaine[4]. Ainsi le promontoire calcaire qui domine la Charente de 80 mètres et l'l'Anguienne de 60 mètres, archétype des sites d'oppidum gaulois, a été occupé sans discontinuité depuis le VIe siècle av. J.-C.[5] Les fortifications protohistoriques de l'oppidum demeurent inconnues, mais A.F. Lièvre rapporte[6] que vers 1545, le maire Hélie Dexmier fit détruire au Champ de Saint-Marsault (Saint-Martial), actuel Champ de Mars, une « motte » dont ont évacua « plus de mille charretées de pierres et pierrails ». Il observe également que cette "motte" se trouvait « juste au point où (le plateau) subit un étranglement et n'a pas plus de deux cents pas de large », et suppose qu'il peut s'être agi de fortifications antiques de l'éperon. José Gomez de Soto[4] et Jean-François Buisson[7] considèrent comme probable l'hypothèse qu'il s'agissait du rempart de l'oppidum gaulois.
Ceci fait d'Angoulême un des sites les plus anciennement urbanisés de France, à un titre comparable à ceux de Bourges ou Besançon.
Selon J.-F. Buisson et J. Gomez de Soto[7] , avant la conquête romaine, le territoire d'Iculisma était occupé par un peuple spécifique, indépendant ou au moins autonome, et probablement client d'un des peuples voisins plus importants[7] : les Pétrocores, les Lémovices ou même les Pictons. En se basant sur les proportions des monnaies trouvées lors des fouilles, on peut écarter les Santons. On ne connaît pas le nom de ce peuple qui reste jusqu'à présent anonyme. L'hypothèse des Agésinates, qui a été retenue jusqu'au XXe siècle, est abandonnée depuis que l'on a démontré qu'elle est basée sur une lecture peut-être erronée de Pline[4].
La civitas gallo-romaine
Avec la conquête romaine, la ville nommée Iculisma et son territoire sont d'abord rattachés à une civitas voisine, sans que l'on sache exactement laquelle. Peut-être celle des Pétrocores (Vesunna), qui correspondrait à une hypothèse de continuité par rapport aux influences culturelles préhistoriques et protohistoriques. Ou celle des Santons, qui pourrait conforter Mediolanum Santonum (Saintes) comme première capitale de l'Aquitaine d'Auguste et comme compensation de l'installation des Bituriges Vivisques sur le territoire des Santons, au sud de la Gironde)[4]; mais ce n'est qu'une hypothèse. L'alternative pétrocore est tout aussi plausible, sans parler de celle des Lémovices.
Antiquité
La ville du Haut-Empire est restée longtemps très mal connue. Aucun monument romain n'a été retrouvé, mais les fouilles récentes ont apporté la preuve d'une occupation romaine dès la période augustéenne, et des détails sur l'alimentation en eau de la ville romaine. La fouille d'un puits daté du début de l'ère montre que la nappe phréatique était très proche. Un vaste ensemble thermal a été trouvé sous le palais de justice, ce qui est habituellement en relation avec une amenée d'eau par un aqueduc[8]. Mais on ne connaît pas l'organisation de la voirie, même si la rue de Beaulieu et la rue des Postes font de bons candidats pour le decumanus et le cardo, respectivement[9].
La ville n'est alors pas sur les grands axes routiers : la via Agrippa (Saintes-Lyon) passe à une quinzaine de kilomètres au nord tandis que les axes nord-sud Poitiers-Saintes et Limoges-Périgueux passent encore plus loin. Dans l'attestation écrite la plus ancienne, Ausone décrit Iculisma comme un lieu « écarté et solitaire ». Elle bénéficie cependant de la Pax Romana et commerce par le fleuve avec la capitale de la province romaine d'Aquitaine qu'est alors Saintes.
A la fin de l’Empire romain, Angoulême est érigée en capitale de civitas (fin IIIe ou IVe siècle) sur un territoire correspondant à celui de l'époque de l'indépendance gauloise. Rattachée à la province romaine de l'Aquitaine seconde, elle connaît alors une période prospère. Le rempart du Bas-Empire qui entoure 27 hectares est entretenu jusqu'au XIIIe siècle. Le déplacement de la capitale régionale de Saintes à Bordeaux, au moins dès le IIIe siècle, amène aussi une réorganisation du réseau de voies romaines en faveur d'Angoulême[10] (axes Bordeaux-Limoges-Lyon passant par Angoulême, de même que l'axe nord-sud Poitiers-Bordeaux).
