Hopeful Monsters
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Hopeful Monsters est un roman en langue anglaise de Nicholas Mosley publié en 1990. Il est le cinquième et dernier volume de la série Catastrophe Practice et fut lauréat du Whitbread Book of the Year.
Hopeful Monsters (que l'on pourrait traduire par Des monstres d’espoir ou Des monstres prometteurs) raconte l’histoire enchevêtrée de Eleanor et Max entre les première et seconde Guerres mondiales, les chapitres (et sous chapitres) impairs donnant le point de vue d’Eleanor, Juive allemande berlinoise, étudiante en philosophie et anthropologie et les chapitres (et sous chapitres) pairs le point de vue de Max, étudiant anglais de Cambridge en physique et biologie, à l’exception du chapitre 9 qui est un aller et retour entre Eleanor et Max et du chapitre 10 qui donne le point de vue du narrateur (le "corrélateur") sur la vie des deux héros pendant puis après la seconde guerre mondiale. Eleanor et Max se rencontreront puis seront régulièrement séparés dans leurs pérégrinations à travers l’Europe, l’Afrique et les États-Unis, l’un et l’autre découvrant la montée des totalitarismes nazi, fasciste et communiste ainsi que des mouvements scientifiques et intellectuels de l’époque (physique quantique et relativiste, biologie de l’évolution, psychanalyse, fondements philosophiques des mathématiques, de la conscience et du langage). L’auteur décrit et utilise ces mouvements aussi bien dans la forme que dans le fonds de ce roman, dont les niveaux de lecture deviennent ainsi multiples. On y suit d’abord la vie des deux héros dans leur adolescence, l’une entre son père, assistant en philosophie à l’Université de Berlin, et sa mère militante spartakiste, proche de Rosa Luxembourg, et l’autre entre son père, biologiste de l’évolution et sa mère psychanalyste.
Le style de l’auteur est plutôt simple dans la description de l’histoire. Il devient complexe dans la description des concepts et le roman devient presque un essai philosophique par moments. L’auteur se permet aussi des fantaisies grammaticales (ponctuation, temps) au point qu’on pourrait se demander si l’éditeur n’a pas été négligent, mais c’est sans doute l’auteur qui a cherché à perturber le lecteur dans une méta-utilisation du langage et de ses limites. L’auteur n’hésite pas à utiliser les concepts intellectuels dans la forme du roman. La physique quantique est utilisée dans son principe de corrélation des particules que Max et Eleanor symbolisent, mais aussi dans la dualité onde-particule sans oublier la symétrie et inséparabilité des observés et des observateurs. Tout observateur (dont l’auteur et le lecteur ?) interfère avec les observés (les personnages du roman). Il utilise les théories d’Einstein (forme non linéaire de l’univers, lumière sous forme de matière) pour éclairer et construire l’histoire. Les mathématiques non-linéaires (théorie du chaos et fractales) apparaissent en particulier dans l’étrange structure du chapitre VII en 7 sous-chapitres comme une espèce de structure à tiroirs. La psychanalyse et l’anthropologie pourraient être utiles pour analyser le parcours des individus dans le grand cirque de l’Histoire et notamment la passion des hommes pour la guerre. La génétique (biologie de l’évolution) explique aussi les trajectoires individuelles et pose la question de notre capacité à transmettre des caractères acquis. On comprend de ce fait que le plus grand reproche fait au livre est qu’il serait un roman d’idées. Il y a pourtant dans ce roman du début à la fin une légèreté, une poésie permanente malgré la lourdeur apparente mais trompeuse des concepts et des événements. Que dire enfin du titre ? Que l’auteur décrit les monstres d’espoir comme des choses nées peut-être légèrement en avance sur leur temps, quand on ne sait pas si l’environnement est vraiment prêt pour elles.
La critique du roman
Le roman est-il une réussite ou un échec, un chef d’œuvre manqué ? Les points de vus sont très partagés, comme on pourra le découvrir sur Internet. Le livre a tout de même reçu le prix Whitbread en 1990. Un premier exemple : « Une de mes amis était en train d’écrire un roman et elle avait à peu près deux cents pages de faites, quand, décidant qu’elle n’avait pas assez lu de fiction pour véritablement comprendre le genre, elle m’a demandé quel était le meilleur roman que j’avais lu cette année. (Je suis depuis toujours un lecteur vorace.) Je lui ai recommandé Hopeful Monsters, de Nicholas Mosley, qu’elle a lu peu après, ce qui a stoppé net l’écriture de son roman. Elle avait été soufflée par Hopeful Monsters et ne pouvait plus désormais se considérer écrivain, paralysée par l’étendue des possibilités. Je sais exactement ce qu’elle ressent. » Jacob Wren - Le génie des autres - Traduit de l’anglais par Christophe Bernard et Éric de Larochellière[1].
