Histoire de la pensée économique dans la Chine ancienne

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La pensée économique chinoise apparaît lors des périodes des Printemps et Automnes (770 - 476 av. J.-C.) et des Royaumes Combattants (476 - 221 av. J.-C.). La pensée économique n'est pas une réflexion à part entière, mais est l'oeuvre de grands penseurs qui s'emparent des questions philosophiques, politiques, économiques, sociales ... Néanmoins, une véritable pensée économique se développe alors dans le monde chinois. Comme le relève le sinologue Michel Cartier : « La Chine pourrait à juste titre revendiquer l'honneur d'avoir inventé la pensée économique[1]. »

À ces époques anciennes, la Chine n'est pas encore unifiée, mais divisée en petits royaumes qui se font la guerre. Trois écoles de pensée sont particulièrement importantes à ces époques anciennes : le taoïsme, le confucianisme et le légisme[2].

La pensée taoïste est essentiellement l'oeuvre de Laozi (le "vieux maître" ; milieu VIème - milieu Vème siècle av. J.-C.) et Zhuangzi (env. 369 - 286 av. J.-C.). Le concept économique central dans la pensée taoïste est le wuwei, l'art de gouverner par la non-intervention[3]. Ce concept, parfois appelé le "non-agir", apparaît à de multiples reprises dans l'ouvrage central de Laozi, le Daodejing (le "Livre de la Voie et de la Vertu"). Si le souverain pratique le "non-agir", alors le royaume est gouverné à bon escient.

Laozi condamne également le luxe, la condamnation ostentatoire. Comme le relève Sie-Hoeï, commentateur du Daodejing, en 1530 : « Quand le saint homme gouverne l’empire, il ferme le chemin de la fortune et des honneurs, et il éloigne les objets de luxe ; par là il apprend au peuple à étouffer ses inclinations basses et cupides et à conserver sa simplicité primitive[4]. » Le "vieux maître" appelle ainsi à « dompter la fougue de ses passions désordonnées[5]. »

Laozi s'inscrit dans une optique que l'on qualifie aujourd'hui de libérale, puisqu'il condamne l'excès de réglementation. Il affirme ainsi que : « Plus le roi multiplie les prohibitions et les défenses, et plus le peuple s’appauvrit[6]. » Laozi condamne également une trop forte pression fiscale sur le peuple, affirmant que « Le peuple a faim parce que le prince dévore une quantité d'impôts[7]. » Ainsi, le principe de "non-agir" s'applique aux questions fiscales et réglementaires.

Dans la continuité de Laozi, Zhuangzi reprend à son compte le concept de wuwei, l'art de gouverner par la non-intervention. Dans l'ouvrage Zhuangzi qui porte son nom, il affirme : « Il faut laisser le monde aller de son train, et ne pas prétendre le gouverner. Autrement les natures viciées n’agiront plus naturellement (mais artificiellement, légalement, rituellement, etc.). Quand toutes les natures, étant saines, se tiennent et agissent dans leur sphère propre, alors le monde est gouverné, naturellement et de lui même ; pas n’est besoin d’intervenir[8]. » Zhuangzi s'oppose également à l'excès d'intervention et de réglementation de la puissance publique.

La pensée économique dans le confucianisme

La pensée économique confucéenne est essentiellement l'oeuvre de Kongzi (ou Confucius ; 551 - 479 av. J.-C.) et de ses disciples Mengzi (ou Mencius ; env. 372 - 289 av. J.-C.), Xunzi (env. 313 - 238 av. J.-C.) et Dong Zhongshu (179 - 104 av. J.-C.).

La recherche individuelle du profit pouvant entraîner des conflits entre les individus et perturber la société, Confucius insiste sur le fait que la justice engendre le profit, et qu'il est nécessaire de « tirer profit à travers la justice » ou encore de « générer des bénéfices par des moyens justes[9]. » Kongzi insiste sur l'importance de suivre des principes éthiques et moraux dans la quête du profit.

Dans l'optique confucéenne, enrichir le peuple est un objectif global, tandis que la quête du profit est un objectif individuel. Celle-ci doit être limitée par cinq principes : le destin, les rites, la justice, la voie et l'équité :

• la destinée : « La vie et la mort sont déterminées par le destin ; la richesse et la noblesse sont entre les mains du ciel » : les individus doivent accepter les arrangements du destin et ne pas rechercher à tout prix la richesse et la noblesse ;

• les rites : respecter les rituels traditionnels chinois dans la quête de la richesse ;

• la justice : respecter les principes de justice ;

• la voie : respecter les principes politiques ;

• l'équité : la richesse ou la pauvreté d'une personne doit correspondre à son rang et à son statut.

