Héros de l'Union soviétique

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Le titre de héros de l'Union soviétique est le plus haut titre honorifique et le degré suprême de distinction de l'Union soviétique. Institué le , le titre a été décerné à 12 745 personnes entre cette date et sa dernière attribution à la fin de l’année 1991. Sur ce total, plus de onze-mille titres ont été remis pendant la Grande Guerre patriotique et environ 1 % des titulaires l’ont reçu deux fois ou plus, mais seulement une centaine de femmes en ont été récipiendaires.

Décerné parDrapeau de l'URSS Union soviétique
ÉligibilitéMilitaires et civils nationaux et étrangers
StatutN'est plus décerné
Faits en bref Conditions, Décerné par ...
Héros de l'Union soviétique
(ru) Герой Советского Союза
Illustration.
Avers
Étoile d'or, type 2.
Conditions
Décerné par Drapeau de l'URSS Union soviétique
Type Titre honorifique
Éligibilité Militaires et civils nationaux et étrangers
Détails
Statut N'est plus décerné
Statistiques
Création
Première attribution
Dernière attribution 1991
Total 12 745
Ordre de préséance
Inférieur Ordre de Lénine
Équivalent Héros du travail socialiste
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À partir du , le récipiendaire du titre se voit remettre une médaille en or en forme d’étoile. Les titulaires reçoivent automatiquement en même temps l’ordre de Lénine et sont également destinataires d’un diplôme et d’un passeport permettant de bénéficier de certains privilèges. Ceux-ci sont nombreux et couvrent des domaines variés, allant de la perception d’une pension à la gratuité des transports en commun, en passant par des exemptions fiscales et des facilités pour se loger.

Histoire

Le titre de héros de l’Union soviétique est créé le par le comité central exécutif (en) et le conseil des commissaires du peuple de l’Union soviétique. Il est décerné pour la première fois quatre jours plus tard, le à sept aviateurs, Anatoli Liapidevski, Sigismund Levanevski, Vassili Molokov, Mavriki Slepniov, Mikhaïl Vodopianov, Ivan Doronine et Nikolaï Kamanine, ayant participé à la recherche et au sauvetage de l’équipage du brise-glace Tcheliouskine en . À cette date il n’existe pas de médaille propre au titre et les sept hommes reçoivent en même temps l’Ordre de Lénine. Par la suite, le titre est décerné à vingt-six participants à la bataille du lac Khassan en 1938 et à soixante-treize de la bataille de Khalkhin Gol en 1939[1].

Dans l’intervalle, le Præsidium du Soviet suprême créé le la médaille à l’étoile dorée pour accompagner le titre. La première étoile est remise à l’un des aviateurs de 1934, Anatoli Liapidevski. La guerre russo-finlandaise est le premier conflit majeur depuis la création du titre et donne l’occasion de le décerner en nombre, de sorte qu’en , il a déjà été remis à six-cent-vingt-six personnes, dont six l’ont reçu à deux reprises[1].

Avec 11 635 personnes décorées, la Grande Guerre patriotique est la période ayant produit le plus de héros de l’Union soviétique. Après la guerre, le titre est distribué bien plus parcimonieusement, le nombre total de titre attribué étant de 12 745 à la fin de l’année 1991[1]. Les trois dernières médailles, portant les numéros 11 658, 11 659 et 11 660, sont attribuées à Vladimir Oussov, Dmitri Komar et Ilia Kritchevski, tués lors du putsch de Moscou en [2].

Description

Étoile

Avers de l’étoile de type 1.

Deux variantes de l’étoile existent, qui diffèrent par leur mode de suspension : le type 1, produit de la création de l’étoile le au et le type 2, qui lui a succédé à partir de cette date jusqu’en 1991[3]. Ces dates sont des dates de production et il est possible que des étoiles du type 1 aient été décernées après l’introduction du type 2 si elles avaient déjà été produites[4]. Par ailleurs, certaines étoiles, notamment entre les no 700 et 1 300, sont des hybrides présentant un mélange de caractéristiques des deux types[5].

La médaille représente une étoile soviétique à cinq branches et mesure entre 15 et 16 mm du centre à l’extrémité des branches. Elle est fabriquée en or 950. Le revers comporte une fine bordure et porte au centre l’inscription ГЕРОЙ СССР Héros de l’URSS »)[6]. Au-dessus de l’inscription figure le numéro de la décoration, qui correspond à celui figurant sur le diplôme et le passeport. Dans les rares cas où le titulaire a reçu plusieurs fois le titre, la deuxième étoile porte au-dessus du numéro de décoration le chiffre romain II. Il est probable que les troisième et quatrième étoiles reçues portent les chiffres III et IV, mais leur rareté ne permet pas d’en avoir la confirmation[7]. Sur les étoiles de type 1, la hauteur du numéro de décoration est de 1,25 mm, contre 1,75 mm sur le type 2[5].

