Homosexualité grecque
livre de Kenneth Dover
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Homosexualité grecque (Greek Homosexuality en anglais) est un ouvrage de l'universitaire britannique Kenneth Dover publié en 1978. Brillant helléniste au sommet de sa carrière et de sa reconnaissance académiques, Dover, frustré par la pauvreté et la superficialité du traitement universitaire de son temps des relations homosexuelles masculines dans la culture grecque (pourtant très présentes dans les sources primaires), se met en tête d'écrire un ouvrage consacré à ce thème, sans les a priori ou préjugés de son époque.
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Pederasty in ancient Greece (en) |
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Parmi ses thèses principales, Dover avance que les relations et désirs homosexuels ne sont que rarement exclusifs de relations et désirs hétérosexuels, que les relations homosexuelles jugées acceptables sont inégalitaires et socialement codifiées en termes d'âges, de statuts et de pratiques sexuelles, et que les Grecs mentionnent ouvertement et représentent abondamment ces désirs et relations, vus comme naturels, dans leur littérature, leur art ou leur mythologie.
Premier travail d'ampleur portant sur l'étude des relations masculines dans l'Antiquité grecque, cette publication fondatrice est à l'origine d'un nouveau, et fécond, champ universitaire d'étude de la sexualité antique, ses thèses s'exportant bien au-delà des seuls cercles universitaires. Greek homosexuality, très bien reçu par la critique, s'impose rapidement comme un classique du genre et a eu une influence importante sur d'autres historiens ou intellectuels travaillant sur l'histoire de la sexualité (tel Michel Foucault), et en particulier ceux ayant un profil antiquisant prononcé (comme David Halperin ou encore Eva Cantarella). Succès d'édition, le livre est publié trois fois : 1978, 1989 et 2016.
Contexte
Auteur

Dover est un universitaire archéologue et helléniste qui non seulement dispose d'une solide assise académique dans son champ d'études, mais est également au zénith de sa carrière lorsqu'il entreprend d'écrire cet ouvrage[B 1],[H 1]. Il enseigne le grec à l'université de Saint Andrews dès les années 1950, devient le président du Corpus Christi College d'Oxford en 1976, est anobli en 1977 pour services rendus à la recherche scientifique, puis est nommé Président de la British Academy en 1978[B 2],[H 1]. The Telegraph le considère ainsi comme « le plus brillant helléniste de sa génération »[1]. The Guardian le qualifie quant à lui de « figure emblématique dans le domaine de l'étude de la langue, de la littérature et de la pensée grecques anciennes », estimant que peu d'universitaires peuvent rivaliser avec lui sur l'étendue de son érudition en ce domaine[2].
Ainsi, au moment où il commence ses travaux sur Greek Homosexuality, il s'appuie sur une reconnaissance universitaire trentenaire et conséquente, notamment établie par ses éditions commentées d'œuvres de Thucydide, Aristophane, Théocrite, Lysias, ainsi que son livre Greek Popular Morality in the Time of Plato and Aristote (1974)[B 3].
Des travaux de recherche jusque là rares et souvent biaisés
Longtemps aux XIXe et XXe siècles, les travaux de recherche vont majoritairement éviter, censurer, juger ou ne pas approfondir pas la question de la sexualité entre hommes en Grèce antique. La sexualité antique est alors globalement un tabou[3]. En effet, les relations homosexuelles de nombreux textes et sources primaires grecs sont souvent censurées jusqu'au XXe siècle[4]. Les universitaires Français, par exemple, alternent entre « la censure, le mépris ou le silence gêné » jusqu'à la publication du livre de Dover[5].
