Incinérateur des Carrières

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L'incinérateur des Carrières est un ancien incinérateur de déchets situé dans le quartier Petite-Patrie (arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie) à Montréal. Désaffecté depuis , il demeure, grâce à ses deux cheminées, un élément marquant du paysage montréalais[1],[2].

Ancien incinérateur des Carrières

Localisation

Situé immédiatement au nord de la voie ferrée qui marque la limite entre la Petite-Patrie et le Plateau-Mont-Royal, l'incinérateur des Carrières tire son nom de sa localisation sur la rue des Carrières. Cette voie, l'une des rares rues de Montréal dont le tracé n'est pas rectiligne, menait autrefois aux carrières de calcaire du quartier, aujourd'hui fermées et souvent transformées en parcs urbains (parc du Père-Marquette, parc Sir-Wilfrid-Laurier, etc.)[3].

Description

Le bâtiment tel qu'il se présente aujourd'hui est celui qui a été inauguré en [4]. Il se distingue par ses deux cheminées hautes de 75 m et par sa rampe d'accès extérieure.

Histoire

Décidée en 1927, la construction de l'incinérateur des Carrières commence en 1929 et s'achève en 1931. Durant sa construction, un autre incinérateur est bâti sur la rue Atwater, qui est plus tard démoli. Grâce à sa capacité d'incinération de 300 tonnes par jour, il permet à la Ville de supprimer les petits incinérateurs domestiques, devenus désuets et dangereux, et les dépotoirs, qui prenaient de plus en plus de place et d'où émanaient de très mauvaises odeurs[5]. Il est cependant rapidement mis en cause dans la détérioration de la qualité de l'air du quartier, responsable de maux de tête et de maux de gorge parmi la population et les employés[5].

En 1969, afin de réduire la pollution provenant de l'incinération des déchets, un nouvel incinérateur est construit à quelques centaines de mètres du premier incinérateur des Carrières, qui est démoli par la suite[3],[4]. Pendant sa vie utile, le nouvel incinérateur dispose d'une capacité d'incinération annuelle de 300 000 tonnes, et jusqu'à 70% des déchets ménagers de la ville de Montréal y sont incinérés[6]. Présenté comme l'incinérateur le plus moderne d'Amérique du Nord, il est doté de systèmes de récupération de la chaleur et de plusieurs mesures anti-pollution[6],[7].

À l'inauguration du nouvel incinérateur, seulement 10% de la vapeur générée par ses activités d'incinération, dont le total est estimé à plus de 180 000 tonnes annuellement, est utilisée dans des procédés industriels, le reste étant simplement relâché dans l'atmosphère[6]. Au début des années 1980, convaincue par la Commission d'initiative et de développement économiques de Montréal (CIDEM), la ville de Montréal construit un réseau de distribution pour récupérer et revendre la vapeur produite par l'incinérateur aux industries situées à proximité, comme les ateliers ferroviaires Angus[3],[6].

Lors des élections municipales de 1986, le Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM) fait de la fermeture de l'incinérateur une promesse électorale, dans une optique de réduction de la pollution et de réforme de gestion des déchets municipaux. L'incinérateur de Carrières était, depuis 1978, le seul incinérateur encore en fonction sur le territoire de la ville[6].

Plusieurs facteurs contribuent à motiver la fermeture de l'incinérateur dans les années qui suivent. Premièrement, l'impact de ses émissions sur la santé des résidents du quartier est important : en 1991, une étude révèle que les concentrations de dioxines et de furannes y sont neuf fois plus élevées que les normes fédérales canadiennes[6],[8]. Ensuite, en raison de budgets de plus en plus serrés, l'incinérateur accumule un déficit d'entretien : ces problèmes de fonctionnement sont constatés par un consortium d'ingénieurs, qui propose un projet de modernisation pour allonger sa vie utile. Le coût de cette modernisation s'avère trop élevé pour la ville, qui penche plutôt vers la fermeture de l'incinérateur[3],[6]. Enfin, la proposition de sa fermeture bénéficie de l'appui de plusieurs groupes citoyens[6]. Pour ces raisons, ainsi qu'une certaine compétition de la part de dépotoirs plus éloignés et moins chers, la ville prend la décision de fermer l'incinérateur en 1992[6].

Suite à l'annonce de la fermeture, l'entreprise privée Gaz Métropolitain propose aux entreprises clientes du réseau de distribution de vapeur de l'incinérateur une transition vers le gaz naturel à un prix compétitif, qui est adoptée par la plupart des entreprises concernées. La majorité des activités industrielles qui consommaient la vapeur d'incinération ont aujourd'hui cessé[3],[6].

Le site cesse ses activités industrielles en [3],[6]. À sa fermeture, l'incinérateur compte 82 employés[6].

Incinérateur des Carrières, 1990.

Après la fermeture

Écocentre La Petite-Patrie

Depuis sa fermeture, l'ancien incinérateur sert d'entrepôt pour le service de voirie de la Ville de Montréal. Le terrain adjacent est aussi utilisé par l'Écocentre La Petite-Patrie.

En 2010, des rapports chiffrent la décontamination du site à 50 000 000 $ et sa démolition à 15 000 000 $[9].

Plusieurs projets de reconversion du bâtiment sont proposés au fil des années, en raison de son intérêt patrimonial[2],[9]. Un projet d'installation du Taz, un centre de sports de glisse (patins à roulettes, planche à roulettes, etc.), est abandonné en raison des contraintes liées à la décontamination du bâtiment[5],[9]. Un autre projet n'ayant jamais abouti, appelé « La Cathédrale verte », voulait transformer l’espace en parc, avec une passerelle pour piétons et cyclistes[10],[11]. L'aménagement d'un studio de tournage sur le site est également suggéré[9]. En 2024, Héritage Montréal lance un concours d'idéation ayant pour thème la reconversion des incinérateurs des Carrières et Dickson[9],[12].

Le bâtiment est aussi visité par de nombreux explorateurs urbains[13]. Après la chute d'une adolescente d'une des cheminées en 2014, la ville est critiquée pour l'accessibilité trop facile du site[14].

Après la fermeture de l'incinérateur, plusieurs incendies ont lieu sur le site, notamment en 2015 et en 2019[15],[16],[17].

En 2025, la ville de Montréal manifeste son intention de démolir la rampe d'accès du bâtiment. L'état de vétusté avancé de cette dernière constitue selon la ville un enjeu de sécurité pour les travailleurs de la cour de voirie, située sur le même terrain[13]. Cette intention est confirmée en décembre de la même année. La ville soutient que la démolition de la rampe est nécessaire afin d'assurer la sécurité et la santé du personnel de l’arrondissement et d’optimiser l’aménagement de la cour pour le bénéfice des services à la population[10]. Cette mesure rencontre une certaine opposition citoyenne[10],[13].

Site de diffusion artistique

En 2004, l'ancien incinérateur des Carrières est utilisé comme lieu de diffusion artistique dans le cadre de la 6e manifestation internationale vidéo et art électronique[18].

Voir aussi

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Références

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