Revers de l’étoile nº473 appartenant au type 1. L’écrou est manquant.

Un petit anneau en or est soudé au sommet de l’étoile afin d’attacher la médaille au système de suspension. Celui-ci est composé d’une partie métallique en argent doré avec une vis permettant de fixer la décoration au vêtement et d’un court ruban rouge[6]. Sur les étoiles appartenant au type 1, le plateau de suspension mesure 25 mm de large et 15 mm de haut[7]. L’écrou mesure 17,75 mm de diamètre et porte en relief l’inscription МОНДВОР, abréviation pour « monnaie »[8]. Le ruban est d’un rouge assez foncé tirant sur le bordeaux et l’anneau intermédiaire reliant l’étoile à la suspension est soudé[3]. Sur les étoiles du type 2, le plateau de suspension mesure 21,5 mm de haut pour 26 mm de large. L’écrou mesure 18,5 mm de diamètre et porte en relief l’inscription МОНЕТНЬИ ДВОР monnaie »). Le ruban est d’un rouge plus vif que sur le type 1 et l’anneau intermédiaire entre l’étoile et la suspension n’est plus soudé, mais passe par un trou percé dans la base du plateau[5].

Plus grand honneur de l’Union soviétique, l’étoile de héros se porte sur le côté gauche de la poitrine, au-dessus de toutes les autres décorations[9]. L’étoile est remise dans une boîte de présentation dont l’intérieur est recouvert de velours. Il existe deux types de boîtes pour la Seconde Guerre mondiale : une rouge et une bleue. La raison de cette différence n’est pas connue, mais il est présumé que les boîtes bleues étaient destinées aux forces aériennes et les boîtes rouges aux forces terrestres[10].

Diplôme

Diplôme de Moussa Djalil dans son porte-document, musée national du Tatarstan.

Le diplôme est un document imprimé sur une double page mesurant en position ouverte quarante centimètres de long par vingt-quatre centimètres de large. Quand il est ouvert, la page de gauche comporte les armoiries de l’Union soviétique, tandis que le coin supérieur droit de la page de droite porte la mention « Præsidium du Soviet suprême » en onze langues. Au centre de la double page, un texte indique le nom du héros et rappelle les faits qui lui valent ce titre. En dessous se trouvent la date d’attribution et de remise de la décoration, le numéro de celle-ci ainsi que le tampon et les signatures du président et du secrétaire du Præsidium. Le document est placé dans un porte-document à couverture rigide rouge, portant sur la couverture l’inscription dorée « héros de l’Union soviétique ». L’intérieur est doublé de blanc et comprend une ficelle rouge permettant de maintenir le document en place au centre[5].

Il existe une variante, qui a été introduite en 1990 en lien avec la transformation du gouvernement à cette époque. Les références au Præsidium y sont absentes et le document n’est signé que par le président de l’Union soviétique, fonction nouvellement créée. Le porte-document de cette version est bordeaux et comporte une couverture rembourrée frappée des armoiries de l’Union soviétique et l’inscription en lettre dorée « héros de l’Union soviétique » en haut, et en dessous « Union des républiques socialistes soviétiques »[11].

Passeport

Le passeport est un petit document que le titulaire peut facilement emporter avec lui afin de prouver son statut de héros. Celui de la Seconde Guerre mondiale mesure 10,7 cm de haut et 7,6 cm et comporte une couverture rouge avec l’inscription en lettres dorées « héros de l’Union soviétique ». L’intérieur est divisé en quatre sections : la première comprend la signature du titulaire et son portrait, la deuxième reproduit le diplôme, la troisième indique la date à laquelle le titre a été attribué et la dernière liste les privilèges auxquels a droit le porteur. À partir des années 1980, la couverture prend une couleur tirant davantage sur le bordeaux[12].

Attribution

Le titre de héros de l’Union soviétique a été attribué à 12 745 reprises, mais seulement 11 660 étoiles ont été remises. Cette différence s’explique du fait que le titre a été décerné à titre posthume dans un certain nombre de cas, et que, dans cette situation, il n’a pendant longtemps pas été d’usage en Union soviétique de donner la médaille à la famille[1]. Dans le même esprit, jusqu’au , la médaille devait être restituée à l’État au décès de son titulaire[13].

Le critère général d’attribution est d’avoir accompli des actions importantes pour l’Union soviétique. Pour les hommes de rang subalterne, il s’agit le plus souvent d’actes de bravoure, tandis que les officiers peuvent être récompensés pour avoir mené avec succès une bataille ou une campagne décisive. L’évaluation du mérite des potentiels récipiendaires est ainsi laissé à la discrétion de l’autorité décisionnaire[14].

