Ifrah Ahmed

activiste somalienne From Wikipedia, the free encyclopedia

Ifrah Ahmed (somali : Ifraax Axmed, arabe : إفراح أحمد), est une militante sociale somalo-irlandaise. Elle est la fondatrice de l'organisation non gouvernementale United Youth of Ireland ainsi que de la Ifrah Foundation.

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Ifrah Ahmed
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Biographie

Ifrah Ahmed naît à Mogadiscio en 1989. À l'âge de huit ans, elle subit une excision forcée pratiquée par un membre de sa famille qui est médecin agréé[1]. C'est pendant la guerre éthiopienne qu'Ahmed fuit la Somalie pour l'Irlande, alors qu'elle a 17 ans. Elle échappe aux trafiquants et obtient le statut de réfugiée en Irlande en 2006.

À son arrivée, elle subit un examen médical obligatoire au cours duquel les professionnels de santé insistent pour effectuer un frottis. Parlant alors un anglais limité, elle peine à communiquer sa situation au personnel médical qui, avant ce jour, n'a jamais été confronté à des cas de mutilations génitales féminines (MGF). À cette époque, alors qu'elle vit avec d'autres réfugiés dans un centre d'hébergement, Ahmed revit son traumatisme passé en interrogeant les autres femmes sur leurs propres expériences[2].

Ahmed est alors sous le choc en réalisant que les MGF ne sont pas une pratique courante en Irlande, alors qu'elles sont totalement normalisées en Somalie. Cette prise de conscience la pousse à reprendre ses études pour parfaire son éducation, afin de mieux s'exprimer publiquement et de s'attaquer au problème des MGF. Dans les années qui suivent, Ifrah Ahmed devient la première femme à partager publiquement son témoignage sur son expérience des mutilations génitales féminines[3].

Carrière

Fondation Ifrah

Ifrah Ahmed fonde United Youth of Ireland en 2010, une ONG destinée aux jeunes immigrés, ainsi que la Fondation Ifrah, qui se consacre à l'éradication des mutilations génitales féminines (MGF)[4].

La Fondation Ifrah est une organisation caritative enregistrée à la fois en Irlande et en Somalie. À travers sa fondation, Ahmed continue de plaider pour l'éradication des MGF dans sa Somalie natale. Son travail consiste notamment à sensibiliser l'opinion publique par la production de contenus médiatiques afin de mettre en lumière les conséquences négatives de ces pratiques. En , en collaboration avec la Campagne mondiale médiatique pour mettre fin aux MGF, Ahmed produit un court documentaire sur le décès d'une fillette de 10 ans dû à des complications résultant de mutilations génitales féminines. La Fondation Ifrah collabore à des projets d'envergure avec des ONG internationales et a établi des partenariats stratégiques avec des agences gouvernementales concernant les politiques publiques et la législation.

La vision de la fondation est celle de «l'abandon absolu des MGF en Somalie et dans la Corne de l'Afrique [...]»[5]. Sur son site web, elle précise que cet objectif sera atteint grâce à un «engagement soutenu auprès du gouvernement et des partenaires stratégiques, dans [les] domaines d'action clés: le plaidoyer, la sensibilisation et l'autonomisation des communautés»[6].

La fondation s'est associée à de nombreux projets pour obtenir des résultats significatifs aux côtés d'ONG internationales en Afrique de l'Est, telles qu'AAmnesty International, l'UNICEF et le FNUAP. Elle entretient également de multiples partenariats stratégiques avec des agences gouvernementales sur les questions de politiques publiques et de législation. Elle travaille aux niveaux ministériels, avec des chefs religieux, des experts des médias internationaux et des organisations de base pour promouvoir l'éducation et l'autonomisation des communautés[7].

