Héraldique
science du blason et des armoiries
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L’héraldique est la discipline qui étudie les armoiries, ou « armes », c’est-à-dire des emblèmes en couleur soumis, dans leur composition comme dans leur représentation, aux règles du blason. L'héraldique porte à la fois sur la composition des armoiries, leur description dans la langue du blason, leur identification, leurs usages sociaux et juridiques, ainsi que leur présence sur les objets, les monuments, les sceaux, les manuscrits ou les œuvres d’art.

Apparues en Europe occidentale au cours du XIIe siècle, dans le contexte de la société féodale, des chevaliers, des tournois et des transformations de l’équipement militaire, les armoiries forment un système de signes destiné à identifier des personnes, des familles, des lignées, des collectivités ou des institutions. Elles se distinguent des simples signes de reconnaissance par leur stabilité : les mêmes figures et les mêmes couleurs sont associées durablement à un titulaire et leur représentation obéit progressivement à des règles codifiées.
L’héraldique constitue une science auxiliaire de l'histoire, au même titre que la sigillographie, la vexillologie, la phaléristique ou la diplomatique. Elle relève également de l’histoire des signes, de l’histoire sociale, de l’histoire de l’art et, selon les périodes et les pays, du droit des armoiries. Les hérauts, dont le nom a donné le terme « héraldique », ne sont pas à l’origine de l’usage des armoiries, mais jouent un rôle important dans leur reconnaissance, leur description et leur codification, notamment par la fixation de la langue du blason et la compilation d’armoriaux.
Terminologie
Le vocabulaire héraldique emploie plusieurs termes et notions proches — blason, blasonnement, armoiries ou armes, écu, émaux, figures et ornements extérieurs — que l’usage courant ou plus érudit tend parfois à confondre. Leur distinction importe, car l’héraldique articule un système de signes, une langue pour les décrire et des supports pour les représenter[1].

En héraldique, le « blason » désigne l’ensemble des figures, des couleurs, des termes et des règles qui permettent de composer et de décrire les armoiries[2] : il constitue en ce sens « le lexique et la grammaire du langage héraldique »[3]. Dans l’usage moderne, le mot peut aussi désigner la description d’une armoirie, et non sa représentation graphique[3]. Par métonymie, le terme « blason », dont l'étymologie reste controversée et sans réponse assurée, a par ailleurs désigné le bouclier ou la partie du bouclier où figurent les armoiries, puis les armoiries elles-mêmes[4]. Le « blasonnement » est l’action de décrire des armoiries selon les règles de ce langage, ou le texte qui résulte de cette description ; le verbe correspondant est « blasonner »[2].
Les « armoiries » ou « armes »[5] sont des emblèmes en couleur, propres à un individu, à une famille ou à une personne morale, qui sont soumis, dans leur composition comme dans leur représentation, aux règles du blason[6]. En français, « armoiries » et « armes » s’emploient ordinairement au pluriel, mais le singulier « armoirie » est également utilisé par les spécialistes afin d'éviter toute ambiguïté lorsque l'on traite d'une seule armoirie[7]. Une armoirie est ordinairement portée par un écu ; elle se compose toujours d’émaux et généralement de figures[8].
L’« écu » est le support ordinaire de l’armoirie, qu’il porte stricto sensu[9]. Il désigne, en héraldique, une surface délimitée par un périmètre de forme variable[2], dont le champ reçoit les émaux et les figures[10]. Par extension ou par métonymie, le mot « écu », qui désigne d’abord le bouclier, a également pu être employé pour désigner les armoiries elles-mêmes[11].