Dans une introduction au roman écrite en 2000, Sven Birkerts écrit : « Bien que la comparaison puisse paraître audacieuse à certains, je situerais Hopeful Monsters dans la lignée directe de La Montagne magique de Thomas Mann. [...] Face à l'examen solennel des valeurs et des philosophies du grand écrivain allemand, aux dialogues d'une progression quasi platonicienne, se dressent les réflexions urgentes, parfois presque improvisées, de Mosley. Ses idées, à chaque instant, sont imprégnées par les événements et – non moins important – elles confèrent aux actions spécifiques leur caractère déterminant. Cependant, en termes d'ampleur et de gravité, il faut se tourner vers Mann pour trouver une œuvre d'une ambition comparable.» et plus loin « Mosley nous laisse là où il le souhaite : enthousiastes, animés d’un esprit curieux, avec le sentiment d’être nous-mêmes partie prenante d’une équation élaborée par une intelligence visionnaire. Je doute qu’un roman de la fin du XXe siècle puisse accomplir beaucoup plus. »
Publishers Weekly : « Le livre de Mosley est une exposition parfaitement réalisée de notions faisant partie intégrante de l'esprit occidental. La montagne magique est citée à un moment clé, et cela est juste : ce roman, lauréat du prix Whitbread 1990, est à la hauteur de celui de Mann en termes de la grandeur des thèmes »[2].
Le critique du New York times dans A Universe of the Observed and the Observers pense que ce roman fascinant échoue tout de même à rejoindre La montagne magique de Thomas Mann. « Un roman d'une énorme ambition - une anthologie intellectuelle virtuelle du XXe siècle. [Une] fiction héroïquement large d'esprit même si elle est imparfaite »[3]. On voit au moins l’ambition.
« J'appellerais [Hopeful Monsters] le roman anglais le plus ambitieux écrit au cours des 50 dernières années ... Si le roman n'est pas facile à comprendre, c'est parce que le monde ne l'est pas. Mais l'écriture de Mosley n'est jamais difficile pour le plaisir de la difficulté, et le rythme ne ralentit jamais [...] L'urgence du thème du changement fait de Hopeful Monsters plus un défi moral qu'un roman historique ; aux scientifiques de reconnaître l'élément esthétique de leur travail ; aux artistes d'accepter et d’utiliser la force morale du leur ... [Mosley] a mis plus de notre réalité dans le langage que tout autre romancier contemporain que je connaisse. Hopeful Monsters est une réalisation incroyable et pleine d'espoir » Washington Post, 1991.
« Ce qui fait de Hopeful Monsters un livre réussi, ce n'est pas tant ses grandes idées que l'intelligence passionnée à travers laquelle elles sont réfractées.... Des ruines brillantes de l'esprit européen, Nicholas Mosley tente ici d'arracher un tel monstre d'espoir, suggérant peut-être que non dans la contingence des idées mais dans l'autonomie de l'art se trouve la mutation bénigne qui nous conduira hors des ténèbres de l'histoire » Tom Clark, San Francisco Chronicle.
Richard Eder du Los Angeles Times est beaucoup plus négatif : « Le roman d'idées de Nicholas Mosley – les idées scientifiques, philosophiques, historiques et spirituelles du XXe siècle – est une œuvre d'une ambition démesurée. Il en va de même pour un château de cartes, jusqu'à ce qu'on le touche et qu'il s'effondre. Hopeful Monsters s'effondre à la lecture. Il se transforme en un fouillis d'as, de valets borgnes, d'un roi de cœur, d'une dame de carreau et d'une multitude de cartes de moindre valeur : trèfles, piques, carreaux et cœurs, éparpillés sur le sol d'un bureau tapissé de livres dont le propriétaire s'absente rarement »[4].
Les éditions et traductions
Après sa publication en Angleterre par Martin Secker & Warburg Ltd. en 1990 (ISBN 978-0-4362-8854-8) puis aux Etats-Unis par Elmwood Park, IL : Dalkey Archive Press en 1991 (ISBN 978-0-9165-8385-9), le roman a été traduit dans les langues suivantes :
- en Espagnol Monstruos de buenas esperanzas (traduction : Celia Montolio) aux éditions Siruela, 2000 (ISBN 978-8-4784-4521-9)
- en Polonais Maks i Eleonora aux éditions Muza, 2003 (ISBN 978-8-3731-9105-1)
- en Roumain Monstri plini de speranta (traduction : Cornelia Bucur) aux éditions Vellant en 2009 (ISBN 978-9-7388-7589-0)
Une nouvelle édition en anglais est annoncée en 2026 aux Dalkey Archive Press (ISBN 978-1-6289-7574-1).
