Immeuble Les Érables de la Duchère
immeuble d'habitation en France
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L'immeuble Les Érables, appelé parfois Barre 250[1],[2],[3], est un immeuble d'habitation situé 250-259bis rue des Érables, sur le plateau de la Duchère, dans le 9e arrondissement de Lyon, en France. Conçu par l'architecte Jean Dubuisson et construit de 1964 à 1967[1],[4], il compte 374 logements et se distingue par son rez-de-chaussée entièrement vitré, la trame écossaise de sa façade et le graphisme noir et blanc de ses pignons aveugles.
Barre 250
| Type |
Immeuble de logements |
|---|---|
| Destination initiale |
Habitation (374 logements) |
| Destination actuelle |
Habitation (374 logements) |
| Style | |
| Architecte | |
| Ingénieur |
SETEC (bureau d'études) |
| Construction | |
| Commanditaire |
COFIMEG et SIAL (Société immobilière de l’agglomération lyonnaise |
| Hauteur |
hauteur = 54 m |
| Propriétaire |
actuellement 2 copropriétés : Erables Nord (204 logements, n°250 à 255) et Erables Sud (170 logements, n°256 à 259bis) |
| Patrimonialité |
| Pays | |
|---|---|
| Commune | |
| Adresse |
250-259bis, rue des Érables (anciennement « 17e rue »), plateau de la Duchère |
| Coordonnées |
|---|
Le quartier de la Duchère
Le terrain de la Duchère est repéré dès 1948 par les architectes lyonnais René Gagès et Franck Grimal, chargés d'identifier des sites propices à l'implantation de grands ensembles dans l'agglomération[5]. À partir de 1953, François-Régis Cottin et Franck Grimal en étudient le plan-masse ; en 1958, la Société d'équipement du Rhône et de Lyon (SERL) leur confie l'étude définitive de cette « unité de voisinage »[5]. Ce plateau d'environ 120 hectares domine Lyon à la hauteur de la colline de Fourvière[6].
Près de vingt maîtres d'ouvrage sont appelés à bâtir les quelque 6 000 logements du quartier, organisé en quatre secteurs et doté de nombreux équipements, formant une véritable « ville dans la ville »[6]. À sa livraison, le maire Louis Pradel, de retour d'un séjour à New York, fait d'abord désigner les voies par des numéros, à la manière américaine. La voie qui dessert l'édifice, d'abord numérotée « 17e rue », est ensuite rebaptisée rue des Érables, du nom de l'immeuble[5].
Conception et construction
Premier grand prix de Rome en 1945, Jean Dubuisson (1914-2011) avait notamment réalisé à Paris l'ensemble de Maine-Montparnasse et l'immeuble Mouchotte avant d'aborder Lyon. Il développe avec la COFIMEG – la Compagnie française d'investissements immobiliers et de gestion – une offre résidentielle de standing, dont la Duchère constitue le « laboratoire lyonnais »[6]. L'architecte hérite d'un plan-masse déjà défini par Cottin et Grimal, auquel il se conforme.
Une demande de permis de construire est déposée début 1964 conjointement par la COFIMEG et la Société immobilière de l'agglomération lyonnaise (SIAL), qui se partagent l'ouvrage : 204 logements pour la première, aux entrées 250 à 255 (partie nord), et 170 pour la seconde, aux entrées 256 à 259bis (partie sud)[6]. Pour tirer parti du site, l'architecte conçoit un volume rectangulaire orienté est-ouest d'une hauteur exceptionnelle, 54 mètres, soit un dépassement de 28,5 mètres sur le règlement sanitaire de la ville de Lyon. Le permis est accordé par le préfet le , assorti de cette dérogation de hauteur[6],[7]. Le chantier débute le 10 février 1965 et l'achèvement des travaux est déclaré le 31 août 1967 ; la maîtrise d'œuvre s'appuie sur le bureau d'études SETEC[6],[8].
