Faculté de linguistique, Université impériale de Tokyo (1905).
Première rangée à partir de la droite: Ogura Shinpei, Iha Fuyū, Kanda Jotaro. Rangée du milieu à partir de la droite: Hoshina Koichi, Yasugi Sadatoshi, Ueda Mannen, Fujioka Katsuji, Shinmura Izuru. Rangée arrière à partir de la droite: Hashimoto Shinkichi, Tokuzawa (Tokuzawa Kenzo?), Goto Chotaro, Kindaichi Kyosuke .
Il naît à Nishimura, Naha, dans le domaine de Ryukyu (aujourd'hui Nishi, ville de Naha), fils aîné de Fusai et Matsuru. Après avoir obtenu son diplôme du lycée en 1903[1], il se spécialise en linguistique à l'Université impériale de Tokyo. À l'université, il suivit les cours d'Izuru Shinmura avec ses camarades Shinkichi Hashimoto, Shinpei Ogura et Kyosuke Kindaichi. Il rencontra également Ryuzo Torii (assistant de recherche à l'université), qui assistait aux cours d'Ueda Mannen, avec lequel il noua une amitié étroite[2]. En 1904, de retour à Okinawa, Iha invita Torii à participer à une enquête anthropologique sur l'île. Torii séjourna quelques jours chez la famille d'Iha pour mener cette enquête[2]. Il obtient son diplôme de l'Université impériale de Tokyo en 1906[3].
De retour dans son archipel natal, il devint directeur de la bibliothèque préfectorale d'Okinawa et se consacra à la collecte d'éléments de recherche sur Okinawa. Avec l'historien Higa Shuncho, ils promeuvent l'espéranto et donnent des conférences sur la Bible à l'église. Son frère cadet, Iha Tsukishiro, travailla comme journaliste pour le quotidien Okinawa Mainichi Shimbun et œuvra pour la Bunmei Kaika[4].
Ses domaines d'études sont centrés sur Okinawa, et incluent la linguistique, le folklore, l'anthropologie culturelle, l'histoire et l'étude des religions. Son système académique a par la suite conduit au développement des «études okinawaïennes» (沖縄学(ja)), et il est reconnu comme le père de ces études.
Il contribua particulièrement à l'étude des Omoro Soshi. S'il mena des recherches établissant des liens entre les îles Ryukyu et le Japon, il chercha également à former une identité ryukyuenne propre. La théorie d'une ascendance commune Japon-Ryukyu fut l'une de ses tentatives dans cette direction. Cependant, dans son ouvrage «Recherches sur l'histoire de la religion de Ryukyu», l'historien et folkloriste Torigoe Kenzaburou(ja), s'il loue les «réalisations d'Iha en tant que pionnier des études sur Ryukyu», souligne également que ses recherches «accordaient une importance excessive à la littérature et étaient hâtives dans leurs conclusions, ce qui entraîna de nombreux raccourcis logiques et erreurs».
Une autre critique formulée à l'encontre des idées d'Iha est qu'elles ne comportaient aucune critique de la discrimination dont les habitants d'Okinawa étaient victimes dans le Japon moderne. De ce fait, bien qu'il ait réussi à susciter un certain engouement pour le mode de vie okinawaïen, ses idées ont finalement servi à appuyer des politiques visant à intégrer Okinawa à l'État japonais impérial.
Il était ami avec les folkloristes Kunio Yanagita et Shinobu Orikuchi, ainsi qu'avec le penseur et économiste Hajime Kawakami. Son ami Kanjun Higaonna fit inscrire les mots suivants sur une stèle dans les ruines du château d'Urasoe: «Nul ne connaissait Okinawa aussi bien que lui. Nul n'aimait Okinawa autant que lui. Nul ne s'inquiétait autant pour Okinawa que lui. Il aimait parce qu'il savait, et s'inquiétait parce qu'il aimait. Il était un érudit, un patriote et un visionnaire.»
En 1973, à l'occasion du 25e anniversaire de la fondation de l'Okinawa Times, le Prix Iha Fuyū a été créé en sa mémoire et pour récompenser les travaux des chercheurs ultérieurs[5].