Histoire de Montluçon
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D'azur au château donjonné d'argent, maçonné de sable, posé sur un mont d'or mouvant de la pointe et surmonté d'un soleil du même.
Devise : Mons Lucens inter Montes (« la montagne lumineuse parmi les montagnes. »)[1]
Cet article retrace les faits marquants de la ville de Montluçon.
Des traces d'occupation humaine datant de la Préhistoire ont été retrouvées aux alentours de la commune comme à Nassigny, Prémilhat, Néris-les-Bains ou encore sur le site de Marignon[2].
Période gallo-romaine et mérovingienne

Durant l'Antiquité, Montluçon fait partie du territoire des Bituriges Cubes[3],[4],[5],[6] qui vont donner leur nom au Berry[7].
Après la défaite de Vercingétorix à Alésia en -52 et la conquête de la Gaule, Montluçon devient un important point stratégique. Les colonies romaines s'installent sur le site et édifient un castrum pour surveiller le comportement des voisins Lémovices et des Arvernes. Montluçon devient un lieu de passage pour Évaux-les-Bains (Ivaonum) et Néris-les-Bains (Aquae Neriae), c'est à cette proximité que la ville doit sa prospérité.
À la suite du déclin de Rome, plusieurs peuples venant de l'est ruinent et pillent la région du Cher. Les Wisigoths s'installent en 378 ; en 507 leur roi Alaric II est tué par Clovis qui conquiert alors le Berry et l'Auvergne. Au Xe siècle, Montluçon détrône Néris, qui était alors la cité la plus puissante de la région. Elle connaît un grand rayonnement mais la ville est située à la frontière du royaume des Francs et du duché d'Aquitaine. Après l'invasion des Normands au Xe siècle, la ville doit pouvoir se défendre, c'est ainsi qu'apparaît la seigneurie de Montluçon qui devient bientôt la rivale de la baronnie de Bourbon. À la fin du IXe siècle et au début du Xe siècle, les Hongrois envahissent la région. Ils pillent Néris qui est une ville riche mais ne réussissent pas à détruire Montluçon qui est alors bien protégée. Les survivants de Néris vont ensuite émigrer, pour la plupart, vers Montluçon après la destruction de leur cité[8].
Moyen Âge

Le seigneur de Montluçon le plus célèbre a été Odon qui fit construire des remparts et un donjon pour défendre les habitants. Après sa mort en 998, les religieux venus d'Évaux-les-Bains construisent l'église Saint-Pierre dont les travaux s'achèvent au milieu du XIe siècle. Montluçon est ensuite divisée en deux paroisses. Odon n'ayant aucun descendant, c'est donc son frère Hugon qui lui succède. À la mort de ce dernier, n'ayant pas d'enfant non plus, c'est son neveu Archambaud II qui devient seigneur, réunissant ainsi les seigneuries de Montluçon et de Bourbon[9].
Au XIIe siècle, les Anglais font le siège de la ville car elle a une bonne situation mais les Montluçonnais gagnent. Les Anglais font un nouveau siège en 1170 mais cette fois-ci, ils parviennent à entrer dans la ville en 1171. Ils l'ont occupée pendant dix-sept ans jusqu'à l'arrivée de Philippe Auguste. En 1202, le roi donne la seigneurie de Montluçon au sire de Bourbon, la réduisant à une simple châtellenie. Au XIIIe siècle, le seigneur Archambaud VIII, ayant besoin d'argent, fait une charte aux bourgeois de la ville. Le , la sirerie de Bourbon devient duché. En 1356, les Anglais, dirigés par le Prince Noir, prennent et reprennent les châteaux du Bourbonnais. Ils repartent en laissant derrière eux la peste noire, qui décime une partie de la population[10].