Il y a toutefois quelques cas pour lesquels il existe des prérequis. Joseph Staline impose par exemple à partir du aux pilotes des forces aériennes soviétiques des seuils minimum qu’ils doivent atteindre avant de pouvoir prétendre au titre : les pilotes de chasse deviennent ainsi éligibles à partir de dix victoires en combat aérien, tandis que les pilotes d’attaque au sol doivent survivre à quarante missions de combat de jour. Les soldats capturés sont définitivement inéligibles. Ces règles sont parfois révisées après la mort de Staline. Ainsi l’as Mikhaïl Petrovitch Deviataïev reçoit finalement le titre en 1957 pour ses victoires et son évasion de captivité pendant la guerre[15].

Bien que le titre de héros soit essentiellement décerné aux citoyens soviétiques, les étrangers sont également éligibles. Parmi ceux-ci figurent notamment certains as français de l’escadron Normandie-Niemen, comme Marcel Albert, nommé héros le [16].

Environ 1 % des titulaires, cent quarante-et-un à la fin de l’année 1981, ont reçu le titre deux fois ou plus. Semion Boudienny, Ivan Kojedoub et Alexandre Pokrychkine l’ont reçu trois fois. Gueorgui Joukov et Léonid Brejnev l’ont reçu quatre fois, bien que pour le second leur valeur soit contestée du fait qu’ils ont été auto-attribués. Dans quelques cas, l’ensemble des membres d’une unité ont été décorés en même temps ; c’est par exemple le cas des vingt-cinq membres d’un peloton ayant résisté face à des forces allemandes très supérieures à la bataille de Taranovka[2].

Récipiendaires

Sociologie

Les titulaires sont très majoritairement des hommes, les femmes ne représentant qu’un peu plus de quatre-vingt-dix récipiendaires. Parmi celles-ci, un tiers ont reçu le titre pour avoir fait partie des partisans soviétiques, dont elles représentent environ 10 % de l’effectif des héros. Ces chiffres s’expliquent en partie du fait que 91 % des titres ont été remis en lien avec la Grande Guerre patriotique, conflit pendant lequel les femmes ont dans la plupart des cas été reléguées à des rôles non combattants dans l’armée régulière, à l’exception de l’aviation, qui regroupe un peu moins d’un autre tiers des récipiendaires féminins. En outre, nombre de femmes n’ont été récompensées que tardivement : Ekaterina Zelenko ne reçoit ainsi le titre que le , près de cinquante ans après sa mort au combat[17],[2].

L’autre trait dominant des titulaires est leur origine : bien que l’Union soviétique compte une centaine de nationalités différentes, l’immense majorité des récipiendaires est de nationalité russe ou ukrainienne. Dans l’ensemble, les nationalités slaves sont bien plus représentées que les nationalités non slaves. Ainsi, en ce qui concerne les médaillés de la Grande Guerre patriotique, 8 182 sont russes et 2 072 ukrainiens, contre 1 381 pour toutes les autres nationalités confondues[18].

Bien qu’il n’existe pas de statistiques précises, une partie des médaillés le sont sur la base de mérites fictifs inventés à des fins de propagande. Cela concerne notamment les médaillés à titre posthume de la Seconde Guerre mondiale. Il a ainsi été démontré que les circonstances de la mort d’Alexandre Matrossov sont un mythe monté par la propagande soviétique afin de donner un vernis héroïque aux assauts suicidaires ordonnés par le haut-commandement[19].

Privilèges associés

Buste du double héros Semion Timochenko dans son village natal de Furmanivka (région d’Odessa).

Les héros de l’Union soviétique disposent d’un certain nombre de bénéfices, qui restent en vigueur après la réforme du supprimant les privilèges liés à la plupart des autres décorations[20]. La première catégorie d’avantages touche au logement : priorité sur la liste d’attribution des logements ; possibilité de disposer d’un logement plus spacieux de 15 m2 ; loyer réduit de moitié pour le titulaire et les personnes à sa charge vivant avec lui quand il est locataire ou, s’il est propriétaire, réduction de la taxe foncière de moitié, puis, à partir du , exemption totale. La deuxième catégorie touche aux transports : gratuité dans les transports en commun et possibilité de recevoir gratuitement une fois par an un billet aller/retour en première classe pour un voyage. La troisième catégorie touche aux services : entrée annuelle gratuite dans un sanatorium ou maison de repos de son choix ; accès aux cliniques et hôpitaux du ministère de la Défense, du KGB et du MVD ; accès privilégié aux établissements éducatifs et culturels. Enfin, le titulaire bénéficie d’une pension à vie[21].

Le nouveau titulaire du titre de héros soviétique obtient automatiquement l’Ordre de Lénine. À partir de 1973, une autre obtention du titre de héros permet d’obtenir aussi un autre Ordre de Lénine, ainsi que de la possibilité de bénéficier d’un buste de bronze à son effigie dans sa ville natale. Ce dernier privilège est également attribué au héros de l’Union soviétique qui se verrait décerner le titre de héros du travail socialiste[9].

Notes et références

Annexes

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