Iliz Koz

église située dans le Finistère, en France From Wikipedia, the free encyclopedia

Iliz Koz (en breton, « la vieille église ») est un site archéologique médiéval situé sur la commune de Plouguerneau (Finistère, Bretagne). Il correspond à l’ancienne église paroissiale de Tréménac’h, abandonnée au XVIIIe siècle en raison d’un ensablement progressif lié au Petit Âge glaciaire.

PaysDrapeau de la France France
ProtectionZPPAU (Zone de Protection du Patrimoine Architectural et Urbain) votée en 1986
Faits en bref Localisation, Pays ...
Iliz Koz
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Protection ZPPAU (Zone de Protection du Patrimoine Architectural et Urbain) votée en 1986
Coordonnées 48° 37′ 42″ nord, 4° 31′ 20″ ouest
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Iliz Koz
Iliz Koz
Fermer

Photographies

Vue du site




Nef

Histoire

Le toponyme Tréménac’h est mentionné en 1467 dans le Pouillé de Tours sous la forme Tribu Monachorum ; il dérive du vieux breton treb village ») et menec'h moines »)[1].

La paroisse de Tréménac’h fut fondée à la fin du premier millénaire dans l’évêché de Léon, sur la côte du pays Pagan. On trouve actuellement sur ce territoire plusieurs édifices religieux : l’église paroissiale (actuelle Iliz Koz), la chapelle de La Martyre, la chapelle Saint-Michel ainsi qu’une cellule liée à la présence de Michel Le Nobletz[2].

La commune de Tréménac'h nouvellement créée en 1792 disparait 2 mois plus tard lors de son rattachement à Plouguerneau.

Occupation ancienne

Le territoire de Plouguerneau révèle une occupation humaine dès la préhistoire (menhirs, dolmens, tumulus). Le site de Tréménac’h succède à une nécropole gauloise, attestée par une stèle de l’âge du Fer christianisée par l’ajout d’une croix[3].

Ensablement

À partir du XIVe siècle, le littoral nord du Finistère est affecté par des processus d’ensablement accentués par des hivers rigoureux et des tempêtes, phénomène souvent rattaché aux phases fraîches du Petit Âge glaciaire. Des études paléo-climatiques et des sources écrites anciennes rendent compte d’événements météorologiques extrêmes (hivers, tempêtes, orages) qui favorisent l’avancée des dunes et l’ensablement des zones littorales[4].

Des mentions particulières dans des registres et chroniques locales indiquent des épisodes marquants

Météo-France:

  • 1407 : hiver d’une grande rigueur, avec dégâts sur arbres fruitiers ;
  • 1528–1529 : intempéries et disettes associées ;
  • 1536 : longue sécheresse ;
  • 1540 : saison estivale précoce et prolongée ;
  • 1608 : hiver très rigoureux ;
  • 1651 : chutes de grêle importantes dans la région rennaise ;
  • 1656 : tempêtes provoquant l’arasement des talus et des apports massifs de sable, affectant les campagnes du littoral[5]

Des cas comparables sont attestés localement, notamment à Santec, où des couches de sable d’1 m à 1,50 m sont documentées pour les tempêtes de 1629 et 1699. Le village de Tréménac'h, alors d’environ cent habitants, fut vraisemblablement affecté par ces phénomènes combinés (ouragan du 26 novembre 1703, hiver de 1709, orages d’avril 1718), entraînant une dégradation progressive des conditions d’habitation. Le presbytère était déjà partiellement ensablé dès 1721 et, en 1729, le recteur demanda l’abandon définitif de l’église et le transfert du culte à la chapelle de La Martyre. Lors des opérations de désensablement menées en 1992, trois clefs soigneusement déposées sur l’une des fenêtres du presbytère furent retrouvées ; elles sont conservées au musée d’Iliz Koz[6].

Photo des clés

Redécouverte et sauvegarde

Le site fut mis au jour en 1969 lors de travaux sur un terrain privé. Les premières opérations furent conduites par le docteur Gérard Philips (membre de la Société Archéologique du Finistère), puis reprises et poursuivies dans les années 1990. La commune de Plouguerneau acquit le terrain en 1977 et organisa des travaux de désensablement, soutenus par des bénévoles[7].

Depuis 1990, l’association Iliz Koz assure la gestion du site, les actions de conservation et l’ouverture au public ; le site accueille plus d’un millier de visiteurs par an[8].

Enclos paroissial

L’église a conservé son enclos paroissial primaire, caractéristique de la région. Le mur d’enceinte, presque intégralement conservé, délimite l’espace qui comprend l’église, le cimetière et les vestiges du presbytère.