Christianisation d'Angoulême au Bas-Empire
La région est christianisée au IVe siècle, avec Ausone d'Angoulême comme premier évêque d'Angoulême, selon la tradition catholique. Les premiers évêques s'entourent d'un presbyterium, collège de prêtres, diacres et clercs qui a pour mission d'évangéliser la population de la cité d'Angoulême. Dans les premiers temps, le diocèse d'Angoulême se confond avec le territoire peu étendu de la Civitas Engolismensis, qui devint progressivement le territoire de l’Angoumois.
Une première église est construite sur le site de l'actuelle cathédrale.
Haut Moyen Âge
À partir de la fin de l'Empire romain, et pendant tout le Moyen Âge, la position de la ville est stratégique, sur son promontoire contrôlant l'entrée du Sud-Ouest, ainsi que sa situation frontalière entre France du nord et France du sud comme première ville importante au sud du seuil du Poitou. C'est un enjeu constamment disputé entre les royaumes en cours de constitution. Au XIVe siècle, Angoulême est rattachée à la couronne de France et l'Angoumois devient l'apanage d'une branche des Valois, les Valois-Angoulême. Après le XVe siècle, la limite entre les langue d'oïl et langue d'oc recule à une dizaine de kilomètres à l'est d'Angoulême.
L’importance administrative de la ville se renforce par l’implantation d’un comte au VIe siècle. Le comté d'Angoulême reste systématiquement rattaché pendant tout le Moyen Âge aux différents royaumes puis duchés aquitains et à leurs vicissitudes. Ainsi, la fin de l’Antiquité pour la ville peut être symboliquement située en 769, quand Charlemagne, après Pépin le Bref en 768, soumet depuis Angoulême, où il avait rassemblé son armée[11], le prince d'Aquitaine Hunald[Note 1] qui s'était révolté, et amarre l'Aquitaine au royaume franc[12].
Période wisigothique (Ve siècle)
Lors des grandes invasions, la région souffre, comme une bonne partie de la Gaule, du passage des Vandales qui ravagent Angoulême en 407. L’Aquitaine est pacifiée par les Wisigoths, arrivés de Provence et d'Italie en 412-413. La région passe sous leur domination et leur est officiellement concédée par fœdus en 418. Les cinquante premières années se passent sans heurt, les Wisigoths, relativement peu nombreux, respectant le traité et se conduisant en soldat de l'Empire romain[13]. Mais avec l'avènement d'Euric en 466, les Wisigoths, adeptes de la version arianiste du christianisme, lancent des persécutions contre les catholiques et en particulier contre le clergé. Ils détruisent la première cathédrale d'Angoulême et la remplacent par un édifice du culte arien dédié à saint Saturnin[14], tandis que le siège de l’évêché est laissé vacant par Euric en 472.
Période mérovingienne (VIe siècle-VIIIe siècle)
Prise d'Angoulême par Clovis

La ville tenue par les Wisigoths est assiégée une première fois par Clovis en 507, juste après sa victoire décisive sur les Wisigoths lors de la bataille de Vouillé. Mais Clovis ne s'attarde pas devant Angoulême, trop difficile à prendre, et se dirige vers Bordeaux et Toulouse, alors capitale du royaume des Wisigoths. Au retour de Toulouse en 508[15], il prend Angoulême, miraculeusement selon Grégoire de Tours et Adémar de Chabannes[16] : sur les conseils de son chapelain, Clovis fait porter en procession des reliques attribuées à Jésus-Christ en croix sous les remparts de la ville. Telles celles de Jéricho, les murailles de la ville se seraient alors écroulées devant lui, au voisinage de la porte Saint-Vincent, et des pierres l'auraient blessé à la jambe en tombant. En mémoire de cette prise miraculeuse, une jambe sculptée, dite" jambe de Clovis », figure sur une tour de la 2e enceinte datant du XIIe siècle, à proximité de l'endroit où est situé l'événement.
Clovis fait passer la garnison au fil de l'épée, nomme son chapelain Aptone nouvel évêque de la ville, et place un comte franc. Clovis fait abattre l'ancienne cathédrale wisigothe consacrée à saint Saturnin[17]. Lupicin succéde à Aptone à sa mort en 511 et reste 30 ans sur le siège épiscopal. Il en fait rebâtir une nouvelle qu'il consacre à saint Pierre[14]. De cet édifice primitif , seuls subsistent deux chapiteaux sculptés en marbre qui encadrent la baie d'axe dans l'abside de l'actuelle cathédrale. Aptone II succéde à Lupicin[18],[19].
