Émail Plantagenêt

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Date
vers 1160
Dimensions(H × L)
63 × 33 cm
Émail Plantagenêt
Date
vers 1160
Dimensions (H × L)
63 × 33 cm
Localisation

L’émail Plantagenêt, ou émail de Geoffroy Plantagenêt, est une plaque funéraire en cuivre, gravée et émaillée, à l'effigie de Geoffroy V Plantagenêt, comte d'Anjou, du Maine et de Touraine et duc de Normandie (1113-1151). Elle constitue une des pièces les plus importantes du musée Jean-Claude-Boulard Carré Plantagenêt, le musée d'archéologie et d'histoire de la ville du Mans, dans le département français de la Sarthe en région Pays de la Loire.

Cet émail de dimensions exceptionnelles (63 × 33 cm) est daté d'environ 1160 selon les études les plus récentes. Il faisait partie du tombeau de Geoffroy Plantagenêt érigé dans la cathédrale du Mans, sans doute sur commande de l'évêque Guillaume de Passavant et sous l'influence de la veuve de Geoffroy Plantagenêt, Mathilde l'Emperesse, et détruit en 1562. La plaque émaillée est conservée par la suite dans la cathédrale, cachée durant la Révolution puis achetée en 1816 par le département de la Sarthe.

Cette œuvre est fabriquée selon la technique de l'émail champlevé, au cours d'un processus long et minutieux. Le comte d'Anjou y est mis en valeur, présenté par l'image et le texte comme un protecteur de l'Église catholique. Elle rappelle l'émail de Limoges, mais elle semble plutôt être de fabrication locale, avec des influences artistiques et techniques d'autres territoires de l'empire Plantagenêt et du champlevé mosan.

L'identification du personnage représenté est confirmée par la chronique du moine Jean Rapicault, écrite vers 1170. Toutefois, celui-ci commet un anachronisme quand il affirme que, lors de son adoubement en 1127, Geoffroy Plantagenêt reçoit des armoiries de son beau-père Henri Ier. Contrairement à ce qu'on a longtemps affirmé, l’émail Plantagenêt n'est pas la plus ancienne représentation d'armoiries. Certains sceaux sont plus anciens. En revanche, il est bien la plus ancienne représentation héraldique en couleurs connue.

Nom

Les noms donnés à cet objet varient au fil du temps. Le nom d’émail Plantagenêt est utilisé par le musée Jean-Claude-Boulard Carré Plantagenêt[1],[2]. Les différents auteurs utilisent des intitulés plus longs : émail de Geoffroy Plantagenêt[3], plaque de Geoffroy Plantagenêt[4], plaque tombale de Geoffroy Plantagenêt ou émail du Mans[5], effigie funéraire de Geoffroy Plantagenêt[6] ou plaque à l'effigie funéraire de Geoffroy Plantagenêt[7].

Un émail

Schéma montrant une plaque grise évidée en épaisseur en trois endroits de couleur rouge, jaune et orange
Schéma d'un émail champlevé.

Cette pièce est un émail de dimensions exceptionnelles[8],[9],[10],[2], le plus grand émail sur cuivre champlevé qui soit conservé[9],[10] et peut-être même qui ait jamais été réalisé[10]. Il mesure 63 cm de haut sur 33 cm de large[9],[10],[11] et pèse 33 kg[9],[7]. La plaque d'origine est épaisse de mm. Ses bords sont rabattus pour former un chanfrein de 18 à 20 mm, ce qui crée une légère saillie mettant en valeur l'objet[7]. Il s'agit d'un émail champlevé. La plaque de cuivre est d'abord évidée au burin. Les cavités ainsi formées sont émaillées avec des poudres, mélanges de quartz, d’un fondant et d’oxydes métalliques, ce qui permet d'obtenir des couleurs. La plaque est ensuite cuite, poncée, polie et gravée. C'est un long travail, très minutieux[12],[13].