Au XIV e siècle, Louis II, duc de Bourbon, fortifie la ville compte tenu de l'importance stratégique qu'elle a prise. Il relève les murailles, creuse des fossés par les eaux de l'Amaron et construit quatre portes pour entrer dans la ville. Il restaure le château et l'église Notre-Dame. Louis II de Bourbon meurt le dans le château<[11].
Époque moderne
Au XVe siècle, Montluçon est entourée de vignes produisant de bons vins que les voisins du Limousin, de la Marche et des Combrailles viennent se procurer[12].
En 1531, la ville est rattachée à la couronne de France en même temps que le duché à la suite de la confiscation des terres du duc Charles III. Montluçon connaît une mauvaise période à cause d'une nouvelle épidémie de peste en 1581 et des Guerres de Religion. En 1592, Henri IV de France fait renforcer les remparts qui tombent en ruines. Les habitants ont des problèmes avec les impôts et les taxes au milieu du XVIIe siècle. Durant cette période, la femme et la mère de Nicolas Fouquet se retirent dans la ville sur ordre du jeune roi Louis XIV et résident dans le château de la Gaité. À la fin du XVIIe siècle, on dénombre environ 3 800 habitants intra-muros. Montluçon possède une église collégiale, deux couvents, un hôpital et une châtellenie. Durant l'hiver 1709, le jour des rois, une vague de froid bloque l'accès à la ville et détruit toutes les récoltes. Après ce gel, Montluçon subit une famine qui fait de nombreuses victimes. En 1782, la fonte des neiges provoque une inondation détruisant quatre cents maisons[13].
Période révolutionnaire
Les cahiers de doléances ont été rédigés entre le 16 et le . La période de la Révolution française a cependant été calme à Montluçon. Seule la Grande Peur a agité la cité, les habitants se sont donc préparés à défendre leur ville. À la création des départements en 1790, Montluçon voulait échapper à l'autorité de Moulins. Le député montluçonnais Regnard avait présenté ses idées d'un département où Montluçon serait le chef-lieu mais il était le seul député à défendre ses propos alors que Moulins et Guéret en possédaient sept.
Le , Moulins devient officiellement le chef-lieu du nouveau département. Montluçon tente alors d'avoir le siège du diocèse mais là encore c'est Moulins qui a le siège épiscopal. Dès le , le nouveau département de l'Allier est créé et Montluçon devient une commune. La ville n'est que chef-lieu de district qui comprend neuf cantons : Désertines, Estivareilles, Huriel, Lignerolles, Marcillat, Néris, Saint-Désiré et Saint-Sauvier, il est supprimé le .
Après la Révolution, un arbre de la liberté est planté sur la place Notre-Dame, le . Les communes de Châteauvieux et de Blanzat sont rattachées à Montluçon le [14],[15].
XIXe siècle
Montluçon devient une sous-préfecture de l'Allier le . Un projet a été présenté pour rendre le Cher navigable car on pouvait transporter le charbon venant de Commentry par un chemin de fer industriel et le bois provenant de la forêt de Tronçais. Seulement le projet était irréalisable, il a donc été modifié. Dès 1808, on commence à construire un canal longeant le Cher : le Canal de Berry. Les travaux se terminent en 1834 et le canal est ouvert au public en 1835. En 1840, la nouvelle route Tours-Moulins passe par Montluçon, ce qui augmente les possibilités de circulation. Enfin, la construction de la gare et de l'avenue Napoleon III annonce l'arrivée du chemin de fer et de nouvelles voies de communication. Peu à peu, la ville englobe les faubourgs, elle commence à se moderniser, à s'industrialiser. La population a presque quintuplé en 50 ans, passant de 5 034 habitants en 1840 à 27 818 en 1890. Les remparts disparaissent et sont remplacés par le boulevard de Courtais. Des usines sont construites sur la rive gauche du Cher et surtout dans le nouveau quartier de la Ville Gozet. Leurs hauts fourneaux s'intègrent au panorama de la ville. L'empereur Napoléon III vient à Montluçon en août 1864[16].
XXe siècle
La Belle Époque (1871-1914) : L'apogée industrielle et le laboratoire socialiste
Durant la Belle Époque, Montluçon connaît une mutation profonde, passant d'une cité médiévale à une puissance industrielle de premier plan, souvent surnommée le « Manchester Bourbonnais[17] ». Cette période est marquée par une croissance démographique soutenue, la population dépassant les 35 000 habitants au tournant du siècle.
Un pôle métallurgique majeur[18]
L'économie de la ville repose alors sur l'exploitation intensive du charbon du bassin de Commentry et le développement de la métallurgie lourde.
- Les Hauts-fourneaux et Forges de Saint-Jacques (Compagnie de Châtillon-Commentry) et l'usine Saint-Victordeviennent les poumons économiques de la cité.
- Le Canal de Berry et le nœud ferroviaire en pleine expansion facilitent l'exportation des produits transformés vers toute la France.
Le berceau du socialisme municipal[19]
Sur le plan politique, Montluçon entre dans l'histoire en 1892 en devenant la première grande ville de France à élire une municipalité socialiste, menée par Jean Dormoy. Ce « socialisme municipal » se traduit par des révisions sociales concrètes :
- Création de la Bourse du Travail, soutien aux syndicats et mise en place de mesures d'assistance (cantines scolaires, aide aux indigents).
- Cette effervescence politique culmine lors de la grande grève de 1906, où les ouvriers métallurgistes s'opposent massivement au patronat pour réclamer une revalorisation salariale et une réduction du temps de travail.
Modernisation urbaine et architecture[20]
Sous l'impulsion des municipalités successives, la ville se transforme pour répondre aux enjeux de salubrité et de prestige :
- Aménagements : La ville s'équipe d'un éclairage public moderne et améliore ses réseaux d'assainissement.
- Grands travaux : Le paysage urbain s'enrichit de bâtiments emblématiques, souvent marqués par le style Art nouveau ou l'éclectisme. Le Théâtre municipal, conçu par l'architecte local Gilbert Riblet, dont la construction débute en 1911, symbolise cette ambition culturelle.
- Dichotomie sociale : Le tracé urbain souligne les contrastes de l'époque : les luxueuses villas d'industriels bordent le boulevard de Courtais, tandis que des cités ouvrières et des quartiers de « maisons à loyer modéré » se développent à la périphérie des usines.
La Première Guerre mondiale et l’effort de guerre
Dès le déclenchement du conflit en août 1914, Montluçon devient un centre névralgique de l'arrière. La ville se transforme en une véritable « usine de guerre ». Les forges et aciéries (notamment l’usine Saint-Jacques) réorientent leur production vers l’armement, se spécialisant dans la fabrication d'obus, notamment le célèbre « 75 ». Pour pallier le départ des hommes au front, les usines emploient massivement des femmes (surnommées les « munitionnettes »), ainsi que des travailleurs coloniaux et des prisonniers de guerre allemands.
L’Entre-deux-guerres : l’ère Dunlop
Le dynamisme industriel se poursuit après l'armistice. En 1920, la firme britannique Dunlop choisit Montluçon pour implanter sa première usine française sur le site de Saint-Victor. Ce choix stratégique s'explique par la présence d'un nœud ferroviaire important, la proximité du bassin houiller et la disponibilité d'une main-d'œuvre qualifiée issue de la métallurgie. L'arrivée de Dunlop marque un tournant majeur, faisant passer la ville de l'âge du fer à celui du pneumatique et de la chimie, tout en modifiant durablement l'urbanisme avec la création de cités-jardins pour les ouvriers.