Lorsqu'il travaille sur et publie son ouvrage, Dover est très conscient de la difficulté de traiter sereinement ce thème, le sujet de la sexualité grecque antique faisant l'objet d'une guerre idéologique entre 2 formes de militantismes opposés mais teintant tous 2 les recherches de leurs auteurs : « Certains (c'est-à-dire certains des experts en sexologie dans le domaine public comme dans le domaine universitaire) sont secrètement homosexuels, leur "recherche" n'est qu'une apologie déguisée. D'autres chercheurs ou d'autres praticiens témoignent dans le privé d'une haine vengeresse à l'égard des déviations sexuelles qu'ils ne manifesteraient jamais publiquement ou par écrit[6]. »
Greek Homosexuality parait la même année qu'un article de l'historien Français Paul Veyne sur la sexualité romaine, qui aura également un important impact sur la recherche historiographique[B 1].
Le sujet de l'ouvrage est jugé si sensible qu'à la parution de la première édition en 1978 l'éditeur prend le soin de préciser sur la page de garde « ce tome n'est vendu qu'aux bibliothèques, chercheurs et collectionneurs scientifiques qui signent l'engagement de ne l'utiliser que pour des buts scientifiques[3]. »
Motivations de Dover et processus d'écriture
Deux motivations principales ont mûri le projet d'écriture de Greek Homosexuality. La première est le souhait de Kenneth Dover de retirer ce sujet de l'« emprise étouffante et déformante des préjugés » de son temps, y compris l'homophobie. Selon l'universitaire, la sexualité grecque mérite en effet la même impartialité académique que celle qu'il s'efforçe d'atteindre dans ses autres travaux sur tous les autres aspects de la société grecque[H 2]. La seconde est que Dover voit un trait historiquement unique dans le caractère « ouvert » de l'acceptation des pulsions homoérotiques comme « naturelles, normales et universelles chez les hommes comme chez les dieux », et la traduction de cette acceptation dans un ensemble distinctif de formes d'expression sociales, artistiques et littéraires[H 2].
Sa première réalisation du besoin d'un traitement universitaire rigoureux des amours masculines grecques a en effet commencé des décennies avant l'écriture de Greek Homosexuality : en 1954, il est chargé de donner des cours sur la poésie érotique de Théognis de Mégare (certaines poésies étant dédiées à des adolescents), et est frappé et frustré par la pauvreté académique d'alors du traitement dans l'étude de ce sujet[H 2]. Les pratiques homoérotiques grecques le poursuivent dans le reste de sa carrière, que ce soit Les Nuées d'Aristophane, ou Le Banquet de Platon, sujet d'une de ses interventions au University College London (UCL) en 1964[H 3]. Ce cours au UCL (intitulé Éros et Nomos, ce qui pourrait se traduire en Désire sexuel et normes sociales) prend d'ailleurs en compte les travaux sexologiques de l'époque, notamment les rapports Kinsey, bien qu'ils ne soient pas cités dans la bibliographie d'Homosexualité grecque[H 4]. Ce sont les vives réactions au cours Éros et Nomos qui décident Dover à entamer l'écriture de son livre[H 5]. Dover publie en 1973 l'article Classical Greek Attitudes to Sexual Behaviour (Attitudes de la Grèce classique envers le comportement sexuel), qui présente déjà une bonne part de ses réflexions sur le sujet, et qui seront détaillées dans Greek Homosexuality[H 6].
De plus, un ouvrage intermédiaire, Greek Popular Morality (Moralité publique grecque), publié en 1974, fournit l'ossature de l'étude de Dover sur les valeurs et les mentalités grecques, et est fréquemment cité dans Homosexualité grecque[H 5].
L'écriture de Greek Homosexuality proprement dite commence en 1973 et dure 5 ans[H 7].
Dover a envisagé d'écrire Greek Homosexuality avec Georges Devereux[H 7]. Dover est en effet intéressé par les idées freudiennes bien avant d'écrire le livre, et il connait personnellement Devereux dès 1964[H 7]. Le projet n'aboutit pas à cause des préjugés de Devereux sur le thème du livre[H 7]. On trouve cependant dans les notes de bas de pages de Greek Homosexuality quelques citations des œuvres de Devereux, et son influence peut se ressentir à l'emploi de l'expression « pseudosexuel » par Dover dans la préface de son ouvrage, mais hormis ces éléments, l'influence de Devereux reste limitée sur le reste du livre et de ses thèses[H 7].
