Houria Aouimeur
juriste et lanceuse d'alerte française
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Houria Aouimeur, née en 1971, est une juriste française. Elle se revendique comme lanceuse d'alerte dans l'affaire qui l'oppose à l'AGS, tandis que la justice lui a refusé ce statut en 2025.
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Elle est directrice des affaires sociales de la « délégation Unédic-AGS » en 2012, puis directrice générale de sa branche conseil et enfin directrice nationale (à partir de 2018) de l'AGS - DUA (ou régime AGS, qui est l'organisme privé patronal chargé, en France, de garantir les salaires des employés des entreprises placées en redressement ou en faillite et liquidation judiciaire.
Houria Aouimeur-Milano fait état, en 2019, de soupçons, étayés par un audit, de détournements de fonds publics, possiblement à hauteur de plusieurs milliards d'euros. Elle affirme que cette révélation lui aurait valu de nombreuses pressions internes et externes, ainsi qu'un licenciement (en ) qu'elle juge abusif.
Biographie
Houria Aouimeur-Milano est titulaire d’un diplôme d’études approfondies en droit des contentieux et d’une maîtrise en droit privé obtenus à l’université Jean Monnet de Saint-Étienne[1]. Elle commence sa carrière en 1992 comme juriste en droit social à la Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés, avant de rejoindre l’Union professionnelle artisanale en tant que conseillère technique chargée des questions sociales[réf. nécessaire]. En 2012, elle intègre le Mouvement des entreprises de France (Medef) comme directrice des relations sociales[2] et, en 2016, elle est nommée déléguée générale de la Fédération Syntec[1]. Elle est nommée en 2018 directrice nationale de la délégation Unédic-AGS par Geoffroy Roux de Bézieux, alors président du Medef[2].
Affaire au sein de l'AGS
Fin 2018, Houria Aouimeur-Milano est nommée directrice de la Délégation Unédic-AGS (dite DUA) par Geoffroy Roux de Bézieux (alors patron du Medef). Dès son arrivée, elle a connaissance de rumeurs de malversations, déjà constatées par la Cour des Comptes en 2018[3],[4], et constate que de fortes sommes (des avances correspondant jusqu'à 7,5 milliards d'euros) étaient anormalement classées en perte[5]. En 2018, la Cour des comptes fait état d’une certaine opacité concernant les procédures internes[6],[5]. Houria Aouimeur commande un audit à Ernst & Young, dont le rapport aboutit à de “potentielles” malversations[7] et constate ce qui pourrait être considéré comme des détournements de fonds — estimés à plusieurs milliards d'euros — au sein de l'AGS[5].
Le rapport d'audit (baptisé « projet Albatros ») commandé par Houria Aouimeur, sur instruction de son employeur d'après l'UNEDIC, et confié au cabinet Ernst & Young (EY), met en évidence des anomalies pouvant engager la responsabilité de Thierry Météyé (le précédent directeur de la DUA, resté en poste durant 37,5 ans)[2] : il lui est – notamment – reproché d'avoir attribué de façon « massive et anormale » des dossiers à une même avocate[8], ce qui lui vaut d'être placé à la retraite, puis licencié pour faute lourde[9] (il assure de son côté avoir exercé la « mission sociale » qui était la sienne avec « rigueur, loyauté et transparence »[10].). Deux autres personnes sont mises en cause : Béatrice Veyssière, alors responsable du service juridique de l'Agence ; et l'avocate Valérie Dutreuilh[2].
S'ensuivent plusieurs plaintes, déposée en février et , par diverses parties prenantes, dont le Medef et l'Unédic, pour « vol, corruption et prise illégale d'intérêt » avec en particulier la labellisation par l'agence de mandataires judiciaires « (…) ce qui leur donne droit aux versements automatiques des salaires, sans vérification a priori de la réalité de l'existence des entreprises et de leurs salariés » (ce sont eux qui reçoivent les fonds destinés aux salariés)[2],[11]. Et des soupçons de malversations sont alors émis à l'encontre de plusieurs administrateurs judiciaires et mandataires judiciaires, qui auraient aussi été impliqués dans des malversations en lien avec l'ancienne direction de la DUA. Un haut responsable patronal, affirme alors qu'« on ne sait pas où est allé l'argent » avancé, dans certaines procédures, à ces professionnels servant d’intermédiaires[8].
Un second audit est commandé, cette fois au cabinet Advolis qui doit trouver ce que sont devenus plusieurs dizaines, voire des centaines, de millions d'euros disparus après avoir été confiés aux mandataires judiciaires en 5 ans (de 2013 et 2018) ; Advolis conclut que les pertes pourraient atteindre plus de 7 milliards[8]. Une seconde série de plaintes est déposée le par le Medef, l'Unédic, la DUA, et d'autres parties prenantes ; elle évoque de possibles pertes annuelles de « 1,5 milliard d'euros » et la responsabilité de nombreux mandataires judiciaires : lors des liquidations d'entreprises en faillite, ils pourraient avoir conservé dans leurs études une partie des avances qui auraient du être versées aux salariés. Une instruction est ouverte au parquet de Paris pour « faux et abus de confiance », confiée au juge d'instruction parisien Vincent Lemonier[8],[2].