Saint Cybard
Au VIe siècle, un ermite de nom Eparchius, plus tard déformé en Séparque, puis en Cybard, vit en reclus dans une grotte située sous le rempart nord d'Angoulême, en prolongement du Jardin vert. Il y soigne les pauvres et y accomplit des miracles[20],[21]. A sa mort, l’abbaye Saint-Cybard est créée. La création de la première abbaye de femmes, l’abbaye Saint-Ausone, se fait plus tard au Xe siècle, sur la tombe du premier évêque de la ville. Saint Cybard est le patron du diocèse d'Angoulême.
Angoulême ravagée par les Arabes
Au début du VIIIe siècle, la fin de la période mérovingienne correspond à une époque troublée pour l'Aquitaine, entre les volontés d'indépendance des princes d'Aquitaine qui provoquent des conflits avec les rois mérovingiens, et les raids des Arabes. En 732, Eudes d'Aquitaine, qui s'est fait reconnaître roi d'Aquitaine, est contraint d'appeler à l'aide Charles Martel, avec qui il est en conflit, pour arrêter les Arabes qu'il n'a pu contenir et qui ravagent Saintes et Angoulême en se dirigeant vers le lieu de la bataille de Poitiers.
Période carolingienne (VIIIe siècle-Xe siècle)
Charlemagne à Angoulême
Comme indiqué ci-dessus, le règne de Charlemagne s'ouvre avec la révolte de l'Aquitaine en 769. Celle-ci fait partie des territoires qui lui sont dévolus, et son frère Carloman refuse de l'aider. Charlemagne réunit une forte armée à Angoulême[11] et règle le problème sans son aide. Les Aquitains ne posent plus de difficulté à Charlemagne pendant le reste de son règne. Après sa mort toutefois, les velléités d'indépendance des seigneurs aquitains comme Émenon, comte de Poitiers, et son frère Turpion, comte d'Angoulême jouent sur les querelles de succession entre ses descendants. Les troubles reprennent.
Les premiers comtes d'Angoulême
Turpion est le plus ancien comte d'Angoulême connu, de 839 à 863[22]. Il semble appartenir à l'importante famille carolingienne des Guilhelmides. Malgré l'attitude de son frère Émenon, qui soutient ouvertement la révolte de Pépin Ier d'Aquitaine contre l'empereur Louis le Pieux, ce dernier le nomme comte d'Angoulême en 839. Lorsqu'Émenon est déposé par Louis le Pieux, c'est à Angoulême auprès de Turpion qu'il se réfugie En 844, Turpion combat aux côtés de son cousin Guillaume de Septimanie, comte de Toulouse, sous les ordres de Pépin II d'Aquitaine contre Charles le Chauve. Le , ils écrasent l'armée de ce dernier à proximité d'Angoulême.
Angoulême subit des raids vikings
Mais à partir du milieu du IXe siècle et pendant plus d'un siècle, Angoulême subit les raids et les pillages des Vikings qui remontent plusieurs fois la Charente et contre lesquels les comtes d'Angoulême s'illustrent.
En 848, Angoulême est pillée par le chef viking Hasting[23]. En 863, Saintes et Angoulême sont à nouveau pillées, mais le , Turpion défie le chef viking Maurus en combat singulier près de Saintes et les deux chefs s'entretuent[22].
En 896 ou (plus probablement) 930[Note 2] la ville subit une nouvelle attaque des envahisseurs normands. Cette fois, ils se heurtent à une résistance efficace. Guillaume Ier, troisième comte d'Angoulême, à la tête de ses troupes, livre un combat décisif. Au cours de cet engagement, la tradition rapporte qu'il fend à mi-corps, d'un magistral coup de taille, le chef normand Stonius, son casque et sa cuirasse. Cet exploit lui vaut le nom de Taillefer, que portent tous ses descendants jusqu'à Isabelle d'Angoulême, dite également Isabelle Taillefer, épouse de Jean sans Terre.
Moyen Âge classique
Construction de la cathédrale Saint-Pierre
Du Xe siècle au XIIIe siècle, les comtes d'Angoulême, les Taillefer puis les Lusignan, renforcent les défenses de la ville et les agrandissent en englobant le quartier Saint-Martial.