Si cette collaboration ne se matérialise pas, la traduction en français de l'ouvrage de Dover par Suzanne Saïd est publiée dans la collection « Bibliothèque d'ethnopsychiatrie », dirigée par Georges Devereux au sein de la maison d'édition La Pensée sauvage[B 4].
Présentation
Style et méthode d'exposition de ses thèses

Dover choisit de ne pas consacrer beaucoup de temps à réaliser l'état de l'art de son sujet d'étude, ne va pas s'attacher à creuser les définitions théoriques, ni faire de long exposé sur les notions clés ; il ne dresse pas non plus une vaste anthologie de textes traduits et commentés, ni n'adopte une approche strictement et purement chronologique[B 3].
Son travail prend la tournure d'une suite d'études de cas, en observant et analysant tour à tour un document spécifique ou un corpus donné[B 3]. Les quatre principales sources de Dover dans son étude son sont le discours Contre Timarque, celui de Pausanias dans Le Banquet, les comédies d'Aristophane, et les représentations parfois sexuellement explicites des vases de la fin du sixième et début du cinquième siècle avant J.C.[H 8].
Dover propose également une étude du lexique employé par des auteurs antiques, qui sont déjà connus de l'époque (comédies d'Aristophane, dialogues de Platon, discours d'orateurs), mais pour lesquels l'universitaire britannique va fournir un éclairage nouveau[B 5].
Enfin, l'auteur veille au caractère didactique de son ouvrage : il replace chaque document étudié dans son contexte historique (éléments archéologiques, contexte politique de l'époque) et s'attache à fournir des explications dans un style clair et accessible, en choisissant d'éviter de faire étalage de son érudition en écartant le recours à une grande quantité de références pointues ou trop techniques[B 5]. Ces différents choix d'écriture contribuent à la grande pédagogie de son propos : « le lecteur se sent pris par la main, guidé par un spécialiste qui le mène pas à pas dans son enquête[B 5]. »
Ce souci de rendre son livre accessible est probablement l'un des facteurs expliquant le succès de son livre, ainsi que la popularité durable de ses thèses : l'historienne Sandra Boehringer estime que « par l'élargissement du corpus dans le cadre d'un ouvrage à large diffusion, et par la mise en relation des images et des sources textuelles, Dover offre aux spécialistes de la Grèce ancienne comme au public éclairé une démonstration quasi imparable de la place de cet erôs et de ces pratiques politico-sexuelles dans l'Athènes classique[B 6]. »
Contenu
Préambule
Dover indique que son livre devait à l'origine être un travail collaboratif avec Georges Devereux, reconnu pour ses travaux sur les Amérindiens, peut-être afin de mobiliser la psychanalyse pour ce sujet d'étude[B 7].
L'auteur présente aussi son ouvrage comme ayant pour but de « décrire les phénomènes liés au comportement et aux sentiments homosexuels que l'on retrouve dans l'art et la littérature grecs entre le VIIIe et le IIe siècle avant J.-C., afin de fournir une base pour une exploration plus détaillée et spécialisée (que je laisse à d'autres) des aspects sexuels de l'art, de la société et de la moralité grecs[note 1]. »
Riche iconographie

Dover s'appuie et étudie un important corpus de 106 scènes érotiques sur céramique (iconographie attique de la fin du VIe siècle siècle et du début du Ve siècle avant J.C.), ainsi que cinq cent vases référencés[B 8], qu'il complète par une analyse du lexique employé dans la comédie attique[B 9].
Ces éléments permettent de montrer que la relation homosexuelle jugée acceptable selon ces sources primaires est de nature pédérastique, donc inégale à la fois au niveau de l'âge, du statut, et des pratiques et rôles sexuels entre les 2 partenaires, ce qui établit l'hypothèse de normes sociales établies[B 10]. De plus, le grand nombre de scènes de cour et d'amours masculines sur des objets de vaisselle, à un usage de banquets, démontre également que les Grecs de cette époque ont un intérêt, et même un certain plaisir, à voir dépeints et représentés ce type de relations[B 8].