Architecture
Le rez-de-chaussée transparent
Le rez-de-chaussée, dévolu aux seuls halls d'entrée, constitue le morceau de bravoure de l'immeuble. Entièrement vitré et traversant de part en part, cet espace ouvre sur la ville et donne l'illusion de supporter les étages : ce sont en réalité de puissants refends transversaux qui assurent le report des charges, ce qui a fait décrire l'immeuble comme posé « sur pilotis »[6],[9]. Dubuisson conçoit ce « hall-promenoir », véritable rue intérieure, comme un lieu de rencontre : le sol est en granito blanc et les parois sont revêtues d'une mosaïque de pâte de verre brun foncé ornée d'une frise de sapin verni[10],[8]. À l'immensité du hall répondent les paliers, plus intimes, où chaque cage ne dessert que deux logements en vis-à-vis[8].
Façades et pignons
L'ensemble est en béton armé recouvert d'un enduit blanc. Les loggias filantes courent sur toute la longueur des deux grandes façades ; leurs garde-corps moulés, épais, dessinent « un cadre sur le paysage »[6]. L'architecture extérieure est traitée comme une surface graphique où alternent béton, métal, verre et surfaces colorées, selon le « motif écossais » récurrent chez l'architecte[4]. L'animation des pignons aveugles atteint ici un sommet de recherche graphique : un quadrillage de joints creux noirs, calé sur les lignes de planchers, compose une composition de verticales et d'horizontales, blanches sur fond noir[6]. Les lignes sont accentuées par une palette sobre : blanc pour les niveaux supérieurs, marron pour les niveaux semi-enterrés, noir pour la bande du pignon qui souligne le hall vitré[6],[4].
Selon l'étude patrimoniale réalisée pour les copropriétés en 2023, la composition de l'édifice, en plan comme en élévation, repose sur le nombre d'or : la façade générale s'inscrit dans deux rectangles d'or et le motif tramé suit des tracés dérivés de la spirale de Fibonacci[8].
Les logements
L'immeuble compte un rez-de-chaussée surmonté de quinze étages (R+15) ; côté est, quatre niveaux supplémentaires s'enfoncent dans la pente (R-4), dont deux abritent des logements et deux forment des sous-sols (garages et locaux techniques)[6]. La presse de l'époque le décrit comme un immeuble de dix-sept niveaux, dominant le quai de Saône, et abritant environ 1 500 personnes[10]. Les étages courants accueillent 286 logements de trois ou quatre pièces, tous traversants ; les deux derniers niveaux réunissent quelques studios et des duplex formant un belvédère[6]. Dubuisson affirme le principe de la double orientation, séparant la « vie de jour » (façade levant-midi) de la « vie de nuit » ; il pousse l'insonorisation, selon la formule de la COFIMEG, jusqu'à « sauvegarder le sommeil des enfants sans imposer le silence aux parents », et soigne l'équipement intérieur (ascenseurs, chauffage, cuisines équipées, faïence grise)[6],[11].
La sculpture de Philolaos
En janvier 1967, la COFIMEG ouvre un concours pour la création d'une sculpture destinée au terre-plein situé au pied de l'immeuble. Le jury, présidé par le muséologue Georges Henri Rivière, décerne le premier prix – 10 000 francs et la prise en charge de la réalisation – au sculpteur grec Philolaos ; Martine Boileau obtient le deuxième prix et le Lyonnais Cerclier un prix spécial[10]. La COFIMEG présente l'opération comme la première commande de cette importance passée par un constructeur privé à un sculpteur en France ; une quarantaine d'artistes répondent à l'invitation[11]. Les maquettes sont exposées du 25 avril au 28 mai 1967 dans le hall de l'immeuble, où elles attirent près de 10 000 visiteurs[10],[11].
L'œuvre réalisée par Philolaos en 1967 est un alignement de cinq sculptures-fontaines en acier inoxydable, dressées comme des menhirs au pied du bâtiment ; les hauteurs des différents éléments s'échelonnent de 5,40 mètres à 0,90 mètre[10],[12],[13].
