Hot take
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Un hot take est une prise de position péremptoire, délibérément polémique, qui se caractérise par une moralisation sommaire et une réaction précipitée à l'actualité[1]. Cette forme de commentaire, souvent rédigée sous l'empire de l'urgence, procède d'une investigation négligée, voire inexistante, et témoigne d'une absence manifeste de maturation réflexive[2].
Le vocable émergea initialement dans l’univers des émissions radiophoniques dédiées au sport — et, par extension, lors de leurs retransmissions télévisuelles concomitantes, employé pour pallier les temps morts, de même que dans les débats athlétiques. Il désignait la coutume selon laquelle les animateurs sélectionnaient un thème d’actualité sportive, fréquemment un sujet incongru ou dont la réponse demeurait inconnaissable, pour ensuite énoncer des affirmations catégoriques et infondées. Cette pratique visait à provoquer l’auditoire, l’incitant à téléphoner et ainsi à alimenter la controverse et la durée de l’émission[3]. La rubrique Styles du New York Times définit quant à elle le hot take comme une « tribune incendiaire, rédigée avec célérité, mais possiblement avec une sincère conviction »[4].
L'emploi de ce vocable s'est vulgarisé au sein de la presse sportive durant l'année 2012, plus spécifiquement pour caractériser le traitement médiatique réservé au quarterback de la National Football League, Tim Tebow ; il fit ultérieurement l'objet d'une analyse dans une contribution de Tomás Ríos publiée par la revue Pacific Standard[1]. Sa propagation au sein d'autres formes de journalisme s'est accrue à partir de 2014, suite à la parution d'un article de John Herrman dans The Awl. Ce dernier exposait les impératifs économiques contraignant les éditeurs de supports en ligne à générer des réactions immédiates, fréquemment peu approfondies, face à l'actualité[5].
En avril 2015, Ben Smith, alors rédacteur en chef de BuzzFeed, formula sur Twitter une déclaration indiquant que son organisation « s’efforçait d’éviter les prises de position précipitées », justifiant par là même la suppression de deux articles critiques envers les annonceurs du site. En réponse, la journaliste Jia Tolentino, de la publication Jezebel, contesta cette assertion. Elle avança que les articles en question étaient, selon son analyse, essentiellement « au service d’une idée ». Elle soutint, en se référant à la définition établie par Herrman, que les idées pouvaient être envisagées comme des alternatives constructives et réfléchies aux réactions épidermiques[6].
La propension des réseaux sociaux à favoriser l'émission d'opinions tranchées est un phénomène attesté. Ces plateformes, par leur architecture même, offrent un terreau propice à la dissémination et à la glose immédiate de ces prises de position, tant par le lectorat que par les confrères journalistes. Il en résulte un écosystème particulièrement lucratif pour les éditeurs, lequel encourage l'émergence de « méta-opinions » récursives. Ce processus, que John West a décrit comme un « trou noir d’où aucune attention ne peut s’échapper »[7], constitue un mécanisme où le commentaire sur l'opinion prime souvent sur le fond du débat initial, absorbant toute capacité attentionnelle. Par un glissement sémantique, la prédominance de ce mode d'expression a concouru à l'élargissement de l'acception du terme. Désormais, une « opinion tranchée » peut aussi bien désigner, dans l'usage commun, un point de vue impopulaire ou litigieux en dehors du strict champ journalistique[8].