Incendie du foyer des Tattes
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Le foyer des Tattes est une structure gérée par l'Hospice général de Genève dont la vocation est d'accueillir des requérants d'asile[1].
Au moment de l'incendie en , le foyer des Tattes hébergeait près de 700 personnes dans les différents bâtiments qui le composent.
Déroulement de l'incendie
L'incendie
Dans la nuit du dimanche 16 au lundi , un feu se déclare aux environs de minuit dans une chambre du rez de chaussée[2]. D'après les éléments de l'enquête judiciaire, un résident du foyer aurait utilisé une plaque de cuisson et fumé dans sa chambre, ce qui aurait entraîné l'incendie[3]. L'incendie qui ravage la chambre provoque un important dégagement de fumées toxiques.
Plusieurs portes ainsi que certaines fenêtres sont condamnées, bloquant les occupants dans les étages[4],[5].
Les locataires des étages supérieurs, intoxiqués et piégés dans les étages, sont pris d'affolement[6]. Certains hommes commencent alors à sauter des étages pour s'échapper ou tentent de fabriquer des cordes de fortune avec des draps mais ces dispositifs cèdent[7].
« Certains disent que c’est la faute à pas de chance… Mais si des résidents ont sauté par les fenêtres, c’est parce que des portes étaient bloquées et des fenêtres condamnées. [...] Le sol devenait toujours plus brûlant et les secouristes n’arrivaient pas. J’étais très stressé, alors j’ai fait une corde avec des draps [...] comme pour d’autres requérants, cet outil de fortune a lâché. »
— Fred, Interview à la Tribune de Genève le 21.02.2015
Secours
Alerté, le Service d'incendie et de secours déploie un important dispositif pour faire face à l'incendie[2]. Un nid pour secourir les blessés est installé sur place.
Les pompiers qui participent à l'opération rapportent que l'évacuation est lente et compliquée[4]. Ils confirment l'obturation de plusieurs portes et fenêtres. Par ailleurs, les pompiers constatent également qu'ils ne disposent pas des clés de tous les locaux.
Bilan
Au matin, le bilan humain de l'incendie est lourd[2],[8]. Un jeune homme de 29 ans et originaire d'Érythrée meurt intoxiqué et 40 autres occupants sont blessés dont 11 grièvement. La plupart des blessés souffrent de troubles respiratoires après l'inhalation des fumées dégagées par l'incendie et plusieurs présentent des traumatismes importants à la tête et aux cervicales à la suite de chutes en sautant des étages[7].
Réactions
Après l'incendie, la mairie de Vernier met à disposition un centre de la protection civile afin de loger les sinistrés de manière temporaire.
L'incendie met en lumière les conditions d'accueil et de vie des migrants en situation irrégulière à Genève[7]. Dans les semaines suivantes, les résidents décrivent des conditions de vie proche du milieu carcéral, la surpopulation du foyer et le manque d'encadrement social dont il bénéficie. Les victimes du sinistre pointe également l'absence de soutien, notamment socio-psychologique, après l'incendie et leur hospitalisation.
Enquête
Rapport du Service d'incendie et de secours
Dans leur rapport d'intervention, les responsables du Service d'incendie et de secours pointent les anomalies qu'ils ont rencontré sur place[4]. Outre la fermeture de certaines portes et fenêtres, les pompiers indiquent que d'autres portes à l'intérieur du bâtiment touché auraient dû être maintenue fermée afin d'empêcher la propagation des fumées.
Il apparaît ainsi que les consignes habituels pour limiter le développement d'un incendie et le dégagement de fumées n'ont pas été suivies[5]. Les responsables politiques indiquent que les habitants du foyer, probablement peu habitués à attendre calmement leurs prises en charge par des secours professionnels, ont malencontreusement créé des conditions aggravant l'incendie.
Instruction pénale
La semaine suivant l'incendie, deux hommes sont placés détention préventive par le Ministère public genevois. Les deux personnes restent incarcérées durant deux et trois mois[6],[9].
En , le Ministère public genevois décide du placement en prévention de trois agents de sécurité qui travaillaient au foyer des Tattes la nuit du drame[4]. Les procureurs leur reprochent notamment une mauvaise gestion de l'évacuation des lieux pendant l'incendie.
En , les locaux de plusieurs services cantonaux sont perquisitionnés[9].
A l'automne 2020, la RTS révèle que le Ministère public genevois a terminé l'instruction du dossier et s'apprête à clore cette étape de la procédure[10]. Devant la longue durée de la procédure (six années), le collectif Solidarité Tattes exprime son mécontentement. Selon lui, ces lenteurs dues à de nombreuses auditions, expertises et au semi-confinement lors du printemps 2020 (pandémie de Covid-19) desservent les droits des victimes, celles-ci étant dans des situations précaires ou déjà réparties hors de Suisse.
En , les médias genevois annoncent que quatre personnes comparaitront devant le Tribunal de police[3]. L'occupant de la chambre dans laquelle le sinistre s'est déclenché est ainsi poursuivi pour incendie par négligence ainsi qu'homicide et lésions corporelles. Un autre requérant d'asile est quant à lui mis en cause pour ne pas avoir porté secours à des victimes. Par ailleurs, deux agents de sécurité du foyer sont poursuivis pour homicide et lésions corporelles et omission de porter secours. Ni l'Hospice générale, institution publique qui gère le foyer, ni l'État de Genève, autorité responsable de l'Hospice générale, ne sont finalement mis en cause pénalement.