Architecture générale

L’ensemble présente une grande richesse funéraire et architecturale, avec une juxtaposition d’éléments médiévaux, antérieurs et postérieurs.

Nef et chœur

La nef, dépourvue de transept, est accessible par un porche latéral au sud et était dédiée à la Trinité. Elle abrite les fonts baptismaux et plusieurs tombes. Le chœur, considéré comme la partie la plus ancienne, contient trois sépultures remarquables.

La pierre tombale la plus imposante taillée en rond de bosse porte un grand écu et une épée longue d’environ 83 cm pourvue d’un pommeau circulaire. Le blason correspond à la famille de Coëtivy, motif rencontré en plusieurs points de l’édifice. La tombe est traditionnellement identifiée comme celle de Prigent VI De Coëtivy († 1384) ; son épouse Tiphaine de Grenguen possédait le manoir de Menan, aujourd'hui disparu, situé à quelques centaines de mètres du site[9].

Une autre tombe, attribuée à un religieux, comporte un logement destiné à recevoir un bloc décoratif, une pierre tumulaire en roche de kersanton (provenant probablement des carrières de Logonna-Daoulas) ; ce bloc, conservé au musée du site, porte la représentation d’un calice surmontant un olifant. L’inscription gothique de la dalle est partiellement effacée, laissant apparaître la lecture « G………. TREMENECH »[10].

Deux autres tombes affichent le blason à trois quintefeuilles de la famille De Parscau, attestant de l’importance ultérieure de cette famille dans la paroisse. Un banc seigneurial constitué de « fauteuils » en granit, à accoudoirs, était réservé aux familles nobles dans le cadre des prééminences nobiliaires ; les archives de la famille mentionnent le droit d’installer leurs armes sur les vitraux et d’occuper des bancs dans la chapelle.

Chapelle des Parscau

Une chapelle annexe, dite « chapelle des Parscau » (du breton park « champ » et skao « sureau »), ajoutée sur le côté droit de l’église à une période postérieure, est accessible depuis l’extérieur mais s’ouvre visuellement sur le chœur. Elle contient un autel, quatre dalles tombales armoriées et deux enfeus, dont l’un porte le blason familial.

La famille Parscau posséda le manoir de Menan après la lignée des Coëtivy à partir de la fin du XIVe siècle. Leur présence figure dans les montres d’armes de la noblesse léonarde de 1426 à 1534. Yves Parscau fut fait prisonnier par les Espagnols lors de la bataille de Cérignole en 1503. Vincent Parscau quitta le manoir peu après son mariage en 1555. Il ne subsiste aujourd’hui aucune trace visible du manoir, situé à proximité immédiate d’Iliz Koz[11].

Plusieurs membres de la famille Parscau furent recteurs de Tréménach (Yves en 1536, François en 1583).

Ossuaire

L’ossuaire, adossé à l'église au XVIème siècle, ouvre sur la nef par un oculus. Cet ossuaire présente des similitudes avec celui de la chapelle du Grouanec (commune de Plouguerneau) : structure à claire-voie, toit porté par colonnettes en pierre. Ces constructions accueillaient les ossements exhumés lors du renouvellement des tombes. L’ossuaire d’Iliz Koz est accompagné d’une petite chapelle annexe, pourvue de consoles destinées à un autel, d’un bénitier sans armoiries et d’une niche près de l’autel.

Presbytère

Les vestiges du presbytère sont accessibles par une ruelle pavée. Depuis l’intérieur de la nef, une petite porte (accessible par trois marches) donne sur une ruelle d’environ dix mètres de longueur et un mètre de largeur, soigneusement pavée et légèrement bombée pour favoriser l’écoulement des eaux par deux rigoles latérales.

Le logis du curé, partiellement dégagé, se compose d’au moins deux pièces superposées reliées par un escalier de pierre. Chacune des pièces possède une cheminée superposée. Plusieurs ouvertures de la partie basse, actuellement murées, s’ouvrent vers l’extérieur ou vers d’autres pièces du logis et attendent d'éventuelles interventions de fouille et de désensablement complémentaires.

Cimetière et sépultures

Environ cent tombes entourent l’édifice ; plus d’une vingtaine de sépultures se trouvent à l’intérieur (nef, chœur, chapelle des Parscau). L’inhumation intra-muros était encore pratiquée lors de l’abandon de l’église en 1729.

Les défunts étaient généralement enveloppés dans un linceul et inhumés directement dans le sable, recouverts ensuite d’une dalle de granit local. L’usage du cercueil était limité sur le littoral en raison de la rareté du bois, réservé aux usages domestiques et à la construction navale.

