Homolulu

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Homolulu
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Homolulu, sous-titré La naissance d'un volcan ou la tentation de concrétiser une utopie (en allemand : Homolulu – Die Geburt eines Vulkans oder die Versuchung eine Utopie konkret zu machen) est une rencontre homosexuelle internationale ayant lieu du 23 au à Francfort-sur-le-Main. Cet événement sert de catalyseur politique à plusieurs initiatives homosexuelles qui émergent par la suite dans toute l'Allemagne de l'Ouest.

Un bâtiment néerlandais en brique, devant lequel stationne une vingtaine de deux-roues, et au-dessus duquel flotte le drapeau arc-en-ciel.
Le 23 Kerkstraat à Amsterdam. Construit au XVIIIe siècle, le bâtiment abrite le café-discothèque gay et lesbien Homolulu de 1975 à 1997 puis le bar gay Bump de 2011 à 2012.

Homolulu est avant tout le nom d'un café-discothèque gay et lesbien d'Amsterdam, situé au 23 Kerkstraat entre 1975 et 1997, et formé à partir des mots Homoseksualiteit (homosexualité en néerlandais), et Honolulu, la capitale hawaïenne[1].

Les organisatrices et organisateurs de la première rencontre homosexuelle internationale de Francfort choisissent d'emprunter ce nom pour leur évènement, bien qu'ils et elles ne se soient jamais rendus au café-discothèque de la Kerkstraat[2]. Dans une vision exotisante, ils et elles l'ont associé à une île autonome bordée de palmiers, libre de toute contrainte et permettant de se démarquer des normes hétérosexuelles, le tout complété d'un volcan brûlant, depuis lequel il est possible de mieux embrasser la situation. Ils et elles décrivent cette utopie comme une danse sur le volcan, où l'on se penche sur le quotidien des homosexuels, où l'on lutte contre la discrimination quotidienne et où l'on provoque l'éruption dudit volcan, qui se doit alors d'ensevelir le chauvinisme hétérosexuel[3].

Contexte

Une couverture de livre couleur papier kraft sur lequel figure en grand le titre "§ 175", suivi du sous-titre "Die Schmach des Jahrhunderts!".
Couverture du livre de Kurt Hiller: § 175: Die Schmach des Jahrhunderts!, 1922.

Après 1945, le Code pénal de la jeune République fédérale allemande continue de mettre en œuvre le paragraphe 175 qui criminalise l'homosexualité depuis les débuts du Second Empire. Les procès de Francfort des années 1950-1951 présentent une nette continuité avec l'époque nazie et marquent même un point culminant dans la persécution des hommes homosexuels. En 1957, la Cour constitutionnelle fédérale conclut que l'activité homosexuelle est clairement contraire à la loi sur les mœurs[4]. Il faut attendre les manifestations de 1968 et la constitution des premiers mouvements gay et lesbien pour mener successivement à la réforme du paragraphe 175 en 1969 et 1973, sans pour autant l'abroger[5].

Les activités publiques des groupes homosexuels sont à ce titre interdites à plusieurs reprises par les autorités municipales, les homosexuels restent exclus de la fonction publique, et dans des cas isolés, des « traitements » psychiatriques et médicaux forcés sont pratiqués.

C'est dans ce contexte que nait le Groupe de travail national contre la répression des homosexuels (Nationale Arbeitsgruppe Repression gegen Schwule ou NARGS) (de). Il s'agit alors de la deuxième tentative de créer une organisation nationale du mouvement homosexuel de RFA. L'objectif est de garantir que les homosexuels ne soient pas oubliés lors du tribunal d'opinion prévu en 1978 (3e Tribunal Russell), qui devait traiter des violations des droits de l'homme en République fédérale allemande[5].