Sandra Boehringer considère que ce corpus iconographique est « l'atout majeur » du livre : au-delà de sa richesse, ce corpus de sources primaires peu connues à cette époque permet également de mettre en lumière l'(auto)censure des publications précédent celui de Dover[B 8]. Une critiques dans Annales approuve l'intérêt de l'apport de la riche iconographie, notant que pour la première fois les images ne sont pas utilisées comme une simple illustration du texte, mais comme un objet d'étude en soi[3].
Les hellénistes et historiens Mark Masterson et James Robson ont montré à quel point l'accès à ces sources primaires (et la circulation de leurs photographies par courrier postal) dans les années 1970 a été une tâche ardue pour Dover, au vu de leur caractère jugé à l'époque « obscène »[B 5].
Dover n'est toutefois pas le premier universitaire rassemblant et étudiant un catalogue de ce type : en 1947, John Beazley commence également à jeter les bases d'une iconographie de représentations pédérastiques, sous un titre très sobre et peu évocateur (« Some Attic Vases in the Cyprus Museum », « Quelques vases attiques dans le musée de Chypre »[B 8]).
Thèmes
Malgré son titre, Dover précise très clairement dans son livre que la sexualité des Athéniens de l'Antiquité ne se limite pas qu'aux relations exclusives entre hommes ou exclut toute relation avec des femmes, l'universitaire britannique notant que la culture de la Grèce antique « admet facilement l'apparition successive de préférences homosexuelles et hétérosexuelles chez un même individu », et nie implicitement que « cette succession ou cette coexistence puisse créer des problèmes particuliers pour l'individu ou la société[8]. »
Dover reconnait en effet comme étant typique de la culture grecque antique la tendance de ressentir une attirance érotique envers les femmes et les jeunes hommes[H 5].
Une analyse des normes de la sexualité entre hommes
Suite au préambule, le livre s'ouvre sur l'analyse du discours Contre Timarque[B 3]. Timarque, soutient de Démosthène, est pris dans les batailles politiques de son temps et se voit accusé par Eschine de s'être prostitué à d'autres hommes. Longtemps analysé dans l'historiographie comme étant une simple attaque des relations entre hommes, Dover avance quant à lui que ce qui est condamné par Eschine (qui reconnait avoir également entretenu des relations masculines) est que Timarque s'est vendu dans sa jeunesse à d'autres hommes, et a endossé le rôle « passif » (c'est-à-dire pénétré)[B 11]. Dover démontre qu'il y a un dikaios erôs (« éros juste » : une manière convenable et socialement acceptée de s'engager dans des relations entres hommes) que Timarque n'a pas respecté[B 11]. C'est l'infraction à ces usages et convenances sociaux (plutôt qu'une relation homosexuelle en soit) qui est dénoncé par Eschine dans son attaque envers Timarque : un homme qui s'est prostitué n'est pas digne d'avoir une charge publique[B 9].

Ainsi Dover montre par l'étude de ce texte qu'il y a en Grèce antique des comportements homosexuels acceptables et socialement valorisés, et d'autres qui sont moqués et désapprouvés[B 9]. Sa thèse principale est que les Grecs acceptent et regardent positivement les relations homosexuelles dans le cadre inégalitaire de la pédérastie (éraste, adulte, actif et un éromène adolescent, passif), mais réprouvent en revanche certaines pratiques entre adultes de même âge, la prostitution ou encore les hommes se soumettant à des partenaires plus jeunes, ou prisonniers de leur sensualité[B 6]. Il constate aussi un geste récurrent dans la cour des éromènes par les érastes, qu'il nomme up and down (« en haut et en bas ») : le courtisan va caresser d'une main la joue de l'objet de son désir, et d'une autre ses parties génitales[9]. À partir de l'iconographie rassemblée, Dover montre également les cadeaux offerts dans le cadre du processus de cour (lièvre, coq, renard ou chien), ainsi que la présence de guirlandes, que celles-ci soient aussi des cadeaux à l'éromène ou soient simplement présentes pour représenter un caractère de fête[10].