Pour Kongzi, la recherche de l'enrichissement personnel est respectable si elle respecte ces cinq principes[10].

Au final, chez Confucius, la question de la richesse et de la pauvreté est davantage le résultat de facteurs politiques que de facteurs économiques. La répartition équitable des richesses joue davantage sur le destin d'un individu, plutôt que son ardeur au travail et que les succès et revers de son exploitation commerciale[11].

Comme Laozi, Kongzi condamne tout excès de pression fiscale : il prône la modération des impôts et des dépenses publiques[12]. Comme Laozi, Confucius critique toute forme de consommation ostentatoire, mais il condamne également toute forme de frugalité excessive, c'est-à-dire le fait que les individus ne consomment pas assez[13].

Selon Michel Cartier[14]: dans la « Discussion entre Mencius et Xu Hang » est décrite une hiérarchie sociale (gouvernants, paysans, artisans et marchands) dépendante de la participation des hommes aux activités productives. Les échanges décrits entre groupes correspondent à des échanges de surplus où les prix sont déterminés en référence au niveau social : les objets destinés à la classe supérieure sont plus chers que les autres.

La pensée économique légiste

La pensée économique légiste a notamment été développé par Guan Zhong (725 – 645 av. J.-C.), Shang Yang (env. 390 – 338 av. J.-C.) et Han Feizi (env. 280 – 233 av. J.-C.).

Les légistes affirment que les êtres humains sont intrinsèquement égoïstes et court-termistes. Les institutions politiques doivent donc être développées en réponse. Dans le cadre légiste, l’harmonie sociale peut seulement être obtenue grâce au contrôle de l’État et à une obéissance absolue à l’autorité[15].

Les légistes soutenaient donc un système de lois qui prescrits des punitions et des récompenses, ainsi qu’un État fort et puissant, et une forte intervention de l’État dans l’économie. Il s'agit donc d'une école de pensée interventionniste, par opposition aux taoïstes et aux confucéens, plutôt libéraux. Un célèbre débat a d'ailleurs opposé légistes et confucéens sous la dynastie Han, en 81 av. J.-C. : la Dispute sur le Sel et le Fer.

Pendant la période des Printemps et Automnes (770 - 476 av. J.-C.), Guan Zhong est Premier Ministre de l'État côtier de Qi, dans le nord-est du monde chinois. Il sert le duc Huan de Qi, l'un des "Cinq Hégémons" de la Chine ancienne, c'est-à-dire les souverains les plus puissants[16]. Du fait de son expérience de Premier Ministre, Guan Zhong décrit les marchands comme les principaux ennemis intérieurs de l'État.

Sur le plan théorique, Guan Zhong est considéré comme l'auteur de l'encyclopédie Guanzi et, ce faisant, comme le lointain père fondateur du légisme, même s'il est fort probable que le Guanzi soit, en réalité, une compilation de textes dédiées à Guan Zhong et qui résume ses principales idées[17].

En matière de politique intérieure, Guan Zhong défend un État centralisé, fort et puissant, ainsi que la prépondérance de l'État sur les activités de commerce privées. Il est favorable aux monopoles commerciaux publics sur le sel et le fer, qui permettent non seulement de limiter l'influence des marchands privés, mais aussi de maximiser les recettes budgétaires perçues par la puissance publique[18].

En matière de politique extérieure, Guan Zhong défend des "opérations de guerre économique" consistant à provoquer des hausses ou des baisses brutales et imprévisibles des prix des denrées alimentaires, de manière à déstabiliser les royaumes voisins[18].

Des pensées plus structurées sont données en 654 av. J.-C. dans le « Guanzi », ouvrage encyclopédique et composite attribué à Guan Zhong, chancelier qui fonde la prospérité du royaume de Qi, ainsi que dans divers textes de l'école légiste - comme le « Shangjun Shu » de Shang Yang en 338 av. J.-C. - dont le maître-mot est « Enrichir le pays et renforcer l'armée ».

On trouve dans le Guanzi :

  1. une des premières formulations de la théorie du Marché, assimilé à une pesée
  2. une réflexion sur la monnaie considérée davantage comme une marchandise que comme un étalon
  3. la préconisation que l'État doit assurer lui-même la production et le commerce du sel et du fer, produits indispensables dans la vie des sujets.

La pensée économique mohiste

La Dispute sur le Sel et le Fer

Notes et références

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