Hope Emily Allen
historienne américaine
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Hope Emily Allen (1883–1960)[1] est une médiéviste américaine surtout connue pour ses recherches sur le mystique anglais du XIVe siècle Richard Rolle et pour sa découverte d'un manuscrit du Livre de Margery Kempe[2].
Enfance et éducation
Hope Emily Allen est née à Kenwood, dans le comté de Madison, État de New York, le [3]. Ses parents, Henry Grosvenor Allen et Portia Allen (née Underhill), ont auparavant vécu un temps au sein de la Communauté d'Oneida, un groupe expérimental fondé sur des principes socialistes qui se dissous en 1880[4]. Allen passe une grande partie de sa vie sur une propriété ayant appartenu à l'origine à cette communauté[2]. Elle a également vécu à Niagara Falls, en Ontario, au Canada[5], où elle fréquente le Niagara Falls Collegiate.
Allen entreprend ses études de premier cycle au Collège Bryn Mawr, se spécialisant dans l'étude des textes littéraires du Moyen anglais, sous la direction du médiéviste Carleton Brown[6]. Elle obtient son diplôme en 1905, figurant parmi les dix meilleurs étudiants de sa promotion[6]. L'année suivante, elle termine ses études supérieures, également à Bryn Mawr, en littérature anglaise et en grec, et obtient une maîtrise. Après Bryn Mawr, elle entre au Radcliffe College pour commencer son doctorat, et en 1910, elle s'inscrit au Newnham College de Cambridge pour un semestre d'études en littérature anglaise. Ce semestre se transforme finalement en une période de trois ans[5].
Après une période de maladie, Allen retourne à Oneida pour se rétablir. En , sa mère meurt et elle prend soin de son père[6]. Pendant la Première Guerre mondiale, elle reste aux États-Unis, travaillant sur Rolle, écrivant fréquemment à ses amis en Angleterre et leur envoyant des colis[2]. Le , son père meurt. En 1921, Allen est de retour à Londres et loge au 116 Cheyne Row chez une amie de Cambridge, la scientifique et artiste Marietta Pallis (en)[6].
Carrière universitaire et féminisme
Le séjour d'Allen en Grande-Bretagne lui permet de nouer de nombreux contacts personnels et universitaires, et de découvrir la culture européenne. Elle est étroitement liée à un groupe d'autres chercheuses résidant à Cheyne Walk, dans le quartier de Chelsea, notamment Joan Wake et Dorothy Ellis[4]. Durant son séjour en Grande-Bretagne, elle poursuit ses deux objectifs de toujours : les études médiévales et le féminisme. Allen est très attachée aux valeurs et à l'identité des femmes, et elle continue de se battre pour ces causes tout au long de sa vie[6],[7].
Allen se décrit comme une « chercheuse indépendante » et n'a jamais accepté de poste d'enseignante. Cette indépendance lui permet de mener des recherches plus librement et d'examiner de près des textes qui n'avaient pas été reconnus auparavant. Cela a peut-être joué en sa défaveur, en raison du manque de reconnaissance publique de ses travaux et de son omission dans les études culturelles et historiques ultérieures[2],[7].
Ses écrits se répartissent en trois groupes qui se recoupent : ses premiers travaux sur l’Ancrene Wisse ; ses analyses de l’œuvre de Richard Rolle ; et ses recherches sur le contexte culturel du Livre de Margery Kempe. Parmi les thèmes abordés figurent la spiritualité des femmes à la fin du Moyen Âge (Ancrene Riwle) et les contradictions et impossibilités inhérentes à l’œuvre de Richard Rolle. Dans ses travaux sur l’Ancrene Riwle et sur Margery Kempe, elle met en évidence la nécessité d’une « histoire de la culture », élargissant ainsi le champ des sources étudiées et les questions posées[2].
En 1910, elle présente des preuves que Rolle n'est pas l'auteur de The Prick of Conscience, dans les Radcliffe Monographs. En 1927, elle publie Writings Ascribed to Richard Rolle, Hermit of Hampole, and Materials for His Biography dans le troisième volume de la Monograph Series de la Modern Language Association of America. En 1931, elle publie English Writings of Richard Rolle, Hermit of Hampole.
En 1934, Allen identifie le seul manuscrit subsistant du Livre de Margery Kempe, récit autobiographique d'une mystique et pèlerine du Norfolk, mentionné, avec quelques extraits, par Wynkyn de Worde vers 1501[8]. Il est découvert dans une armoire de Southgate House, à Chesterfield. la demeure du lieutenant-colonel William Erdeswick Ignatius Butler-Bowdon. Albert Van de Put, du Victoria and Albert Museum, l'emprunte et le montre à Hope Emily Allen, qui est alors en visite en Grande-Bretagne[9].
Allen retourne aux États-Unis dans les années 1930 et s'installe à Ann Arbor, dans le Michigan, où elle continue à poursuivre ses recherches et son écriture, et à entretenir une correspondance avec des amis et des universitaires comme Joan Wake[2],[4]. Allen est rédactrice adjointe du Early Modern English Dictionary à l'Université du Michigan de 1933 à 1938.
Allen demande à Sanford Brown Meech, un collègue du Michigan, de collaborer avec elle à l'édition de The Book of Margery Kempe[10]. Cependant, Meech commence à maltraiter Allen et tente de prendre le contrôle de l'édition ; finalement, l'ouvrage est publié en deux volumes, les collaborateurs ne parvenant pas à s'entendre en raison de l'attitude misogyne de Meech envers Allen[10]. Le premier volume du Livre de Margery Kempe, annoté par Hope Emily Allen, est publié par l'Early English Text Society en 1940[6]. Malheureusement, bien qu'Allen ait planifié et travaillé intensivement à un second volume de son œuvre majeure, celui-ci n'est jamais achevé. Allen a néanmoins promu une critique laïque et féministe du Livre de Margery Kempe, soulevant des questions relatives à la matérialité du texte et à sa production culturelle, en plus de son contenu. Son travail préfigure de manière significative les recherches actuelles sur ce texte[2].
Fin de carrière
Allen souffre apparemment d'une arthrose sévère à la fin de sa vie, ce qui lui rend difficile de voyager et de travailler[11]. C'est un contraste douloureux avec sa vie active d'antan, dont elle a écrit : « Lorsque les bibliothèques étaient fermées, je marchais toute la journée dans [King's] Lynn, explorant chaque recoin des rues et des églises. Je crois fermement que le monde qui m'entoure est une source de stimulation pour l'étude. »[2].
Elle finit par retourner dans sa ville natale d'Oneida, dans l'État de New York, et passe les dernières années de sa vie à la Mansion House de Kenwood. Elle meurt le [5].
Prix et distinctions
En 1929, Allen reçoit le Prix Rose-Mary-Crawshay de la British Academy pour ses travaux sur Richard Rolle.
En 1946, elle reçoit un doctorat honorifique en lettres du Smith College. En 1948, elle est admise à l'Académie médiévale d'Amérique. En 1960, elle est désignée comme l'une des soixante-seize diplômées les plus distinguées du Bryn Mawr College[7].
La bibliothèque du Bryn Mawr College conserve une importante collection de documents relatifs à la vie de Hope Emily Allen. Ces documents se composent principalement de notes de recherche d'Allen, de photocopies et de transcriptions de manuscrits, ainsi que de correspondance professionnelle. Parmi les sujets abordés figurent le Livre de Margery Kempe, l'Ancrene Riwle et Richard Rolle[5].