Dover estime également que le désir homosexuel, en Grèce antique, n'est que rarement le fait d'une orientation figée et permanente (ce qui ne veut pas dire qu'elle n'existe pas du tout en Grèce antique : il subsiste quelques traces de cette manière d'être dans les sources, par exemple dans le discours d'Aristophane ou de Pausanias dans Le Banquet)[H 9]. Dans la majorité des cas en revanche, ce désir homosexuel coexiste ou alterne avec du désir hétérosexuel, selon les caprices d'Éros[H 9].
Selon Stephen Halliwell, dans l'avant-propos de la 3e édition, hormis ces éléments, Dover ne propose rien qui puisse être qualifié de « théorie » générale des relations homosexuelles grecques. Malgré sa propension à formuler des hypothèses sur les méthodes de séduction et les pratiques sexuelles associées (basées sur les images sexuellement explicites de la peinture sur vase et l'humour vulgaire des comédies classiques), Dover reste prudent sur les autres aspects du sujet[H 9]. Par exemple, Dover ne croit pas qu'il y soit possible de donner une explication aux « origines » des pratiques homosexuelles grecques ; tout juste date-il que l'érotisme « ouvert » entre personnes du même sexe serait devenu un phénomène nouveau, voire une sorte de mode culturelle, à partir du milieu de l'époque archaïque (vers 600 avant J.-C.)[H 9]. Il refuse également d'avancer une position tranchée sur ce qui se serait réellement passé entre Socrate et Alcibiade[H 9].
Le livre se conclut par l'analyse des besoins affectifs et physiques des Grecs, et leur disposition à s'imaginer que les dieux et les héros les partagent[B 12].
Autres sujets abordés
En complément de ses thèses principales, le livre aborde la présence des relations homosexuelles dans les comédies, les mythes et la philosophie grecques, le thème « femmes et homosexualité » (dont relations lesbiennes), et la question de l'origine supposément dorienne des pratiques homosexuelles à Athènes, ainsi que la discussion de l'hypothèse du « compagnonnage guerrier » censée expliquer la popularité des relations homosexuelles masculines[B 12]. Dover remet par la même en question les thèses de Bethe et Müller[B 12].
Réception et postérité
Premières réactions
Au vu des préjugés de l'époque, les premières réactions sont partagées et une certaine controverse entoure le livre à sa sortie. L'ouvrage est salué avec enthousiasme par certains qui le voient comme « intellectuellement libérateur » : pour la première fois, un livre fouillé montre qu'il est possible d'étudier tous les aspects de ce thème controversé, en incluant la philosophie et les détails anatomiques, sans inhibitions ou autocensure, avec même parfois un caractère explicite et « clinique », ce caractère explicite étant vu par Dover comme nécessaire afin de faire contrepoids aux euphémismes (autant dans les sources primaires que dans les commentaires modernes)[H 1]. Ainsi, dans une critique pour Annales, Alain Schnapp estime que Greek Homosexuality « comble utilement une lacune de l'érudition contemporaine[3]. »
Mais Greek Homosexuality a aussi déplu à d'autres au sein du monde académique en étant source de consternation pour ceux qui ne souhaitent alors pas que soit brisé le statu quo censure ou de discrétion[H 1]. Un helléniste de Cambridge confie ainsi en privé : « Avons-nous vraiment besoin d'un tel livre ? C'est certainement suffisant de lire Platon[H 1]. »
Un intérêt international
Traduit dans un total de 12 langues (ce qui est assez rare pour une monographie portant sur l'Antiquité[H 1]), Greek homosexuality atteint rapidement une importante diffusion à l'étranger, assez exceptionnelle pour un ouvrage traitant de l'Antiquité[B 13]. Il est traduit en français en 1982, en allemand l'année suivante, en japonais en 1984, et en espagnol en 1985[B 13].