Vers 1014-1020, Angoulême est secouée par un séisme important[24].
En 1110, l'évêque Girard II ordonne la construction de la cathédrale actuelle.
La charte de commune
Le une charte est signée par Jean sans Terre, roi d'Angleterre pour rendre officielle la création de la commune d'Angoulême. Le roi « concède aux habitants d'Angoulême de garder les libertés et justes coutumes de leur cité et de défendre leurs possessions et leurs droits ». La ville célébra cet anniversaire toute l'année 2004[25].
En 1308 à la mort de Guy de Lusignan, le comté d'Angoulême revient à la couronne de France.
Cette charte de commune est restituée en 1372 par le roi Charles V en reconnaissance de l'aide de la population pour libérer la ville des Anglais qui l'occupent depuis 1360 (Traité de Brétigny).
Bas Moyen Âge
Angoulême pendant la guerre de Cent Ans
Pendant la guerre de Cent Ans, avec le traité de Brétigny, la ville, comme tout l'Angoumois passe aux mains des Anglais en 1360. Du 16 au , John Chandos, lieutenant du roi Édouard III d'Angleterre et connétable d'Aquitaine, chargé d'appliquer le traité en particulier en Angoumois, prend possession de la ville, de ses châteaux et du « mostier » (monastère) Saint-Pierre. Il reçoit les serments de fidélité au roi d'Angleterre des principales personnalités de la ville[26].
La maison de Valois-Angoulême
Le comté d'Angoulême est donné à Louis d'Orléans frère du roi Charles VI en 1394 puis transmis à son fils Jean d'Orléans (1400-1467) grand-père de Marguerite d'Angoulême et de François Ier. Le Bon comte Jean d'Angoulême agrandit magnifiquement le château comtal lors de son retour de sa captivité anglaise au milieu du XVe siècle.
Angoulême, siège d'un comté, l’Angoumois, parvient avec lui à une branche de la famille de Valois dont est issu François Ier, né à Cognac en 1494, roi de France de 1515 à 1547. En 1524, le navigateur italien Giovanni da Verrazzano revient des Indes. Il annonce à François Ier avoir découvert un nouveau territoire qu'il a nommé Nouvelle Angoulême en son honneur. Ce territoire devient par la suite la Nouvelle-Amsterdam, puis New York.
L’époque moderne
Angoulême entre révolte et guerres de religion

Jean Calvin, promoteur du protestantisme et ami de Louis du Tillet, archidiacre d'Angoulême, obligé de fuir Paris en 1533, se réfugie à Angoulême et dans les grottes de Rochecorail à Trois-Palis. Il y rédige une partie de l'Institution de la religion chrétienne qui est publiée en latin, pour la première fois, à Bâle en 1536[27].
Angoulême est touchée par la révolte des pitauds : en 1541, la gabelle est imposée à la Saintonge et à l’Angoumois. Ces provinces ne payaient jusqu'alors pas cet impôt sur le sel. La révolte éclate autour d’Angoulême, et les paysans des campagnes environnantes prennent la ville en juillet 1548[28].
Lors de la première des guerres de Religion, la ville prend les armes : elle est reconquise en 1563 par Montpensier. En 1565, Charles IX passe dans la ville accompagné de sa cour lors de son tour de France royal (1564-1566)[29]. En octobre 1568, la ville est prise par les protestants[30].
Henri III est dans sa petite enfance duc d'Angoulême. Il en laisse une description peu flatteuse « Les rues d'Engolesme sont tortes, les maisons sans ordre, les murailles bâties de diverses sortes de maçonneries qui montrent qu'elle a été faite en plusieurs fois et souvent prise et ruinée »[31]
En 1588, le maire d'Angoulême François Normand, seigneur de Puygrelier, reçoit l'ordre d’Henri III d'arrêter le duc d’Épernon, gouverneur d'Angoumois. Il mène l'assaut qui est repoussé et meurt le .
Angoulême, refuge de Marie de Médicis
En 1619, Marie de Médicis en fuite y est reçue par le duc d’Épernon, gouverneur de l'Angoumois. Ensuite le château n'est que la résidence des gouverneurs. Le traité d'Angoulême est négocié par les conseillers du roi, Charles d'Albert, à Richelieu, protégé de la reine mère, et aboutit, le , à la réconciliation de Marie de Médicis avec son fils le roi Louis XIII, à Angers.