United Youth of Ireland

L'organisation non gouvernementale United Youth of Ireland apporte son soutien aux jeunes immigrés dans leurs projets entrepreneuriaux, artistiques et créatifs[4]. L'objectif affiché est alors de «conquérir le cœur des jeunes»

Loi sur les MGF

En 2001, le gouvernement irlandais dépose un projet de loi visant à interdire les MGF au niveau national, mais faute d'actions concrètes, Ahmed décide d'intervenir pour provoquer le changement. Avec United Youth of Ireland, elle lance le concours de beauté « Ms. Ethnic Ireland », une compétition qui célèbre la diversité, sensibilise aux MGF[2] et traite des difficultés d'intégration des immigrés dans la culture irlandaise. Bien qu'elle reçoive des critiques de la part de membres de la communauté somalienne soutenant encore cette pratique, Ahmed continue de faire entendre sa voix[1]. Cette même année, elle poursuit son combat en créant la Fondation Ifrah, une organisation dédiée à la lutte contre les MGF[2] Grâce à son activisme et avec le soutien du député travailliste Joe Costello, elle réussit à faire interdire officiellement les MGF en Irlande en 2012[6].

En Somalie

Ahmed s'attaque également aux MGF dans son pays d'origine, la Somalie. L'ancienne ministre somalienne des Femmes et des Droits de l'homme rencontre Ahmed lors d'une conférence dans l'Union européenne et lui demande de travailler au ministère pour élaborer des programmes sur les droits de l'enfant, incluant la ratification de l'interdiction des mutilations génitales féminines. Ahmed reçoit également le soutien des ministres des Femmes successives. Appuyée par ces femmes et d'autres ministres clés, elle parvient à promouvoir la prévention des MGF directement auprès des communautés et des chefs religieux. Avec le soutien de l'Amisom et de l'université de Mogadiscio, elle dirige des conventions et des symposiums pour assurer l'éducation et la sensibilisation[8]. Ahmed occupe désormais les fonctions de coordinatrice du genre pour le compte du gouvernement somalien et de conseillère sur le genre auprès du président de la Somalie. Parallèlement, elle est conseillère en droits de l'homme pour le gouvernement[6]. Elle initie une étude de recherche approfondie de dix-huit mois sur l'état des MGF en Somalie et rédige la méthodologie du Plan d'action national pour l'abandon des MGF dans le pays[6]. Grâce au soutien public du Premier ministre, qui s'engage à faire adopter une législation pour mettre fin à cette pratique, des groupes d'entraide sur le terrain en Somalie parviennent à s'associer à la Fondation Ifrah et au gouvernement pour mettre en œuvre un programme national d'abandon des MGF[8]. Ahmed coordonne également la Global Media Campaign Media Training Academy à Mogadiscio[6].

En 2016, elle est nommée conseillère de genre du Premier ministre somalien[9].

Autres rôles

Ahmed participe également à l'organisation de divers événements, ateliers, collectes de fonds et séminaires[4]. En 2014, elle intervient en tant que conférencière invitée pour soutenir le documentaire Girl Rising de Richard E. Robbins. Cette présentation s'inscrit dans le cadre de la série de films sur le développement organisée à l'University College Dublin[10].

Portrait des médias

Un film biographique sur Ahmed, intitulé A Girl from Mogadishu, avec Aja Naomi King et Barkhad Abdi, est produit. Le tournage se déroule en Irlande et au Maroc, et la première a lieu au Festival du film d'Édimbourg en Écosse[11],[12].

Il est difficile pour elle d'ouvrir son cœur et de partager des détails aussi intimes de sa vie avec la réalisatrice Mary McGuckian et la scénariste, puis avec le monde entier. Cependant, Ahmed souhaite que les autres personnes ayant souffert de MGF se sentent moins seules après avoir vu le film[5]. Ahmed réalise également un court documentaire qui suit l'histoire de Deequq, une fillette de dix ans décédée d'une hémorragie à la suite de ses propres mutilations. Peu après que l'histoire est devenue virale, d'autres parents commencent à emmener leurs filles à l'hôpital après l'excision pour éviter une issue aussi tragique. Ahmed facilite elle-même les soins médicaux de nombre de ces fillettes et parvient à sauver vingt d'entre elles d'une hémorragie[5]. Le retentissement mondial de ce documentaire aide le procureur général de Somalie à engager les toutes premières poursuites judiciaires du pays liées aux MGF[6].

Prix

  • En 2015, Ifrah remporte le prix Humanitaire de l'année du prix Women4Africa[13]
  • En 2018, elle reçoit le People of the Year Award pour son travail[14].

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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