Accueil critique

La première édition du livre atteint plus d'une vingtaine de recensions dans des revues d'histoire ou des classics, dont le Journal of Hellenistic Studies, l'American Historical Review et Annales (ESC) durant les seules 3 années post-publication[B 13]. Le livre fait également objet d'analyses et de mentions dans des grands quotidiens par des figures majeures de l'histoire, de l'archéologie ou de l'histoire de l'art[B 13].
L'historien Michel Foucault indique en ces termes les apports du livre de Dover à l'historiographie de la sexualité antique ainsi qu'à sa propre pensée :
« Dover, en effet, déblaye tout un paysage conceptuel qui nous encombrait. Bien sûr, on trouvera encore des esprits aimables pour penser qu’en somme l’homosexualité a toujours existé : à preuve Cambacérès, le duc de Créqui, Michel-Ange ou Timarque. À de tels naïfs, Dover donne une bonne leçon de nominalisme historique. Le rapport entre deux individus du même sexe est une chose. Mais aimer le même sexe que soi, prendre avec lui un plaisir, c’est autre chose, c’est toute une expérience, avec ses objets et leurs valeurs, avec la manière d’être du sujet et la conscience qu’il a de lui-même […]. En tout cas, jamais en Grèce ni l’un ni l’autre [des amants] ne faisaient de cet amour ou de ce plaisir une expérience semblable à celle que nous faisons, nous et nos contemporains, de l’homosexualité[5]. »
Bien que salué, le livre de Dover a néanmoins reçu quelques (rares) critiques ; Halliwell estime par exemple que Dover se serait trop persuadé que la société athénienne désapprouverait très fortement les relations entre hommes adultes, prenant l'exemple des liens unissant Agathon et Pausanias[H 5].
Influence considérable et durable

Ce livre est le point de départ de tout un nouveau champ d'étude universitaire moderne s'intéressant à la sexualité antique, de nombreuses publications et travaux suivant par la suite le chemin tracé par Dover[H 1].
Les thèses de Dover ont profondément influencé Michel Foucault (Histoire de la sexualité), au point que l'expression de « modèle Dover-Foucault » a été employée dans la recherche[12]. Foucault célèbre en 1982 la traduction en français de Greek Homosexuality, estimant que le cœur de l'analyse de Dover est de « retrouver ce que disaient ces gestes du sexe et du plaisir, gestes que nous croyons universels (quoi de plus commun finalement que le gestuaire de l’amour) et qui, analysés dans leur spécificité historique, tiennent un discours bien singulier[13]. » Au-delà de Foucault, Dover influence des héllénistes, universitaires ou historiens majeurs tels David Halperin, John J. Winkler (en) et Eva Cantarella[14].
Homosexualité grecque est nommément cité dans l'article « homosexualité » de l'Encyclopædia Universalis, qui le recommande comme porte d'entrée à l'étude de la sexualité antique[15]. Un professeur de l'université de Liverpool estime en 2019 (soit plus de 40 ans après sa première publication) que Greek Homosexuality est « le classique portant sur l'homosexualité en Grèce[10]. » Homosexualité grecque est également le premier ouvrage cité dans le sous-chapitre « L'homoérotisme masculin chez les citoyens » du chapitre consacré à la Grèce antique de l'ouvrage Une histoire des sexualités (2018), sous la direction de Sylvie Steinberg aux Presses universitaires de France[16].
Éditions
- 1re édition : (en) Kenneth Dover, Greek Homosexuality, Londres, Duckworth, , 244 p. (ISBN 0715614649)[17].
- 2e édition : (en) Kenneth Dover, Greek Homosexuality, Cambridge, Harvard University Press, , 246 p. (ISBN 0674362705)[18].
- 3e édition : (en) Kenneth Dover, Greek Homosexuality, Londres, Bloomsbury Academic, , 336 p. (ISBN 1-4742-5717-8)[19]. Cette troisième édition inclut deux avant-propos : le premier est de Stephen Halliwell et porte sur « le livre et son auteur » ; le second, de Mark Masterson et James Robson, analyse le livre et son influence[20].