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Hypnose ericksonienne

pratique issue des travaux de Milton Erickson From Wikipedia, the free encyclopedia

L'hypnose ericksonienne est une forme d'hypnose issue de la pratique du psychiatre américain Milton Erickson (1901-1980). Elle se caractérise par une approche dite « indirecte » et « permissive », utilisant des métaphores et des suggestions implicites plutôt que des injonctions directes[1].

Milton Erickson.

Ses promoteurs la présentent comme une méthode thérapeutique applicable à l'anxiété, la douleur ou les addictions. Cependant, les évaluations scientifiques concluent à des preuves d'efficacité limitées ou insuffisantes selon les indications[2]. La pratique n'est pas réglementée en France, ce qui permet à toute personne de se prévaloir du titre d'hypnothérapeute sans qualification médicale ou paramédicale[3].

L'hypnose ericksonienne repose sur une conception de l'inconscient décrit par Erickson comme « profondément bon et puissant », conception qui diffère des modèles utilisés en psychologie cognitive et en neurosciences contemporaines[4].

Historique

Milton Erickson (1901-1980), psychiatre américain, a développé son approche de l'hypnose à partir des années 1930. Atteint de poliomyélite à l'âge de 17 ans, il aurait utilisé l'auto-observation et l'auto-suggestion dans sa rééducation, expérience qui a influencé sa pratique ultérieure[1].

Erickson s'est distingué de l'hypnose classique en rejetant les protocoles standardisés et les inductions directives. Il a privilégié une approche qu'il qualifiait de « naturaliste » et « utilisationnelle », adaptée à chaque patient[1].

Après sa mort en 1980, ses techniques ont été popularisées et codifiées par des continuateurs, notamment les fondateurs de la programmation neuro-linguistique (PNL), Richard Bandler et John Grinder, qui ont prétendu « modéliser » son travail. Cette codification a fait l'objet de critiques, y compris de la part de collaborateurs d'Erickson[5].

Principes et techniques

Selon ses praticiens, l'hypnose ericksonienne repose sur plusieurs principes distinctifs[1] :

  • Approche indirecte : plutôt que des ordres directs (« vous avez sommeil »), utilisation de suggestions permissives (« vous pouvez vous permettre de vous détendre ») et de métaphores.
  • Conception de l'inconscient : Erickson postulait que l'inconscient est un « réservoir de ressources » positif, capable de résoudre les problèmes du patient. Cette conception diffère tant de la vision freudienne (inconscient comme lieu de conflits refoulés) que des modèles cognitifs contemporains[4].
  • Utilisation : le thérapeute « utilise » les comportements, croyances et résistances du patient plutôt que de les combattre.
  • Langage hypnotique : recours à des formulations vagues, des présuppositions et des doubles liens.

Ces techniques ont influencé le développement des thérapies brèves et de la PNL, bien que la validité de ces « modélisations » soit contestée[5].

Évaluation scientifique

Efficacité thérapeutique

Le rapport de l'Inserm de 2015 sur l'hypnose conclut à des résultats « variables » selon les indications. Un potentiel thérapeutique est identifié principalement pour le syndrome de l'intestin irritable et l'anesthésie périopératoire, mais les données sont jugées « insuffisantes ou décevantes » pour le sevrage tabagique et la douleur de l'accouchement[2].

Une revue systématique Cochrane de 2019 sur le sevrage tabagique conclut qu'il n'existe « pas suffisamment de preuves pour déterminer si l'hypnothérapie est plus efficace que d'autres formes de soutien comportemental ou que l'arrêt sans assistance »[6].

Un dossier de l'Association française pour l'information scientifique (AFIS) note que les « justifications théoriques avancées par les promoteurs de ces méthodes laissent perplexes les tenants de la médecine scientifique » et s'interroge sur le rôle de l'effet placebo dans les résultats observés[7].

Critiques des fondements théoriques

La conception de l'inconscient proposée par Milton Erickson — décrit comme un réservoir de ressources positives auquel le patient peut accéder — ne correspond pas aux conceptions scientifiques contemporaines de l'inconscient cognitif[4].

André Weitzenhoffer, chercheur ayant collaboré avec Erickson et co-créateur des échelles de suggestibilité hypnotique de Stanford, a exprimé des réserves sur certaines interprétations de l'héritage d'Erickson, critiquant notamment la version « frelatée et parfois fantaisiste » diffusée par les fondateurs de la programmation neuro-linguistique (PNL)[5].

Des chercheurs en psychologie clinique observent que la communauté académique n'adhère généralement pas à la notion d'hypnose comme « transe » distincte ou d'inconscient comme « vaste réservoir de souvenirs et de sagesse »[4].

Risques et controverses

Faux souvenirs

L'hypnose, y compris dans sa forme ericksonienne, est associée à un risque documenté de création de faux souvenirs. L'Inserm note que « le risque semble exister au niveau éthico-légal, incluant le risque de manipulation psychologique et de création de faux souvenirs »[2].

Selon l'AFIS, la recherche de « souvenirs enfouis » par hypnose a constitué « un véritable fléau » aux États-Unis dans les années 1980-1990, avec selon certaines estimations plus de 750 000 patients concernés par des thérapies de « récupération de souvenirs » et de nombreuses accusations d'abus sexuels basées sur des souvenirs fabriqués en thérapie. La justice américaine a depuis remis en cause la fiabilité des témoignages basés sur des souvenirs récupérés sous hypnose[8].

Absence de réglementation

En France, le titre d'« hypnothérapeute » n'est pas protégé et la pratique n'est pas réglementée par le code de la santé publique. L'Inserm souligne que « le statut d'hypnothérapeute, non réglementé, concerne ainsi des praticiens aux qualifications très différentes »[2].

L'AFIS relève que parmi les praticiens recensés dans certains annuaires d'hypnose ericksonienne, « une très grande majorité n'indique pas d'appartenance à une profession de santé »[7].

Dérives sectaires

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) signale des risques de dérives sectaires liés à la pratique de l'hypnose par des personnes non qualifiées[9]. L'Inserm confirme que « ce risque est majeur dans le domaine des médecines alternatives »[10]. Le secteur de la santé et du bien-être représente environ 37 à 40 % des signalements reçus par la Miviludes[9].

Notes et références

Voir aussi

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