Les couleurs constituent un élément central de l’héraldique dans la mesure où il n'existe pas d'armoiries sans couleur[12]. Depuis le XVe siècle, les couleurs sont désignées sous le terme générique d'« émail »[8]. Sous ce nom, on distingue deux « métaux » (or/jaune et argent/blanc), quatre « couleurs » (gueules/rouge, azur/bleu, sinople/vert et sable/noir) ainsi que quatre « fourrures » ou « pannes » (hermine, vair, contre-hermine et contre-vair) ; on trouve plus rarement le pourpre (gris-brun ou rouge-violacé) et le tanné (brun-orangé)[8]. L’emploi des émaux est codifié selon des règles strictes : il est par exemple interdit de juxtaposer ou de superposer deux émaux appartenant au même groupe, c’est-à-dire deux « métaux » entre eux ou deux « couleurs » entre elles[13].
Après l'émail, la « figure » constitue le second élément essentiel de composition d’une armoirie[14]. Les figures se répartissent en deux groupes : d’une part, les figures géométriques qui, résultant d’une division de l’écu, se subdivisent en pièces et partitions ; d’autre part, les meubles qui, contrairement aux précédentes, peuvent être placés en différents endroits de l’écu[14].
Les « ornements extérieurs » sont les motifs placés autour de l’écu, hors du champ héraldique : casques, cimiers, couronnes, insignes de dignité, colliers d’ordres, supports, tenants, manteaux, cris d’armes ou devises[15]. Ils ne relèvent pas de la composition interne de l’armoirie, portée par l’écu, mais peuvent compléter sa représentation[9]. Certains sont purement décoratifs, tandis que d’autres peuvent préciser l’identité du possesseur, son appartenance à un groupe institué, ses fonctions ou ses dignités[9]. Leur usage et leur représentation sont moins strictement codifiés que les couleurs et les figures placées dans l’écu ; leur description laisse donc davantage de place à la liberté du dessin et ne requiert pas de mentionner les détails sans signification emblématique[16].
Racines historiques et diffusion des armoiries
Apparition des armoiries

Les armoiries apparaissent en Europe occidentale au cours du XIIe siècle, dans le contexte de la société féodale, des chevaliers, des tournois et des transformations de l’équipement militaire[18]. Elles se distinguent de simples signes de reconnaissance par leur stabilité : les mêmes figures et les mêmes couleurs sont associées durablement à un individu, une famille ou un groupe, et leur représentation obéit progressivement aux règles du blason[19].
L’évolution de l’équipement militaire ne suffit pas à expliquer à elle seule l'apparition des armoiries : le récit longtemps proposé par l'historiographie qui la fait naître du seul besoin de reconnaître les combattants sur le champ de bataille est aujourd’hui largement discuté[20]. En effet, le choix de l’écu comme support privilégié ne tient pas seulement à sa visibilité, mais aussi à sa place dans la représentation pratique, politique et symbolique du pouvoir chevaleresque[21]. L’héraldique médiévale n’est pas pour autant un langage ésotérique : elle vise au contraire à affirmer clairement l’identité, par des signes visibles et reconnaissables[22]. Les armoiries forment ainsi un système qui, au-delà du seul milieu chevaleresque, permet d’identifier des personnes, des familles, puis des collectivités[23].

Dès leur apparition, les armoiries obéissent à des règles de composition, et c'est la présence de ces règles qui distingue l'héraldique européenne de tout autre système d'emblèmes, antérieur ou postérieur[26]. Leur naissance est un phénomène social qui, s'étalant sur plusieurs décennies, ne peut être datée avec précision : les tentatives pour la fixer à une année donnée[27] ne reposent en effet que sur des documents postérieurs[28].
Les armoiries ne naissent pas ex nihilo : elles procèdent de plusieurs pratiques emblématiques antérieures, notamment celles des bannières, des monnaies, des boucliers et des usages sigillaires[26]. Les décors de boucliers attestés avant le milieu du XIIe siècle, tels qu'on trouve sur la broderie de Bayeux ou dans certains manuscrits, ne constituent cependant pas encore des armoiries au sens propre, faute de stabilité emblématique et de conformité aux règles du blason[29]. Les sceaux constituent d'ailleurs l’une des principales sources permettant de cerner cette apparition[28] : à partir des années 1140, ils figurent des écus armoriés associés aux figures équestres de guerre, parfois par glissement du signe depuis l’enseigne vers l’écu[30].
On peut ainsi distinguer plusieurs phases du processus dans le temps : une gestation jusqu'aux années 1130, suivie d'une apparition proprement dite entre les années 1130-1140 et 1160-1170[31]. Les avancées de la recherche au XXIe siècle tendent à établir que les armoiries ont commencé à s’imposer dès les années 1140 dans le sud de l'Angleterre[24] et entre la Seine et le Rhin, au sein des familles aristocratiques de descendance carolingienne qui les adoptent comme nouveau système de signes[32].
Hérauts et langue du blason