Dans le cadre du NARGS, des contacts étroits se développent sous l'égide de l'association Homosexuellen Aktion Hamburg et du groupe d'initiative Homosexualität Bielefeld (IHB). Le , les onze groupes participants publient un communiqué de presse dans lequel ils annoncent leurs objectifs. Les documents rassemblés sur les répressions doivent être présentés à un jury de présélection, mis à la disposition de tous les groupes homosexuels et publiés sous forme de brochure, ce qui est mis en œuvre en sous le titre Schwule gegen Unterdrückung und Faschismus (« Les homosexuels contre l'oppression et le fascisme ») et accompagné d'une explication des contextes sociaux.

« On voyait un lien étroit entre l'oppression des homosexuels, dont l'existence remettait en question l'hétérosexualité obligatoire, par exemple le mariage et la domination masculine, et l'oppression des travailleurs salariés, qui étaient soumis à une répression croissante en RFA. »[5]

Lors de la deuxième session du tribunal d'opinion, du 3 au , l'interdiction par la ville d'Aix-la-Chapelle de tenir des tables d'information pour le groupe gay local est débattue lors d'une séance exemplaire de vingt minutes. Elle est présentée comme un cas de censure et condamnée comme telle, mais la question de l'oppression des homosexuels y est reléguée à un rôle mineur. Certains en arrivent à la conclusion que les formes d'action de la gauche hétérosexuelle ne laissent aucune place à la véritable articulation des intérêts homosexuels, les homosexuels devant sans cesse mettre de côté leurs problèmes spécifiques au profit d'une politique de gauche commune[5].

D'autres groupes d'action de gauche, plus tard appelés Neue soziale Bewegungen (de), ont également le sentiment de faire du surplace à la fin des années 1970. C'est ainsi qu'est organisé à Berlin-Ouest, du 27 au , le congrès Tunix, une grande fête avec musique, cabaret et théâtre, ponctuée de nombreuses tables rondes. Ce congrès est à postériori considéré comme l'étincelle ayant permis l'émergence de nombreux projets homosexuels en Allemagne de l'Ouest. Parmi ceux-ci figurent les premières manifestations de la Christopher Street Day, le , à l'occasion du dixième anniversaire de Stonewall, dans les villes de Stuttgart, Cologne, Berlin-Ouest et Brême[6].

Évènement

Homolulu s'organise à l'été 1979, du 23 au , dans la ville de Francfort-sur-le-Main.

Pendant une semaine entière, plus de deux mille visiteurs célèbrent, discutent et manifestent, aussi bien pendant la journée à la Maison des Étudiants de l'Université de Francfort avec des groupes de travail militants, que le soir sous la tente du festival en périphérie de la ville, qui propose un riche programme culturel. Le point d'orgue est une manifestation haute en couleur sur la Zeil, la grande artère commerçante de la ville, avec le défilé d'un centaines d'homosexuels aux costumes flamboyants. Des images de cet évçnement font alors la une des journaux de la République fédérale. À l'issue de la manifestation, une résolution comprenant les points suivants est adoptée :

« Résolutions du congrès Homolulu du  :

  1. Nous exigeons que la discrimination envers les personnes célibataires cesse enfin.
  2. Nous exigeons l'égalité en matière de droit successoral et fiscal.
  3. La représentation de l’hétérosexualité comme la seule forme saine et désirable de sexualité doit enfin prendre fin.
  4. Nous exigeons un soutien aux institutions indépendantes de centres gays, de centres de conseil gays et d’organisations de santé gays.
  5. Nous exigeons le droit des personnes homosexuelles à travailler dans les médias publics, la radio et la télévision. Nous exigeons deux sièges au Conseil de l'audiovisuel.
  6. L’expression de soi des homosexuels dans l’éducation sexuelle doit être rendue possible.
  7. Nous exigeons une protection juridique contre la discrimination dans tous les domaines.
  8. Nous exigeons des réparations pour les victimes homosexuelles des camps de concentration et une réhabilitation complète des survivants.
  9. Nous exigeons la suppression de l’article 175 du Code pénal et de toutes les lois et réglementations qui l’accompagnent.
  10. Nous voulons être librement et ouvertement gays, non seulement à Homolulu, mais partout ailleurs[7]. »

Postérité

Références

Voir aussi

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