Déclin de la ville au XVIIIe siècle
La révocation de l'édit de Nantes qui autorisait l'exercice de la religion protestante, plongea Angoulême dans le marasme économique à partir de 1685. La ville ne connut pas de grands travaux d'urbanisme hormis la transformation du parc du château en place publique et le comblement des fossés en 1769. La vie intellectuelle ne se caractérisa pas par son dynamisme : le collège qui comptait 275 élèves, en 1763 avant l'expulsion des jésuites du royaume de France, en 1763, n'en comptait plus que 48, en 1777. Une loge maçonnique fut créée à Angoulême par le physicien Charles-Augustin Coulomb et l'architecte Vallin de La Mothe.
Turgot, intendant de la généralité de Limoges (dont dépendait Angoulême) de 1761 à 1774, entreprit d'améliorer la route vers l'Espagne qui passait par la ville et fit construire des écluses sur la Charente pour redynamiser l'économie locale dont l'industrie papetière et la fonderie de canons constituaient le fleuron[32].
La Révolution française à Angoulême
Election des députés aux états généraux
Angoulême connait comme une grande partie du pays un déficit public considérable depuis la guerre d'Amérique, ainsi que de mauvaises récoltes successives, notamment lors de la sécheresse de 1785, et des inondations en 1786.
Les sénéchaussées d'Angoulême et de Cognac élisent leurs représentants aux états généraux en vue de ces derniers fixés le , avec un total de huit représentants des trois ordres. Angoulême comparé à de nombreuses provinces, est marqué par des revendications modérées, avec dans ses cahiers de doléances un profond respect et attachement pour le Roi, où les habitants de l'Houmeau-Pontouvre se disent : « pénétrés des sentiments les plus respectueux pour le sage prince qui les gouverne », ce qui n'empêche la volonté d'une monarchie garantissant les libertés individuelles et un nouveau découpage administratif (volonté de la noblesse angoumoise) ainsi qu'un impôt unique en fonction des facultés contributives des citoyens.
Grande Peur et soulèvements paysans en Angoumois

Après les événements de Paris notamment la prise de la Bastille cause un enthousiasme patriotique et une atmosphère de fête qui se propage dans tout l'Angoumois. On observe à Angoulême et un peu partout dans la région un début de création de milices citoyennes ou Garde nationale où M. de Bellegarde en est le commandant à Angoulême.
La Grande Peur touche Angoulême et la région avec la propagation de fausses informations d'attaques de la ville, qui engendrent des alarmes inutiles. Ce chaos national prend fin dans la nuit du 4 août 1789 quand le système féodal est aboli en France.
Des jacqueries éclatent dans différents cantons : Aubeterre, Blanzac, Montmoreau, Chalais, du fait que les droits des seigneurs qui ne sont pas réellement et concrètement abolis. Ces révoltes sont étouffées par l'envoi de la Garde nationale locale. Le premier arbre de la liberté est planté le à Angoulême.
Angoulême, chef-lieu du département de la Charente
Les départements, tel celui de la Charente sont créés pour rompre avec les anciennes provinces et leurs privilèges et unifier administrativement le pays. La constitution du département de la Charente ne se fait pas sans difficultés du fait des rivalités locales qui se donnent libre cours lors de la réunion des députés. Finalement, un maximum de paroisses sont rassemblées, les marquisats, châtellenies et les duchés sont démembrés au profit d'une division du nouveau territoire en six districts[Note 3]. Angoulême devient chef-lieu du département et cesse de ce fait de dépendre de Limoges.
Les Angoumoisins et les levées en masse
La Convention nationale demande au département la levée de 3 000 soldats pour les guerres de la Révolution française. Elle se limite à 1 148 hommes, dont une grande majorité sont Angoumoisins. Ils constituent deux bataillons et participent à plusieurs conflits (guerre de Vendée, bataille de Jemappes, expédition de Saint-Domingue…). En 1795, ils ne sont plus que 75 hommes. D'autres levées ont lieu et on estime à 45 000 le nombre de Charentais ayant pris les armes entre 1791 et 1793.
Angoulême fait cependant face à une forte disette due à des réquisitions pour les armées de la République (chemises, plomb, chevaux, armes, nourriture…) et la cité connaît sa plus grande période de misère. La Guerre de Vendée ne touche que brièvement Angoulême qui envoie pour l'effort de guerre 36 canonniers, une pièce d'artillerie, 26 cavaliers et 90 hommes d'infanterie. La fonderie de Ruelle jouz un rôle important pour sa production de canons.