Si le terme « héraldique » dérive de « héraut », cette parenté lexicale ne signifie pas que les hérauts soient à l’origine de l’usage des armoiries, apparues avant qu’ils n’en deviennent les spécialistes[33]. À l’origine, le héraut est un officier domestique au service d’un prince ou d’un baron, chargé notamment de porter les messages, de déclarer les guerres et d’annoncer les tournois[34]. Il se spécialise progressivement dans l’identification des combattants par leurs armoiries, dans la description des figures et des couleurs qui les composent, puis dans la fixation de la langue du blason et la compilation d’armoriaux[35].
Cette fonction est rendue visible par son vêtement d’office, la cotte d’armes, souvent appelée « tabar(d) », qui porte les armes du prince, du seigneur ou de l’autorité qu’il représente[36]. Ce vêtement associe l’officier d’armes à son maître et contribue à authentifier sa parole dans l’espace public, diplomatique ou cérémoniel[36].
Le rôle des hérauts ne doit cependant pas conduire à leur attribuer automatiquement la production de l’ensemble des textes héraldiques ou des armoriaux qui peuvent également relever d’autres milieux lettrés, nobiliaires ou antiquaires[37]. À l’époque moderne, l'étude savante des armoiries se déplace vers les historiens, philologues et antiquaires qui travaillent sur les sources dans les bibliothèques et les archives[38]. Le terme « héraldique », d’abord adjectif, ne devient pour sa part un substantif qu’au XIXe siècle, alors qu’on employait auparavant le mot hérauderie[38].
Diffusion sociale des armoiries

Dans sa première phase, la diffusion des armoiries depuis les grands feudataires ou « comtes » vers les châtelains puis la noblesse chevaleresque peut s’expliquer par imitation, délégation ou appropriation des signes de l’autorité féodale, notamment liés au droit de ban[39].
L'usage des armoiries s'étend ensuite à l'ensemble de la société, le sceau en étant là aussi le principal vecteur : symbole de la personnalité juridique, il se répand alors dans toutes les classes, et la plupart de ceux qui en possèdent un en remplissent le champ d'armoiries à l'imitation des nobles[40]. D'après les recherches, sur le million d'armoiries différentes connues pour l'Occident médiéval, de trois quarts à quatre cinquièmes d'entre elles sont d'ailleurs parvenus par des sceaux, et la moitié seulement sont des armoiries nobles[40].
Ainsi, rapidement, l'usage des armes ne concerne plus seulement les chevaliers et la noblesse : on les voit adoptées par les femmes à partir des années 1180[41], par les villes à la fin du XIIe siècle, par les prélats vers 1210-1220, les patriciens et les bourgeois vers 1220, les corps de métiers (vers 1240), les artisans (vers 1280) et les communautés civiles et religieuses, dans la seconde moitié du XIIIe siècle[42] ; on voit même, dans certaines régions — Normandie, Flandre, Gueldre, Suisse, Angleterre méridionale... —, des paysans en porter[40].
Ainsi, cette diffusion montre que les armoiries ne constituent pas, en elles-mêmes, un privilège nobiliaire[22]. Elles peuvent être investies par les sociétés aristocratiques et lignagères, mais leur usage relève plus largement d’un système d’identification sociale, familiale, institutionnelle ou communautaire[43]. Greffées de bonne heure sur la parenté, les armoiries deviennent héréditaires au sein du groupe familial ; cette transmission est précoce dans la France du Nord et de l'Ouest, l'Angleterre méridionale et les Pays-Bas (dès 1180-1200) et plus tardive dans la France de l'Est et du Sud, la vallée du Rhin, l'Allemagne méridionale, la Suisse et l'Écosse où il faut attendre les années 1220-1230, puis encore le milieu du XIIIe siècle pour la Scandinavie et l'Italie[44].
Supports et objets armoriés

Le premier support des armoiries est l’écu[45], une association privilégiée qui ne relève pas seulement d’un usage pratique : au XIIe siècle, le bouclier armorié devient aussi un signe de représentation sociale, de pouvoir et d’identité chevaleresque[46].
L'usage des armoiries s’étend ensuite rapidement à d’autres objets : bannières, cottes d’armes, sceaux, manuscrits, vitraux, monuments, tapisseries, meubles, bijoux ou objets liturgiques[45]. Les armoiries permettent alors d’identifier un titulaire, de le représenter ou de marquer un lien de possession, de mémoire ou d’appartenance[45].
L’identification des armoiries sur les objets, monuments ou documents constitue ainsi un outil pour l’histoire sociale, l’histoire de l’art et l’étude des provenances[47]. Lorsqu’elles ne sont pas fantaisistes, les armes peuvent contribuer à dater un support, à en préciser le commanditaire, le destinataire, le contexte d’usage ou les circulations[47].
Armoiries imaginaires
À partir du XIVe siècle, des armoiries peuvent également être attribuées à des personnages ayant vécu avant l’apparition de l’héraldique, ou à des figures mythiques, bibliques, littéraires ou légendaires[48]. Ces créations relèvent de l’héraldique imaginaire et témoignent de l’extension du langage héraldique à des univers narratifs ou symboliques qui ne relèvent pas directement de l’usage social des armes[49].
Usages sociaux, titulaires et droit des armoiries