En 1978, cette œuvre d'art a été analysée aux rayons X en laboratoire[14],[15]. Cette analyse a permis à Marie-Madeleine Gauthier de distinguer douze opérations successives :

« 1 – Esquisse gravée, en traits continus ou tirets.
2 – Champlevage.
3 – Émaillage des bleus au cobalt ; des rouges, verts, turquoise, noir ; au cuivre jaune, blanc granité ou nué.
4 – Pose du paillon d'or au fond des alvéoles délimitant visage, chevelure, main peut-être.
5 – Émaillage du visage et de la chevelure sur ce paillon.
6 – Polissage des émaux et des aires de cuivre réservées.
7 – Gravure et ciselure des orfrois[a].
8 – Gravure du modèle graphique sur les aires destinées au vernis brun : pelage des lionceaux, hachures des broderies losangées.
9 – Onction, au doigt et à la plume, d'huile de lin sur les aires choisies ; assombrissement à la braise et au feu.
10 – Dégagement, par grattage au rasoir, du dessin au préalable gravé dans les plages de vernis brun.
11 – Dorure au mercure de toutes les surfaces de cuivre dénudées.
12 – Corrosion par le temps de zones au vernis brun, sauf sous le dessin doré devenu protecteur[16],[17]. »

Sous les émaux fragiles du visage et de la barbe se trouve une feuille d'or (un paillon) qui permet de protéger les émaux disposés dessus et de donner du rayonnement au visage[18].

Un prince protecteur

Certainement pensé dès l'origine pour être visible en hauteur, l’émail Plantagenêt produit un effet monumental par sa taille exceptionnelle[19] et par la verticalité de l'image insérée dans un large chanfrein orné et inscrit[9]. Les couleurs dominantes sont le vert, le bleu et le blanc gris[8]. Geoffroy Plantagenêt est représenté sur un fond d'or réticulé de vert avec des fleurons blancs et bleus. L'effigie est encadrée par une architecture en plein cintre[20],[8]. Les colonnes, aux chapiteaux corinthiens, sont surmontées d'une coupole entre deux tourelles. Cette représentation d'un édifice évoque un tombeau dans le tombeau[21]. Les ornements végétaux, fleurs et tiges, sont nombreux[22].

Le comte représenté est un homme jeune, blond aux yeux bleus et au visage rosé[21]. C'est probablement le seul portrait « au naturel » de la peinture romane qui nous soit parvenu[22]. Il est représenté de trois quarts, le visage tourné vers l'autel du Crucifix[21], debout, vêtu d'un riche costume, tenant dans la main droite une épée levée et sur le bras gauche un bouclier d'azur chargé de lionceaux[8],[23].

Ses vêtements sont un bliaud sur une chemise de soie, brodés et galonnés, des chaussons et une cape fourrée de vair. Il brandit son épée, la guiche de son bouclier est passée sur l'épaule, et il porte une coiffe ou un casque armorié[24]. Les vêtements princiers civils correspondent au récit du mariage et de l'adoubement de Geoffroy Plantagenêt[21]. Ils sont associés à un équipement militaire[25],[26]. L'épée comportait probablement une lame d'or[27],[21],[15]. Sur l'écu, quatre lionceaux jaunes sont visibles[8], mais sur le bouclier entier ils seraient au nombre de six, disposés 3, 2 et 1[28]. Il s'agit donc d'un écu d'azur à six lionceaux d'or[29],[26].

Dessin en noir et blanc montrant la partie supérieure du décor composé de lignes droites, de courbes et de coupoles, sans dessin au milieu, avec une inscription en latin
Dessin de la partie supérieure et de l'inscription, Eugène Hucher, 1860[36].

La partie supérieure de la plaque porte une inscription latine sur deux lignes[37], la première mesurant 28 cm[11]. L'inscription, en lettres capitales droites de mm de hauteur en moyenne se situe entre deux lignes émaillées. Le texte, qui forme un distique élégiaque avec une erreur de quantité[37], est le suivant :

« ENSE TVO PRINCEPS PREDONVM TVRBA FVGATUR
ECCLE(s)IISQ(ue) QVIES PACE VIGENTE DATVR[20],[36],[38],[39],[23],[40],[41],[21],[42],[11]. »

Ce qui peut se traduire ainsi :

« Par ton épée, prince, la troupe des brigands est mise en fuite
et aux églises, le repos est donné par ta paix vigilante[11]. »

Dans le contexte, cette apostrophe est prononcée par l'évêque commanditaire du tombeau[21]. Le comte d'Anjou paraît veiller à la porte d'un édifice dont il est le protecteur et le gardien[24]. Son équipement militaire et cette épitaphe mettent en avant son rôle de protecteur de l'Église[26].

La plus ancienne représentation héraldique en couleurs

Notes et références

Voir aussi

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