Angoulême devient Montagne-Charente
Le 10 frimaire an II, des «Fêtes de la Raison » sont organisées dans la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême pour célébrer la «déchristianisation» amorcée par le nouveau gouvernement révolutionnaire, qui renomme la ville Montagne-Charente.
XIXe siècle, industrialisation et arrivée du chemin de fer à Angoulême
La fonderie de Ruelle
En 1753, le marquis de Montalembert crée à Ruelle-sur-Touvre une fonderie pour couler des canons de la marine royale. Elle se développe tout au long du XIXe siècle jusqu'à employer plus de 6 000 ouvriers au cours de la Première Guerre mondiale. L'usine est aujourd'hui intégrée au groupe industriel Naval Group.
L'industrie papetière
Entre 1835 et 1842, vingt-deux machines à papier sont installées dans les moulins réaménagés pour la production industrielle. On compte environ 25 papeteries dont les papeteries Laroche-Joubert à Angoulême, L. Desbordes à Soyaux, Demignot et Hébert sont les plus importantes. En 1842, il ne reste plus que cinq moulins artisanaux
Edmond Laroche-Joubert de La Couronne, commune voisine d'Angoulême est le premier en Charente à appliquer le procédé de glaçage, qui permet l'utilisation de la plume d'acier. Enveloppes, cartes de visite, papier à lettres, cahiers deviennent une spécialité angoumoisine, avec en particulier le vélin d'Angoulême.
Le papier à cigarettes est fabriqué à Angoulême en 1863 par Léonide Lacroix, à La Couronne en 1880 par Lucien Lacroix et en 1918 par Joseph Bardou-Le Nil, encore à Angoulême.
L'arrivée du chemin de fer en Charente, facilite l'exportation et l'arrivée des matières premières.
Angoulême carrefour ferroviaire
Angoulême est située sur la ligne de chemin de fer de Paris-Austerlitz à Bordeaux-Saint-Jean par Les Aubrais-Orléans, Saint-Pierre-des-Corps et Poitiers.
Les travaux de construction de la plateforme de la section d'Angoulême à Libourne sont achevés dès 1849 mais la mise en service de la ligne attend le , avec l'achèvement de la section de Libourne à Bordeaux. On perce un tunnel de 779 mètres sous l'éperon rocheux sur lequel la ville est construite pour implanter la gare d'Angoulême au plus près des activités économiques, .
Les travaux de la section de Poitiers à Angoulême ne débutent qu'en 1850, cette section ouvre le .
la ligne Angoulême-Saintes est ouverte en 1867 et la Angoulême-Limoges, en 1875.
Entre 1883 et 1892, Lazare Weiller développe une usine de transformation des dérivés du cuivre, qui devient les Tréfileries et laminoirs du Havre.
Le réseau du Tramway d'Angoulême dessert la ville de 1900 à 1935.
- L'hôtel de ville, construit à l'emplacement de l'ancien château, photographié au début du XXe siècle.
- Rame du tramway d'Angoulême, place des Halles centrales, avant la Première Guerre mondiale.
Première Guerre mondiale
Le samedi l'ordre de mobilisation générale produit à Angoulême un effroi mêlé d'enthousiasme collectif patriotique. La spéculation s'installe peu à peu dans la ville avec une hausse effroyable des prix qui doublent ou triplent, des réquisitions et à plusieurs moments des pénuries.
Angoulême et l'économie de guerre
Comme tout le reste du pays, à Angoulême, la société se réorganise pour participer à l'effort de guerre. Les femmes et les vieillards se mettent à travailler dans l'agriculture, mais c'est bien durant la Première Guerre mondiale qu'Angoulême connait sa plus grande industrialisation. Une intense activité est due au fort développement d'usines liées à la guerre.
Les usines des alentours d'Angoulême sont transformées en usines de guerre et tournent à plein régime (papeteries, fabriques de feutre, tréfileries…) grâce à la main-d'œuvre féminine. La Fonderie de Ruelle compte alors jusqu'à 10 000 salariés. Angoulême atteint durant cette période 100 000 habitants.
Les Angoumoisins répondent aux appels de mobilisations d'épargne en échangeant leur or contre des bons et des titres.