Le titulaire d'un blason est la « personne » que désigne ce blason. Les armes appartiennent à un certain titulaire, dont les attributs sont représentés par les ornements extérieurs. C'est l'ensemble de cette relation que représentent les armoiries. Le titulaire peut être de toute nature (individu, famille, collectivité, institution…).
La composition d'armes nouvelles traduit ce que le titulaire met en avant par rapport à un tissu de liens et de droits sociaux, symbolique primitive, mais aussi appartenance à une lignée (par les armes de sa famille), affirmation de sa généalogie (par composition des armes de ses parents, grands-parents), mariage (par composition des armes du conjoint), fiefs sur lesquels on a des droits réels ou supposés, actuels ou passés… Les armes de villes ou d'institutions composent de même celles de leur fondateur ou seigneur.
Les armes proprement dites sont généralement invariables, mais les ornements extérieurs dépendent généralement du titulaire, de ses titres, dignités et qualités, sa fonction ou sa condition sociale.
Ordres de chevalerie et insignes d’ordre
Les ordres religieux hospitaliers et militaires naissent avec les croisades, ordre des Hospitaliers, ordre du Temple… À la fin du Moyen Âge, des ordres de cour sans vocation religieuse sont créés, le plus prestigieux étant l'ordre de la Toison d'or.
Les ordres peuvent être souverains (par exemple, l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem). Le plus souvent, ils sont rattachés au pays ou à la maison dynastique qui les ont créés.
Les insignes d'ordre de chevalerie font généralement partie des ornements extérieurs des armoiries. Certains ordres s'inscrivent cependant en chef, dans l'écu du titulaire. Le plus souvent, il s'agit d'un collier d'ordre entourant l'écu. Quand le titulaire est membre de plusieurs ordres, l'ordre le plus prestigieux est placé à l'extérieur.
L'admission dans un ordre fait l'objet d'un acte officiel et enregistré. De ce fait, la représentation d'un collier d'ordre dans des armoiries permet d'identifier le titulaire bien plus précisément que la simple donnée des armes familiales.
En France, les ordres de chevalerie nationaux, Saint-Michel, Saint-Esprit… ont été supprimés par l'Assemblée constituante de 1789, en même temps que les attributs de la noblesse. Napoléon créa l'ordre national de la Légion d'honneur, et l'ordre national du Mérite fut créé au XXe siècle.
Noblesse et armoiries

