Il était chef de file d'une révolte contre la présence française dans le nord de la Syrie. Il était membre d'une famille terrienne notable à Alep.
Ibrahim Hananou est né dans une famille kurde[1] de Kafr Takharim, il est le fils de Suleiman Muhammad Hanano, un riche notable et important propriétaire terrien et de Karima al-Hajj Ali al-Sarma. Il fait ses études au lycée impériale supérieure d'Alep, pour rejoindre ensuite la prestigieuse faculté Mekteb-i Mülkiye à Istanbul où il étudie le droit. Après avoir obtenu son diplôme, il enseigne brièvement à l'académie militaire d'Istanbul, puis rejoint l'administration ottomane.
Il est un grand propriétaire terrien et notable local[2]. Partisan de la révolte arabe de 1916, il rallie l'armée arabe de Fayçal qui entre à Alep en 1918.
En Syrie, il adhère à une société arabe secrète, Al-Fatat, et avec l'aide de commerçant d'Alep il fonde la Ligue de défense nationale et le Club arabe d'Alep. Sous son influence, l'élite musulmane de la ville abandonne l'ottomanisme au profit du nationalisme arabe.
À la fin de l'année 1919, il mène une campagne contre l'armée française qui avait débarqué en Syrie. Sa révolte touche Alep, Idlib et Antioche, les lignes de chemin de fer et les lignes télégraphiques sont sabotées, et les chars français détruits. Il est en lien étroit avec Saleh al-Ali, chef de la révolte alaouite de 1919 contre les Français. Dans sa tâche, Ibrahim Hanano reçoit l'aide du mouvement nationaliste turc de Mustafa Kemal qui luttait également contre les troupes françaises présentes en Anatolie et signe un accord avec les kémalistes le [3]. Il mène environ 5000 volontaires contre les Français à l'automne 1920[2]. En , il proclame un gouvernement local à Jisr al-Choghour mais perd face au colonel Debieuvre. En , il s'enfuit en Transjordanie sous mandat britannique[3] où il est arrêté le [4] et remis aux autorités mandataires françaises. Beaucoup d'historiens considèrent son insurrection, qui s'achève avec l'accord d'Ankara d'octobre 1921, comme la première d'une série de soulèvements qui conduira à la grande révolte syrienne de 1925.
Ibrahim Hanano est assisté par Fathallah Saqqal lors de son jugement par la cour martiale du Conseil de Guerre d'Alep[2] en [5]. Il échappe à la peine capitale car il finalement acquitté[6], cette décision donne lieu à des manifestations de soutien[5].
Il participe au boycott des élections syriennes de et le , il se rend à Beyrouth chez Jacques Reclus[9].
Ibrahim Hanano continue ses activités politiques, en participation en 1927 à la fondation du Bloc national, émanation politique de la bourgeoisie syrienne, constituée en coalition de partis opposés au mandat français sur la Syrie[10]. C'est à travers ce parti qu'il est élu député et participe à la rédaction de la première constitution syrienne. Appartenant à la ligne dure, il refuse de négocier avec les Français tant que ceux-ci ne s'engageront pas à accorder une indépendance complète à la Syrie.
En 1932, il subit une tentative d'assassinat par un propriétaire dépossédé[11]. Il organisa une manifestation lors de la visite du Président de la République en .
Il meurt le et ses funérailles sont filmées.
L'eurodéputée française d'origine palestinienne Rima Hassan est apparentée à Ibrahim Hanano par sa grand-mère, Malak Hanano[12].
12Nadine Méouchy, «Chapitre 3 – Les temps et les territoires de la révolte du Nord (1919-1921)», dans Alep et ses territoires: Fabrique et politique d’une ville (1868-2011), Presses de l’Ifpo, coll.«Contemporain publications», , 80–104p. (ISBN978-2-35159-527-5, lire en ligne)
12(en) Keith David Watenpaugh, Being Modern in the Middle East: Revolution, Nationalism, Colonialism, and the Arab Middle Class, Princeton University Press, (ISBN978-0-691-15511-1, lire en ligne)
↑Henry Laurens et Gérard D. Khoury, Louis Massignon au Levant: Écrits politiques (1907- 1955), Albin Michel, (ISBN978-2-226-43302-2, lire en ligne)
↑Thierry Millet (paragraphe 17), «La Franc-maçonnerie en Syrie sous l’administration française (1920-1946). Attraits et rejets du modèle français», Cahiers de la Méditerranée, no72, , p.377–402 (ISSN0395-9317, lire en ligne, consulté le )
↑Jean Marc Aractingi, Dictionnaire des Francs maçons arabes et musulmans, Amazon editions, (ISBN978 1985235090), p.216