Les pacifistes angoumoisins
Quelques manifestations pacifistes motivées par des idéaux socialistes et par la révolution russe de février 1917, apparaissent et sont dirigées par le couple Mayoux, instituteurs à Dignac. Ils sont jugés pour « défaitisme » et révoqués.
Le lundi vers midi, les Angoumoisins accueillent avec allégresse l'annonce de l'armistice de 1918.
Les victimes de la guerre
13 000 Charentais périssent durant la guerre. Une bataille marque les esprits, au début de la guerre, en Picardie, à Moislains (Somme), le . Surpris par une attaque de l'armée allemande, les soldats des 307e et 308e régiments d'infanterie, composés de soldats français originaires pour la plupart du département de la Charente, chargent à la baïonnette et sont fauchés par les mitrailleuses allemandes : 485 Charentais meurent en moins de 4 heures.
Le monument aux morts d'Angoulême est érigé sur la place Beaulieu.
L'entre-deux-guerres, Angoulême poursuit son industrialisation
En 1919, Marcellin Leroy, jeune artisan originaire du nord de la France, s'installe en Charente et y crée une entreprise de fabrication de moteurs électriques. En 1947 l'entreprise se développe dans la fabrication des alternateurs. Et devient la firme Leroy-Somer.
En 1928, à La Couronne (commune voisine d'Angoulême), créée une usine de fabrication de ciment est créée. Elle fait partie aujourd'hui du groupe Lafarge.
Seconde Guerre mondiale
Angoulême occupée par les Allemands
Le , la 2e division Verfügungstruppe (troupe spéciale d'intervention) Das Reich, appuyée par d'autres unités de la Wehrmacht, fait son entrée à Angoulême. Ces troupes neutralisent et font prisonniers les nombreux soldats français réfugiés dans la ville. On estime leur nombre entre 10 et 20 000. Ils sont libérés dans les jours suivants.
La division Das Reich, qui se rend tragiquement célèbre en 1944 au cours de la bataille de Normandie, continue sa « guerre éclair » en rejoignant au plus vite la frontière espagnole pour définir rapidement la ligne de démarcation qui va couper la France en deux[33]. Angoulême se trouve en zone occupée, sous autorité allemande. Elle est le siège d'une Feld Kommandantur. La frontière avec la zone libre, familièrement appelée zone nono (non occupée) passe environ 20 kilomètres à l'est d'Angoulême, dans la forêt de la Braconne, scindant le département en deux.
Déportation des républicains espagnols
Le un convoi de républicains espagnols part d'Angoulême : c'est le convoi des 927. Ces réfugiés étaient rassemblés dans les camps de « la Combe aux Loups » à Ruelle-sur-Touvre et des « Alliers » à Angoulême. C’est le premier convoi de civils, par familles entières, de l'histoire de la déportation en Europe de l'ouest [34],[35]. À destination, seuls les hommes de 13 à 68 ans (438) sont dirigés vers le camp de Mauthausen où très peu survivent. Les femmes, les enfants, les vieillards repartent, via Angoulême, pour être livrés aux franquistes.
Le camps des « Alliers » sert également de camp de concentration pour les nomades, sous administration française (avant et après la Libération), jusqu'en .
Premiers actes de résistance
Le , le jeune Gontran Labrégère est fusillé par les occupants. Il a tenté, avec son ami Jean Pierre Rivière d'incendier en gare d'Angoulême un train de paille et de munitions. C'est le premier d'une longue liste de 98 résistants ou otages originaires de Charente. En 1942, le maire Guillon est destitué. Il est accusé d'appartenir à une organisation déclarée hors la loi par le régime de Vichy. Il est remplacé par un notable, l'industriel Pallas.
Rafle et déportation des Juifs

Dans la nuit du 8 au , 422 Juifs - pour la plupart réfugiés - sont raflés et détenus dans la Salle philharmonique d'Angoulême (actuellement le Conservatoire Gabriel Fauré). 85 ont moins de 15 ans. Certains ne sont encore que des nourrissons.
Le , sur instructions de la SIPO/SD de Poitiers, 387 juifs sur les 422 arrêtés partent d'Angoulême pour le camp de Drancy. Ils sont tous déportées vers Auschwitz. Parmi eux, il n'y a que 8 survivants[36].
Les arrestations de Juifs s'étendent : 12 à Montemboeuf, 4 à Ligné, 36 à Cognac...