Nord et Sud : deux copropriétés
À sa livraison, l'immeuble fait figure d'exception : il est géré par deux organismes distincts qui proposent, l'un comme l'autre, des logements en location. Au nord, la COFIMEG loue ses appartements à des « cadres moyens »[10] ; au sud, la SIAL gère des logements locatifs relevant d'un office. L'ensemble immobilier de la COFIMEG est mis en vente en 1976, donnant naissance à la copropriété « Les Érables Nord » ; celui de la SIAL l'est en 2008, formant la copropriété « Les Érables Sud ». Les deux moitiés sont ainsi passées en accession à la propriété[8].
Au sein d'un quartier alors composé de barres de HLM, les Érables passent pour « les bourgeois de la Duchère »[14]. Dans les années 1980, alors que le Nord est déjà en copropriété tandis que le Sud demeure locatif sous gestion de la SIAL, un mur est édifié au milieu de la rue couverte du rez-de-chaussée, sur l'emprise foncière de la copropriété Nord.
Label « Patrimoine du XXe siècle »

Depuis le , l'édifice est labellisé « Patrimoine du XXe siècle »[15] parmi un ensemble d'édifices de La Duchère (château d'eau, l'église Notre-Dame-de-Balmont devenue en 1994-1995 le Ciné Duchère, l'église Notre-Dame-du-Monde-Entier, tour panoramique). À la Duchère, ce label, dépourvu d'incidence juridique, a notamment servi à faire prendre en compte les qualités architecturales de l'édifice dans le diagnostic de la rénovation urbaine[6].
Projet d'isolation contesté
En 2019, un projet de ravalement prévoyant une isolation thermique par l'extérieur du mur pignon nord est lancé, afin de remédier à une sensation de froid[14]. Des copropriétaires s'y opposent, jugeant qu'il dénaturerait l'architecture d'origine, et se regroupent au sein de l'Association des amis de l'immeuble Les Érables (ADILE), qui sollicite le soutien de l'association Sites & Monuments[16]. La direction régionale des affaires culturelles ayant rendu un avis défavorable, le projet est finalement abandonné[14].
Sources et archives
Les archives de conception de l'immeuble figurent dans le fonds Jean Dubuisson, conservé au Centre d'archives d'architecture du XXe siècle de la Cité de l'architecture et du patrimoine (cote 224 Ifa)[17]. Le dossier de permis de construire de 1964 est par ailleurs conservé aux Archives municipales de Lyon (cote 371 W 10)[7].
Bibliographie
- Élise Guillerm, Jean Dubuisson, la main et l'esprit moderne, Genève, MetisPresses, coll. « Vues d'ensemble », (ISBN 978-2-940563-84-5).
- Élise Guillerm, « La Vie de l'agence de Jean Dubuisson dans les années 1950 à Paris », Les Cahiers de la recherche architecturale, urbaine et paysagère, nos 9-10, (DOI 10.4000/craup.6121).
- Élise Guillerm, Jean Dubuisson : l'abstraction constructive, Paris, Éditions du patrimoine / InFolio, (ISBN 978-2-7577-0128-7).
- Élise Guillerm, Jean Dubuisson, Paris, Éditions du patrimoine, coll. « Carnets du patrimoine », (ISBN 978-2-7577-0128-7).
- « Lyon, XXIe siècle. Une expérience d'intégration des arts plastiques à l'architecture », L'Œil, no 150, juin 1967, p. 30-35.
- Maïe Kitamura et Lucie Duc-Dodon, Immeuble Les Érables, La Duchère. Copropriétés Nord & Sud. Étude patrimoniale, 2023.
- Dominique Amouroux, Marco Crettol, Jean-Pierre Monnet, Guide d'architecture contemporaine en France, A.A. Technic-Union, 1972, Paris, p. 110.