Tombes de religieux

Plusieurs dalles funéraires portent l’emblème du calice, identifiant les sépultures de prêtres. Cinq d’entre elles sont regroupées près de l’entrée de la chapelle des Parscau. Sur l’une figure l’inscription verticale « T. BIZIAN : P. » (le « P » signifiant « prêtre »).

Tombes de chevaliers

Plusieurs sépultures présentent des gravures d’épées et de gantelets caractéristiques de la chevalerie. Les épées représentées sont de type « épée de taille », longues et peu pointues, indiquant un usage axé sur la taille plutôt que l’estoc. Les gantelets sont représentés selon un code iconographique (main gauche paume vers le sol, main droite paume vers le ciel). Certaines tombes associent ces attributs à des symboles religieux (croix, crosse épiscopale), suggérant des fonctions religieuses ou ecclésiastiques concomitantes aux qualités nobiliaires.

Tombes de particuliers

Deux tombes de particuliers attirent l’attention :

  • l’une est gravée d’une aune et d’une paire de ciseaux, attribuable vraisemblablement à un drapier ou à un artisan du textile ;
  • l’autre, dite « tombe à la caravelle », représente une caraque des Modèle:XIVe–XVe siècles et une ancre à orin. La représentation maritime est particulièrement précise, indiquant la connaissance technique du sculpteur et témoignant de la prospérité du commerce maritime à la fin du Moyen Âge.

Les tombes les plus anciennes sont situées dans le chœur, conformément au droit de sépulture réservé aux seigneurs du lieu, qui pouvaient y afficher leurs armes. Les blasons conservés ont perdu leur polychromie et leur identification demeure parfois incertaine.

Armoiries et éléments amovibles

Plusieurs blasons présents dans le chœur sont aujourd’hui décolorés ; ils pourraient correspondre aux familles De Coëtivy (fascé d'or et de sable) et Duchâtel (d'or à trois fasces de gueules), qui furent alliées. L’une des tombes portait un cube de pierre tumulaire en kersanton gravée d’un calice surmontant un olifant : cet élément, d’environ quinze centimètres de côté, était enchâssé dans un logement taillé dans la pierre et a été prélevé pour conservation au musée d’Iliz Koz. D’autres trous de dimensions plus réduites, présents sur certaines dalles, pourraient également avoir servi à l’insertion d’ornements de même facture.

Mobilier et découvertes

Le mobilier mis au jour lors des opérations archéologiques comprend des monnaies (XIeXVIIIe siècles), des médailles religieuses, des croix, des fragments de vitraux et divers objets funéraires[12].

Peintures murales

Des fresques ont été mises au jour sur le mur nord de la nef (opposé au porche) et déposées pour conservation. Plusieurs décors ont été identifiés :

  • un semis de roses mariales sur fond blanc autour d’une piscina (lavabo liturgique), peint à main levée et daté du XIIIe siècle — motif comparable à des décors rencontrés à Roscoff ;
  • une peinture fragmentaire du XVe siècle représentant une scène de chevalerie : on y distingue un personnage armé et un blason à fasces alternant rouge et blanc ; la mauvaise conservation de l’enduit empêche une identification certaine, bien que l’on propose les Duchâtel ou les De Coëtivy comme détenteurs des armoiries représentées ;
  • deux décors géométriques imitant un appareil de pierres, en tons gris et grenat, datés des Modèle:XVIe–XVIIe siècles, dont l’un a été peint par-dessus l’autre lors d’une rénovation.

Les fresques ont été déposées par l'entreprise de restauration Gabriel Taillefer sous l’impulsion de l’association Iliz Koz et sont conservées dans le petit musée du site.

Archives de la paroisse

La paroisse de Tréménach était administrée par un conseil de fabrique élu annuellement. Outre la gestion financière de la paroisse, ce conseil réglementait la coupe du goémon (algues), ressource essentielle pour l’amendement des terres du terroir (détermination des dates, durées et heures autorisées pour la collecte). Il nommait des gardes-côtes, gérait les corvées ...

Un cahier de fabrique (délibérations) est conservé et exposé au musée d’Iliz Koz. Un registre paroissial (baptêmes, mariages, funérailles) couvrant la période 1610–1792 est conservé aux Archives départementales (cote 1286 E Dépôt 1-3)[13]. on y trouve aussi un cahier de comptes de la fabrique (cote ...)

Notes et références

Articles connexes

Liens externes

Related Articles

Wikiwand AI