Libération de la ville par les FFI

Le un bombardement allié fait d'importants dégâts et une victime à la Poudrerie nationale[37]. Le et le , la gare est la cible des forteresses volantes américaines qui déversent un tapis de bombes. Elles font peu de dégâts à l'ennemi mais causent la mort de 242 civils, détruisent 400 maisons et font 5 000 sinistrés dans les quartiers de l'Éperon, l'Houmeau, la Madeleine et la Grand-Font.
À la fin du mois d', la colonne Elster, qui réunit des débris de différentes unités allemandes et la Légion indienne des volontaires de la Waffen-SS, traverse la ville en se repliant. Sans incident notable.
Différentes unités des FFI du département et des renforts venus de Dordogne commencent alors l'encerclement de la ville. Le soir du l'attaque est lancée. Elle met en fuite les restes de la garnison allemande.Heureusement, celle-ci n'a pas eu la possibilité d'utiliser les nombreux et redoutables ouvrages fortifiés érigés pour organiser la défense de la ville. Cette attaque fait cependant 51 victimes dans les rangs des différentes unités engagées : maquis de Bir Hacheim, Groupe Soleil, SSS (Section spéciale de sabotage), etc. Dans la nuit du au la ville est libérée, un comité de Libération et un nouveau préfet sont installés.
Les Trente Glorieuses
Une période de croissance urbaine pour Angoulême
Après la guerre, la ville connaît une grande expansion de ses quartiers périphériques. D’abord la Grand-Font et Bel-Air, à la suite du programme de reconstruction du MRU (Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme) après les dommages de guerre : le quartier de la gare a été bombardé en 1944. Puis, dans les années 1960, ce sont les quartiers de Basseau (ZAC) et la Grande-Garenne, ainsi que la création de la ZUP de Ma Campagne dans les années 1970.
Peu à peu, les industries déménagent dans des zones industrielles plus spacieuses créées dans les communes périphériques, entre 1959 et 1975[38] :
- Sillac-Rabion (1959) ;
- les Agriers (1964) ;
- ZI no 3 : le Gond-Pontouvre et l'Isle-d'Espagnac (1967) ;
- Nersac (début des années 1970) ;
- la Combe à Saint-Yrieix (1980).
L'urbanisation affecte aussi les communes périphériques, avec les ensembles de Soyaux et Ruelle-sur-Touvre et fait de l'agglomération une des principales cités du sud-ouest[39].
De grands travaux d'équipement et de modernisation de la ville
En 1972, la ville signe un contrat « ville-pilote » avec l'État (la DATAR, représentée par Albin Chalandon)[40],[38], ce qui permet de faire des grands travaux d'aménagement : petite rocade (pont et rue Saint-Antoine, boulevard de Bretagne, tunnel de la Gâtine), pénétrante de Ma Campagne appelée voie de l'Europe, ZUP de Ma Campagne, centre Saint-Martial, parkings souterrains Bouillaud et Saint-Martial, piscines couvertes Montauzier et Ma Campagne, rue piétonne, plan de circulation (mise à sens uniques) et gestion informatisée des feux tricolores (Angoulême fait partie des premières villes de France avec Bordeaux où le système informatisé Gertrude est implanté, appelé Philibert à Angoulême[38], transports urbains STGA (une dizaine de lignes de bus radiales), aménagement de la place Bouillaud, conservatoire de musique[41].
En 1972, le de la même année, un déséquilibré, Serge Allafort, tue cinq personnes aux Nouvelles Galeries et en blesse cinq autres par arme à feu[42]. Ce drame marque la ville.
Depuis 1974, se déroule le Salon international de la bande dessinée qui devient en 1996, le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême
Les années de crises
En 1989, le député-maire PS, Jean-Michel Boucheron est défait aux élections municipales. il laisse un trou de 164 millions de francs et une dette de 1,2 milliard de francs dans les finances de la ville. Ce déficit obère les finances de la ville et sert longtemps de justificatif au non-engagement dans la réalisation de certains travaux.
La petite rocade (le quart sud-ouest, c'est-à-dire le boulevard d'Aquitaine, un deuxième pont sur la Charente et le raccordement à la voie de l'Europe) n’est terminée qu'en 1995.
Suite à la construction du complexe aquatique Nautilis à Saint-Yrieix par la Communauté d'agglomération, la commune d'Angoulême ferme en ses trois piscines (Montauzier, Ma Campagne et la piscine d'été de Bourgines)[43].
- L’arrivée du T.G.V en Gare d'Angoulême.
- La médiathèque de l'Alpha.