Selon Le Monde et Les Échos le parquet de Paris a finalement requis un non-lieu à l'été 2025, l’enquête n’ayant pas permis de démontrer l’existence d’un système de détournements de fonds au détriment du régime de garantie des salaires[12],[13].
Licenciement pour faute lourde
Puis en 2022, après que l'Unédic a fait examiner « les frais de fonctionnement » de la DUA par un audit qui a conclu qu'ils étaient anormalement élevés (frais de taxis, de restauration…), deux nouvelles expertises sont lancées, dont l'une, faite par le cabinet PwC, a conclu que Mme Aouimeur-Milano, pour plusieurs contrats passés à des prestataires, n'aurait pas respecté les obligations relatives à la passation des marchés publics, ce qui a justifié la décision de l'Unédic de licencier sa directrice[8].
Les avocats de Houria Aouimeur dénoncent alors un audit établi « sans contradictoire » et dont le contenu n'a pas été communiqué à leur cliente, ce qui leur laisse penser qu'il s'agit d'un nouveau rapport sur commande « On veut ainsi lui faire payer les actions en justice qu'elle a engagées et l'alerte qu'elle a lancée. Les griefs retenus contre elle ne tromperont personne sur la réalité des motifs qui ont conduit à cette mesure d'élimination » affirment-ils[8]. Elle porte plainte contre l'Unédic et contre son directeur, Christophe Valentie, pour « harcèlement, menaces, etc. »[2].
Elle est présentée comme une lanceuse d'alerte en matière de corruption et de dysfonctionnements de la protection sociale[3].
À la suite de ces révélations, alors que la CPME se désolidarise du Medef et claque la porte du conseil d'administration de l'AGS, y retirant ses sept représentants au motif de leur mise à l'écart des décisions émanant de l'Unédic et du Medef[14], Houria Aouimeur, en , est accusée par son employeur de n'avoir pas respecté les obligations relatives à la passation des marchés publics et est sanctionnée par un licenciement pour « graves manquements » (le Medef, après l'avoir soutenue, lui reproche un train de vie dispendieux, des prestations de service conclues au mépris des règles… Elle porte plainte pour « harcèlement moral » en précisant avoir été ciblée par sa hiérarchie précisément après qu'elle a pour la première fois détaillé au juge d'instruction qui l'avait convoquée — le 26 octobre 2022 — les « infractions financières » qu'elle affirme avoir mis au jour « (…) susceptibles d'être imputées à des responsables de premier plan de différentes institutions »[2].
Elle conteste son licenciement, affirmant qu'il s'agit d'un acte de « représailles »[8] devant les Prud'hommes de Paris, et demande la reconnaissance officielle de son statut de lanceuse d'alerte. Huit mois plus tard, en référé, Houria Aouimeur-Milano est déboutée de sa demande de reconnaissance de statut de lanceuse d'alerte[15].
En , elle alerte sur le fait que la situation semble à nouveau se dégrader à la DUA : « L'établissement que je dirigeais n'était pas parfait, mais on pouvait mettre en évidence des anomalies. À présent, on me dit que les moyens de contrôle mis en place sous ma direction ont été supprimés, et les robinets seraient de nouveau ouverts »[5]. En 2023, le média « La lettre » estimait que le numéro deux du Medef Patrik Martin, « qui a bâti son entreprise en reprenant des concurrents en difficulté via l'aide de mandataires judiciaires », surveillait Houria Aouimeur et avait lui-même choisi l'un des cabinets d'audit missionnés, puis collaboré avec René Ricol « dont le rapport sur l'AGS a permis un retour aux anciennes pratiques »[16], en cherchant à faire passer sous silence la dénonciation de détournements faite par la direction de l'AGS[17].
L'une des personnes concernées par l'affaire de l'AGS est Valérie Dutreuilh, avocate au barreau de Paris, spécialiste du Droit des entreprises en difficulté, et notamment des procédures collectives et du « restructuring »[note 1]. En tant que « collaboratrice administrateur judiciaire » travaillant autrefois avec l'AGS, elle s'est estimée lésée par la rupture de son mandat par Houria Aouimeur après que cette dernière, en tant que directrice de l'AGS, ait jugé ses honoraires trop élevés.
Dans un premier temps, la cour d'appel de Paris a jugé que ces honoraires étaient fondés. Puis, le tribunal judiciaire de Paris a statué que sa rémunération très élevée, avait été accordée par l'ancien directeur, Thierry Météyé, en violation des règles et des processus internes[18],[19].
Le , exactement un an après la reconnaissance de son statut de lanceuse d'alerte par la Maison des lanceurs d'alerte (et par la Défenseure des droits, pour avoir dénoncé de possibles malversations financières)[20], la Cour d'appel de Paris examine l'affaire opposant Houria Aouimeur à son ancien employeur (l'Unédic) et confirme en qu'elle « ne peut utilement revendiquer le statut de lanceuse d’alerte »[21],[22].
A la suite de la diffusion sur ARTE du documentaire Qui veut la peau de la lanceuse d'alerte ?, dans un communiqué de presse, l'avocat de Houria Aouimeur affirme avoir déposé plainte pour des messages menaçants publiés sur Youtube le , et pour l'empoisonnement de son chien, le même jour[23].
Voir aussi
Filmographie
- [vidéo][Production de télévision - Documentaire] « Qui veut la peau de la lanceuse d’alerte ? », Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade (réalisateurs), , Arte (consulté le )[24]