En France, à la Révolution, l'Assemblée constituante décréta, le , la suppression de la noblesse en tant que statut de la personne et de ses attributs réels ou supposés, titres et fiefs, privilèges, ordres de chevalerie, armoiries et livrées… Interdites un temps, les armoiries furent restaurées au début du XIXe siècle par Napoléon par décret du , qui en limita pendant l'Empire l'usage aux nobles, limitation abolie par Louis XVIII à la restauration. Les armoiries ne sont plus à présent l'enjeu social qu'elles étaient devenues à la fin de l'Ancien Régime.
Le Conseil français d'héraldique (CFH, association régie par la loi de 1901), créé le , présidé par le docteur Jean-Marie Thiébaud (1984-1998) puis par Jean-Jacques Lartigue (1998-2009), par Pierre Jaillard (2009-2013) puis de nouveau par Jean-Jacques Lartigue depuis , aide les communes, les associations et les particuliers à créer des armoiries et publie ces armoiries nouvelles dans l'Armorial du XXe siècle auquel a succédé l'Armorial du IIIe millénaire[50].
Droit des armes
Juridiquement, les armes sont l'équivalent dessiné d'un nom propre, nom de famille ou nom de lieu, et sont accessoires à ce nom[51]. Les armes sont une propriété régulière, transmissible héréditairement, et susceptible d'être acquise ou conférée. Le droit associé aux armoiries s'apparente à celui des marques, et c'est probablement le premier sujet sur lequel un droit international coutumier ait été élaboré.
Le droit des armes varie selon les pays et selon les époques. Un élément est cependant constant, nul ne peut se doter d'armes déjà portées par autrui. Le principal problème du droit des armes est donc, pour un titulaire, de prouver l'antériorité dans l'usage d'un blason qu'il revendique. Cette preuve est généralement apportée au moyen d'actes officiels, qui enregistrent un blason donné, ou accordent une modification dans des armes préexistantes.
Certains pays qui ont conservé une noblesse (Royaume-Uni notamment) lui imposent cependant une réglementation spécifique, voire un tribunal dédié (Écosse). En Écosse, les armoiries sont strictement personnelles, avec un système de brisures[52] strictement appliqué pour les cadets. Cependant, le « droit » au port de telles ou telles armes est très largement une affaire de coutume.
Composition et évolution des armoiries
Création, adoption et modification des armoiries
La création des blasons, bien que laissée à l'initiative de leurs futurs possesseurs, s'est dotée dès le début de règles plus ou moins strictes, visant à rendre l'identification efficace : lecture facile par l'emploi de couleurs franches tranchant les unes sur les autres, motifs de grande taille aux contours simplifiés facilement lisibles, et surtout unicité des armoiries (souvent non respectée — plus par ignorance que par volonté de plagiat).

Cette volonté identitaire se traduit aussi par l'utilisation de symboles, rappels de faits marquants ou traductions de traits caractéristiques liés au possesseur (armes par allusion), ou même figuration du patronyme, n'hésitant pas devant l'à-peu-près, voire le jeu de mots (armes parlantes). Par exemple, dans les armes de Gonesse, commune du Val-d'Oise, le gond enlacé d'une lettre S constitue un rébus.
Mais le blason n'est pas figé et il peut évoluer en fonction :
- d'une « alliance », où les blasons des alliés se réunissent pour n'en former plus qu'un, réunion codifiée par des règles traduisant le type d'union ;
- d'un « héritage », qui impose parfois à l'héritier une modification (une brisure) du blason initial en fonction du degré de parenté ;
- d'une « distinction honorifique » accordée par un suzerain, qui donne à un vassal le droit d'ajouter sur son blason un élément distinctif du sien (une augmentation) ;
- d'une distinction ou modification pour distinguer un nouveau blason de celui dont il a été dérivé (une brisure).
Il peut même disparaître et être remplacé par un blason de substitution, quand le blason original a été « déshonoré » pour une action peu reluisante de son possesseur ou d'un ancêtre du possesseur (par exemple, pour le lion : lion « couard », « vilené », etc.).
Règles du blason
Les règles du blason proprement dit, c'est-à-dire celles qui portent sur la composition des armes, sont implicites et coutumières. Le caractère bien ou mal constitué d'un blason s'évalue en fonction d'un « esprit héraldique ». L'évaluation s'appuie sur l'avis d'autorités éminentes, qui énoncent leurs leçons dans des traités d'héraldique faisant référence. Ces règles sont donc nuancées et mouvantes comme celles du bon ton ; quand les avis autorisés sont unanimes, le jugement peut être tranché, il doit être nuancé sinon, pour les cas plus marginaux.
De fait, on ne connaît qu'une seule règle qui puisse s'énoncer en termes indiscutables, c'est-à-dire pour laquelle on peut déterminer avec certitude si elle est respectée ou non : « pas de métal sur métal, ni émail sur émail », dite règle de contrariété des couleurs[53].
On énonce parfois trois autres règles[54] :
- On ne peut mettre partition sur partition sauf si les lignes de divisions correspondent ;
- Les meubles apparaissant en nombre sont identiques, donc, entre autres, de même couleur ou de même logique de coloration. Cette règle est loin d'être absolue et on connaît de nombreux cas de groupes non homogènes ;
- Le blason doit être régulier, complet et bref ; cette règle signifie essentiellement qu'il doit être possible de blasonner suivant les règles usuelles (régulier)[55], et que le blason doit être spécifique. Il n'est pas possible de retenir pour blason « d'azur à trois meubles d'or » sans spécifier les meubles, par exemple. Le blason devrait être bref[53], c'est-à-dire peu chargé. Cette règle a largement perdu de sa pertinence par la prolifération des blasons composés, des brisures et autres augmentations.
